Maurice Zundel à Lausanne, dimanche 5 février 1961, Sexagésime, Notre Dame du Valentin. A des enfants...

L'intégralité de l'homélie vous est proposée, à l'écoute, mais à l'aide du curseur, déplacé par la souris, vous pouvez morceler celle-ci, l'interrompant et la reprenant comme bon vous semble.

"Une infante - c'est-à-dire une princesse d'Espagne - va célébrer son anniversaire. Comme on lui a donné tous les cadeaux imaginables les années précédentes, on ne sait que faire pour l'amuser - on ne sait qu'inventer pour marquer cet anniversaire ! On entend parler d'un petit nain qui est très astucieux, qui fait des tours extraordinaires! Il habite très loin dans une forêt très reculée. On le fait venir au palais le jour de la fête de la petite infante. Et il est tellement drôle, il est tellement amusant, il est tellement comique que l'infante s'amuse beaucoup et ses petits compagnons et ses petites compagnes également - et la petite infante est tellement ravie que elle prend une rose blanche qu'elle a dans les cheveux et elle la donne au petit nain qui est naturellement émerveillé et qui croit déjà que il est l'élu de son cœur !

Et puis, on le laisse tomber parce que c'était un jouet, en fait, ce n'était pas une personne, c'était un jouet qu'on avait voulu ! Quand tout le monde va goûter, on le laisse tomber, personne ne s'occupe de lui ! Les enfants accompagnent l'infante, il y a un magnifique goûter. Après le goûter tout le monde va faire sa sieste, et le petit nain est là dans les jardins du palais où tout le monde est endormi.

Alors il se promène, il entre dans les galeries - vous vous rappelez, c'est la première fois de sa vie qu'il voit un palais ! - et tout d'un coup il arrive dans une immense pièce éclatante de lumière, et il se met à rire de tout son coeur parce qu'il voit, devant lui, une espèce de petit monstre extraordinaire qui l'amuse beaucoup, alors il fait des grimaces et tout d'un coup, il voit que en face de lui le personnage fait les mêmes grimaces, alors il comprend que c'est lui. C'était la première fois de sa vie qu'il se voyait dans un miroir ! Alors, il est tellement épouvanté de sa laideur qu'il tombe raide mort. Quand la sieste est terminée, l'infante et ses compagnons et ses compagnes redescendent dans le jardin, traversent les galeries du palais, arrivent dans la galerie des glaces et voient tout d'un coup ce petit paquet inerte au pied d'un miroir ! Alors l'infante butant contre le corps du petit nain dit : " Qu'est-ce que c'est que ça ? " On dit : " Ah ! Mais c'est le petit nain de tout à l'heure ! Mais qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? Il est mort ! Comment est-il mort ? Mais parce que son coeur s'est brisé ! " " Alors, dit-elle, une autre année, qu'on me donne un jouet qui n'ait pas de coeur".

Voilà cette histoire d'Oscar Wilde, magnifique, qui montre que le petit nain, au fond, était bien plus grand que l'infante qui était froide, qui était insensible et qui, elle, réellement n'avait pas de coeur.

Lui est mort d'en avoir trop, et elle, ne pouvait même pas comprendre la grandeur de cette mort, parce qu'elle en avait point !

Si je vous raconte cette petite histoire, que vous saviez déjà, c'est pour que nous nous rappelions ensemble qu'il est impossible de trouver Dieu si l'on n'a pas de cœur ! Il y a une petite fille de 5 ans, très intelligente d'ailleurs, très volontaire qui accompagne sa tante. Il faut attendre l'autobus, la petite fille s'impatiente puis elle dit tout d'un coup : " Oh ! y a pas de Bon Dieu ? " Comment, lui dit sa tante, y a pas de Bon Dieu ?" " Mais non, s'il y avait un Bon Dieu, il nous aurait donné des ailes et nous n'aurions pas eu besoin d'attendre l'autobus ! " Naturellement, une petite fille qui s'imagine que le Bon Dieu, c'est quelqu'un qui fait pleuvoir des sucettes ! Elle ne peut pas le trouver, parce que c'est un faux dieu.

Un petit garçon: 2 ans ! C'est très jeune, 2 ans ! Il est très intelligent, ce petit garçon, il sait déjà parler et très bien ! Il accompagne sa bonne, et tout d'un coup il rencontre un rouge-gorge. C'est la première fois de sa vie, qui est courte bien sûr, le petit garçon, c'est la première fois de sa vie qu'il voit un rouge-gorge ! Alors il s'arrête, émerveillé, et il dit : " Chut ! On ne parle plus, c'est trop joli ! ".

Ah ! Voilà un petit garçon qui a déjà compris, il s'émerveille, et il est tellement pris par la joie de cette rencontre que il interdit de parler. " Chut ! On ne parle plus, c'est trop joli ! ".

