Suite 2 de la 3ème conférence donnée au Mont des Cats en décembre 1971.

Reprise : « la vérité de la Parole de Dieu, c'est la vérité d'un rapport entre Dieu et nous. Vous allez le comprendre d'ailleurs dans un exemple vécu qui est extraordinairement impressionnant. »

Suite du texte : « Il y avait dans les Alpes un braconnier, un homme de sac et de corde armé de son fusil dont il n'hésitait pas à se servir d'ailleurs contre quiconque pouvait s'opposer à ses opérations. Et cet homme avait toujours le blasphème à la bouche, il était complète­ment détaché de toute religion bien qu'il eut eu une naissance chrétienne.
Cet homme, un jour, dans la montagne, à 4000 mètres, voit un bout de papier, ce qui, à cette altitude, est assez rare. Il a la curiosité de le ramasser et il lit sur ce bout de papier : "perpétuel secours". Il se dit : "Qu'est-ce que ça veut dire, perpétuel secours ?" Est-ce que ça peut exister ?

C'est absolument impossible ! Il lit davantage et il voit : "neu­vaine à Notre Dame du perpétuel secours" et, mû par un instinct spirituel qui est une première grâce considérable, il décide de faire cette neuvaine.
Il fait donc cette neuvaine à Notre Dame du perpétuel secours et, au bout de la neuvaine, il prend conscience de sa vie criminelle. Tout d'un coup ses fautes lui apparaissent comme capitales, comme mortelles, et il est convaincu de sa damnation. Il entre dans une phase de terreur en se disant que, pour lui, il n'y a pas de salut possible parce que soudain il vient de prendre conscience de l'énormité de ses crimes.
Il recommence la neuvaine et, au bout de la seconde neuvaine, il a le sentiment que peut-être avec des milliers d'années de purgatoire, il s'en tirera. Il recommence la neuvaine une troisième fois et il commence à croire au pardon de Dieu. Il recommence la neuvaine une quatrième fois et ainsi jusqu' à la septième fois. Il fait donc sept fois de suite cette neuvaine à Notre Dame du perpétuel secours, et, à chaque étape, le senti­ment de sa situation s'intériorise.
De plus en plus il voit sa relation avec Dieu, non pas comme une relation de justicier à coupable mais comme une relation de fils à père, ou de père à fils, et finalement, lorsqu'il achève sa septième neuvaine, il est tellement brûlant de l'amour de Dieu, il est tellement détaché de lui-même, il se regarde si peu, il est tellement un regard d'amour vers Dieu que, au moment où il vient se confesser, le confesseur, bouleversé par cette ferveur, lui demande quelle est la source de cette connaissance de Dieu et il lui raconte cette histoire dont je peux vous garantir l'authenticité.
Donc voilà une démarche accomplie effectivement par un homme qui a vécu tous les niveaux des rapports possibles de l'homme avec Dieu, rapports extérieurs d'abord où il a le sentiment d'un Dieu qui est bien en dehors de lui, d'un Dieu qui le surplombe, d'un Dieu qui le menace, d'un Dieu qui va le juger et le condamner, justement d' ailleurs, jusqu'à ce qu'il comprenne que l'enfer, c'est lui-même dans son extériorité par rapport à Dieu, que c'est lui qui met Dieu en enfer, que c'est lui qui crucifie Dieu, que Dieu l'aime jusqu'à mourir pour lui et qu'il le fera ainsi éternellement.
Et finalement il n'est plus question de son salut à lui mais il est ques­tion de ce consentement d'amour nuptial, de ce consentement d'amour à l'Amour de Dieu qui finalement lui a été révélé comme un don sans retour, infiniment gratuit, où Dieu apparaît comme victime du mal et non pas comme celui qui châtie.
Nous voyons dans cette expérience, nous voyons justement que la vérité de nos rapports avec Dieu, c'est précisément une vérité de rapports, cela correspond à une situation tout à fait réelle. Ce sentiment que je suis damné, ce sentiment que je peux encourir un châtiment infini dans la mesure où je suis extérieur à moi-même et extérieur à Dieu, je ne peux concevoir Dieu alors en effet que sous cet aspect d'extériorité.
A mesure que je découvre que le Bien, ce n'est pas la conformité à une loi et l'obéissance à un commandement, mais que c'est Quelqu'un, Quel­qu'un à aimer, Quelqu'un qui est l'Amour, mon rapport avec le Bien s'intériorise et je conçois que ce Bien, qui est Quelqu'un, va être victime de mes refus d'amour, que je vais bloquer sa Présence dans mes limites, que je vais intercepter le rayonnement de Sa Lumière et que, finalement, c'est Lui qui va être victime de moi. Il y a donc un retournement des perspectives qui s'accomplit à mesure que mes rapports s'intériorisent. et ceci est capital pour concevoir l'évolution de la révélation.
Il est évident que la Révélation de l'Ancien Testament dans l'ensemble répond à ce que Saint Paul nous dit dans l'Epître aux Galates, à savoir que la Loi a été notre pédagogue, a été un moyen de nous acheminer vers la réalité du Christ mais que, maintenant, nous ne sommes plus sous le pédagogue, maintenant nous avons atteint l'âge adulte, et qu'en Jésus Christ nous sommes libres de la Loi, ce qui ne veut pas dire que la Loi n'ait pas été nécessaire à un moment donné, elle correspondait à une situation, elle reflétait exactement les rapports de l'homme avec Dieu et il était impossible que ces rapports s'expriment autrement qu'à travers la Loi. Naturellement il y a une progression.
Les Prophètes ont approfondi cette vision mais enfin aucun n'a été jusqu'à la plénitude du Christ, autrement le Christ eut été parfaitement inutile. Si la Révélation dans le Christ culmine, si la révélation définitive est indépassable, c'est qu'en Jésus l'humanité est absolument parfaite, totalement transparente, absolument dépouillée d'elle-même, qu'elle n'est plus que le sacrement qui subsiste en Dieu et qui communique dans sa plénitude la Présence de Dieu en personne.
Vous avez en Jérémie au chapitre 17ème une prière où il demande l'anéantissement de ses ennemis. Elle correspond à une expérience humaine : l'homme qui est traqué, qui est persécuté injustement, à son niveau il est naturel qu'il demande à Dieu que le mal qu'on va lui faire se retourne contre ses ennemis. Evidemment cela est bien inférieur à la prière de Notre Seigneur sur la Croix demandant, au contraire, le pardon de ses ennemis, le pardon pour ses ennemis "parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font."
Il ne faut donc pas mettre le Parole de Dieu au même niveau selon les étapes différentes de la révélation. La Parole de Dieu, à certains moments, correspondant d'ailleurs à la vérité d'un rapport, doit être nécessairement dépassée lorsqu'on compare cette situation avec celle qui est créée par la venue de Jésus Christ qui nous introduit au coeur de l'intimité divine et qui institue entre Dieu et nous des rapports essentiellement personnels. » (à suivre)

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