9ème et dernière conférence de M. Zundel donnée à Lille en novembre 1933.

« Je me souviens de m'être arrêté un jour à "Hyde-Park", à Londres, devant la tribune des libres-penseurs. J'entendis formuler en une demi-heure plus d'objections que des années de labeur acharné n'en eussent pu réfuter, s'il eût fallu les épuiser. Elles portaient sur les points essentiels de la foi chrétienne. Il y avait une trentaine d'auditeurs. Je suivais sur les visages le travail silencieux des âmes, ces visages étaient graves et inquiets : est-ce qu'on nous aurait trom­pés ? N'est-ce pas la délivrance qui nous est offerte ?
Le second orateur avait parlé avec une habileté vulgaire et une suffisance pénible. Enfin il invita les contradicteurs, s'il s'en trouvait, à prendre la défense du christianisme. Personne n'osa monter à la tribune. Alors, à peu près sûr de son triomphe, il posa la question à laquelle il n'était pas permis de se dérober : " Personne parmi vous n'est donc chrétien ?" - Il n'y eut qu'une voix pour dire : "I am a christian". J'avais tout compris, mais mon anglais n'était pas suffi­sant pour m'expliquer. J'offris de parler en français, ce qui fut natu­rellement décliné.
Qu'aurais-je dit si j'avais pu parler ? Un fiancé peut-Il expliquer pourquoi il aime sa fiancée, un patriote, pourquoi il aime sa patrie, ou un fils, pourquoi il aime sa mère ?
Est-ce que les réalités qui saisissent le plus vivement notre conscience, celles dont nous vivons et pour lesquelles nous som­mes prêts à mourir, se mesurent aux balbutiements de notre langage ?
J'aurais dit encore : vous cherchez à vous évader de Dieu parce que votre dieu est un faux dieu, parce qu'il vous fait peur, parce qu'il est pour vous une limite, une menace et un trouble-fête, parce qu'il n'est pas la réponse, la chance unique, l'Amour qui vient à votre rencontre. Si vous saviez que la religion est un mariage d'A­mour, si vous aviez rencontré le Visage adorable, si vous Lui aviez demandé l'eau vive, si vous aviez été nourris du pain vivant, votre foi s'attesterait maintenant en vous avec l'évidence de la vie. C'est un faux dieu qu'on caricature ici, il n'est pas mauvais qu'on veuille vous l'enlever, mais il y a le vrai Dieu, le Dieu vivant que chaque homme peut rencontrer au plus intime de son coeur "s'il fait la vé­rité" et s'il est fidèle â la Lumière. Voilà ce que je me disais en m'éloignant du tréteau funeste où des âmes simples et fragiles avaient appris le reniement.
Est-ce que l'Amour a besoin d'autres justifications que la lumière et la joie qu'il répand en nos coeurs ?
Est-ce que le Christ a voulu d'autres preuves que cette rencontre secrète de notre coeur avec le Sien, dans l'illumination de la foi où le Père Lui-même rend témoignage ? " Personne ne peut venir à Moi, si Mon Père qui M'a envoyé ne l'attire."
Est-ce que la réponse de l'Eglise au rationalisme de l'encyclopédie n'a pas été la promulgation solennelle du culte du Sacré-Coeur : "Voilà ce qu'est Dieu : un Coeur, tout Coeur, rien qu'un Coeur." C'est donc à l'ivresse de l'Amour infini qu'il faut mesurer ses dons et non au compas misérable d'une raison desséchée.
Dieu est un Coeur - et c'est le Coeur d'un Père et c'est, tout autant, le Coeur d'une Mère. "Est-ce qu'une Mère oublie son nouveau-né? N'a-t-elle point pitié du fruit de ses entrailles ? Quand bien même elle l'oublierait, Moi, je ne t'oublierai pas". (Isaie, 49, 15)
Avez-vous jamais songé que Dieu est Mère autant que Père, infiniment ? Aussi bien est-ce Lui qui a créé le coeur de toutes les mères en y ouvrant ces abîmes de tendresse qui sont le refuge de l'en­fant, Lui qui a créé, avec un pur rayon du Sien, le coeur même de Celle qui est bénie entre toutes les femmes, et Il est encore infini­ment plus Mère qu'Elle-même.
On dit parfois que Dieu exerce la justice et la Sainte Vierge, la miséricorde ! Mais un tel partage est inconcevable. Aussi parfaite que soit la tendresse de la Sainte Vierge, elle n'est qu'un reflet lointain de la tendresse de Dieu.
Aussi bien, le culte de la Sainte-Vierge est-il d'abord relatif à Dieu, théocentrique, comme tout ce qui est vraiment catho­lique, visant à honorer en Marie, plus que sa sainteté propre, l'attri­but divin qui resplendit plus excellemment en Elle. N'est-ce pas la vocation de toute créature de laisser irradier en elle un rayon de cette perfection éminente qui est en Dieu une flamme indivisible ?
Quelle pourra donc être la part de la Vierge dans cet im­mense concert de symboles, sinon d'être le sacrement de la tendresse maternelle de Dieu, le signe vivant qui révèle les abîmes de Son Coeur et nous introduit dans leur mystère ?
Pour que notre âme s'épanouisse dans la confiance et que le cri le plus élémentaire de notre coeur : "Maman !" monte vers Lui d'une manière toute spontanée, en pleine conformité avec notre nature, Dieu nous a donné ce chemin maternel, le coeur virginal de la Mère du Fils Unique, comme une voie infaillible pour atteindre Son Coeur. Notre cri vers elle monte jusqu'à Lui, et c'est elle qui le porte en y mêlant toute l'imploration de son coeur. L'aimer, Elle, c'est donc L'aimer, Lui, car Elle ne veut que Lui en elle. Mettez-vous à cette école pour apprendre à connaître ce Dieu qui est tout Coeur - qui n'est qu'un Cœur, et c'est un Coeur de Mère.
Vous ne pouvez prier longtemps, vous êtes fatigués des mots, dégoûtés des formules, exaspérés par les gestes ? Il vous sera toujours possible, j'en suis sûr, de pousser ce cri qui est peut-être la plus profonde prière : " Maman !" vers le Coeur de Jésus par le Coeur de Marie."
Fin des conférences données à Lille en novembre 1933.

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