Une petite fille qui a été adoptée dans une famille où elle est adorée d'ailleurs ! On l'aime d'une façon très intelligente et très belle ; et cette petite fille - dont la vie aurait pu être extrêmement malheureuse - sent tellement cet amour qui l'entoure, qu'elle bat des mains, et elle dit : " Oh ! Comme on s'aime, comme on s'aime ! ". Elle ne demande pas des sucettes, elle ne demande pas d'avoir des ailes pour ne pas attendre l'autobus, son bonheur c'est de découvrir cette chose merveilleuse : " Comme on s'aime ! ".

Nous approchons, nous approchons de Dieu !

Une autre petite fille, plus âgée celle-là, qui fait sa première communion. Et je vous ai déjà raconté cette histoire ! Cette petite fille admirable, justement, qui est pleine de coeur, qui a bien écouté, qui a tout compris de ce que le coeur peut comprendre, le jour de sa première communion, quand les enfants échangent leurs impressions et qu'on lui demande : " Eh bien! Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Qu'est-ce que tu as senti, toi ? " Les autres, ses petites camarades racontent des histoires qu'elles ont lues dans les livres et qui ne sont pas vraies parce qu'elles ne les ont pas senties, ni vécues ! Elle répond simplement : " Eh bien moi ! Il m'efface." Il m'efface! Elle sent ce grand bonheur dans la communion, elle a cessé de se regarder; et comme le petit garçon qui s'émerveillait devant le rouge-gorge, elle s'est émerveillée de cette rencontre avec Jésus.

Nous allons un peu plus loin. A Moscou, vous vous rappelez le petit garçon qui est là, qui attend dans la sacristie d'une église, qui attend un prêtre et qui est interrogé par un officier étranger, qui est lui-même prêtre d'ailleurs, mais on ne le sait pas! Alors l'étranger lui dit : " Mais qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce que tu fais là ? "- " Eh bien ! J'attends, j'attends le prêtre." Et l'interrogatoire continue : " Qui est-ce qui t'a appris ta religion ? Un de mes camarades ! Et qui est-ce qui lui a appris, à lui, sa religion ? Un de ses camarades ! Et l'autre ? Eh bien c'est sa grand-mère ! " Et le petit garçon qui a 10 ans, continue : " Vous voyez moi j'ai cinq doigts, cinq doigts à cette main ! Eh bien ! J'ai la charge d'instruire cinq de mes petits camarades ". Alors l'étranger lui dit : " Mais tu n'as pas peur de la Police ? Il dit : pourquoi ? Non ! Mais si la Police t'arrêtait ? Ben, après, qu'est-ce que ça peut faire ? Et si elle te tuait ?" Alors le petit garçon répond simplement : " Mais la Police peut me tuer, elle ne peut pas tuer, tuer le Christ qui est dans mon coeur."

Et enfin le petit chinois. Vous vous rappelez ? Le petit chinois qui arrive devant son église fermée, tandis que des gardes veillent pour empêcher quiconque d'entrer. Il se heurte donc à la Police qui barre la route. Et les agents de police lui disent : " Mais, c'est fini, la religion il n'y en a plus ! L'Église, il n'y en a plus ! " Et le petit garçon, fièrement, se campe devant les agents de police, en disant : " L'Église, il n'y en a plus ? Mais l'Église, mais l'Eglise, c'est moi ! " Il a donc tout compris. L'Église n'est pas dans la pierre avec laquelle on a construit le bâtiment. L'Église vivante, c'est cette présence de lumière et d'amour qui luit dans nos cœurs.

Voilà un itinéraire qui montre bien cette chose admirable que pour trouver Dieu il faut avoir du coeur. Et ce n'est pas sans joie que nous rencontrons dans Le Traité de l'amour de Dieu , saint François de Sales, dont on célébrait la fête dimanche dernier, saint François de Sales, Evêque de Genève, a dit ce mot magnifique. Écoutez bien et retenez-le : " Dieu, Dieu est le Dieu du coeur humain "," Dieu est le Dieu du coeur humain". Alors tous ceux qui ont un coeur, tous ceux qui sont généreux, tous ceux qui savent s'émerveiller, tous ceux qui ont soif d'aimer, tous ceux-là pourront rencontrer Dieu parce que c'est ce Dieu-là qui est le vrai Dieu. Dieu est le Dieu du coeur humain.

Alors nous allons demander, ensemble, tout à l'heure à cette messe où Jésus nous attend pour nous donner le pain vivant qui est lui-même, nous allons demander cette grâce à Jésus qui est tout coeur, de changer notre coeur, de nous donner un coeur tout neuf, un coeur plein de lumière, de générosité et d'amour afin que nous puissions reconnaître toujours notre Dieu comme le Dieu du coeur humain, puisque Dieu est tout coeur et rien qu'un coeur et que pour le trouver nous-même, il faut que nous devenions tout coeur et rien qu'un coeur."

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