Suite 4 et fin de la 2ème conférence donnée au Mont des Cats en décembre 1972.

Le seul vrai Dieu est la respiration de notre liberté, Il est au-dedans de nous-mêmes un espace infini, Il se propose toujours sans s'imposer jamais, Il a attendu Augustin jusqu'à 33 ans, étant toujours déjà là. Alors tout est changé !

Reprise : « La connaissance de Dieu est une connaissance nuptiale, c'est une connais­sance interpersonnelle où il est impossible de connaître sans se transfor­mer, où l'on connaît d'autant plus profondément qu'on se transforme davantage. »
Suite du texte : « On a appliqué finalement à la connaissance de Dieu ce que l'on ne souffrirait pas que l'on applique à la connaissance de l'homme. Lorsqu'on parle de l'homme comme d'un objet (1), il se sent offensé, lorsqu'on le réduit à l'état d'objet, il proteste avec raison. Ce qui fait la révolte de l'esclave, c'est qu'il éprouve dans le fait qu'il est traité comme un instrument une révolte qui est la première révélation de sa dignité. Il sent qu'il ne peut pas être un instrument, qu'il ne peut reconnaître comme sien qu'un acte qu'il a choisi, qui est le fruit mûr de sa liberté.
Bien entendu il n'est pas davantage capable de définir cette liberté mais il sent puissamment qu'être traité comme un instrument est inacceptable. Si un homme n'accepte pas d'être traité comme un objet, et Malraux dit très justement dans ses "anti-mémoires" que ce qu'il y avait de plus horrible dans les camps de concentration de toutes les régions du monde, ce n'était pas tant les privations matérielles que le fait que systématique­ment tout était ordonné au mépris de l'homme ! On voulait mettre l'homme « knok out », on voulait le piétiner dans sa dignité pour le dégoûter de lui-même, comme ce pauvre missionnaire en Chine qui subit un lavage de cerveau avec les pieds enchaînés, avec les mains dans des menottes derrière le dos et qui ne peut manger qu'en lapant sa nourriture comme un chien, et qui, parce qu'il la laisse tomber, est obligé de ramper sur le sol et de prendre sa nourriture avec sa langue à même le sol. Il y a dans ces situations volontaires, je veux dire volontairement imposées à un homme, une volonté de le déshonorer et de l'arracher à sa dignité à ses propres yeux.
Et est-ce qu'on n'a pas fait de Dieu un objet finalement ?

c'est-à-dire un être extérieur à l'homme, un être dont on peut disserter et discuter sans avoir de rapports personnels avec lui, alors que déjà dans les relations humaines nous ne pouvons atteindre l'autre et nous-même que dans l'agenouillement du respect.
Et c'est cela précisément qu'il faut établir. Le vrai problème, celui qui n'est jamais traité, le seul problème définitif et central, dont la solution est impérieuse et faute de quoi on n'aboutira qu'à épaissir les équivoques, c'est : "De quel Dieu parlons -nous ? "
S'il est vrai que notre Dieu est la respiration de notre liberté, s'il est vrai que notre Dieu est au-dedans de nous-même un espace infini, s'il est vrai que notre Dieu se propose toujours sans s'imposer jamais, s'il est vrai qu'il a attendu Augustin jusqu'à 33 ans, étant toujours déjà là (c'est Augustin qui n'était pas là et qui ne pouvait donc pas reconnaître le don de Dieu !), alors tout est changé, tout est changé ! Le monde retrouvera Dieu en retrouvant l'homme car c'est finalement la même chose de trouver l'homme et de trouver Dieu puisqu'on ne peut trouver l'homme que dans cette région du silence où l'on reconnaît l'homme comme le sanctuaire de Dieu.
Que serions-nous, que serait l'homme avec ses tripes et ses boyaux, que serait-il avec son sexe et toute sa physio­logie s'il n'était pas le porteur de cette présence adorable qui nous est confiée et qui nous attend tous et chacun comme le plus grand secret d'amour qui puisse être confié à un coeur humain ?
Nul doute que, quand nos contemporains et quand les hommes d'Eglise auront cerné ce problème, nul doute que, lorsqu'on aura repromulgué l'Evangile de la samaritaine, nul doute que les hommes ne se sentiront plus lésés et comprendront que Dieu n'est pas une limite, une menace, une dépendance qui contredirait leur autonomie mais qu'Il est au contraire le seul chemin vers eux-mêmes, le seul chemin vers eux-mêmes ! »
(fin de la seconde conférence)

Note (1). Pardonnez cette comparaison grossière. Supposez qu'on demande à un mari s'il connaît bien sa femme et qu'il vous réponde : je la connais très bien, elle pèse 80 kilos, mesure 1m.70 et a un tour de taille de 110 cm. Evidemment, même si cela d'une certaine manière, et justement, répond à la question posée, en réalité cela n'y répond aucunement et serait injurieux pour la femme. La connaissance que beaucoup ont de Dieu peut être du même ordre si l'on n'a de Lui qu'une connaissance extérieure.
Dieu n'a pas, ni ne peut avoir, d'extériorité, Il est un pur dedans. Il n'a aucune existence véritable à l'extérieur de l'homme, et c'est de toute éternité qu'il choisit chacun d'entre nous, bien avant la création du monde, saint Paul le dit expressément ! On peut aller jusqu'à dire qu'il n'y a aucun instant de l'éternité divine (en réalité, il n'y en a qu'un seul) dont l'homme, dont chacun de nous, soit absent.
D'où la rédemption, extrêmement coûteuse pour Lui, en laquelle Il s'engage, et fait partie de cet unique instant de l'éternité divine trinitaire. Il s'y agit de Lui encore infiniment davantage que de nous.
D'où cette pensée de voir toute l'histoire de la création et rédemption de l'homme à l'intérieur du mystère de la Trinité, l'homme devenant opérateur de ce qui s'y agit et accomplit éternellement, et fait que Dieu est Dieu, et est ce Dieu Trinité. Dieu peut nous paraître alors infiniment plus proche et intime, que nous ne pouvons l'imaginer, «plus intime à nous-même que le plus intime de nous-même.»
« La vie éternelle, c'est de Te co-naître, Toi (le Père) et Celui que tu as envoyé ! » Connaître peut ici prendre le sens le plus fort et signifier « naître avec », « faire naître avec » (à reprendre ?)

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