Personnel. Balbutiements. En préparation pour le livre sur l'Eglise qui ne peut qu'être en même temps un livre sur l'Eucharistie.

Il n'est pas facile de définir ce qu'est l'analogie. On peut la définir par une similitude entre deux objets de pensée, entre deux rapports. L'on voudrait montrer ici comment il y a une analogie très éclairante entre le rapport de la nourriture, disons ici le pain, avec notre corps ET entre la « matière » eucharistique, disons ici l'hostie consacrée, avec le corps mystique de Jésus-Christ.
De même que la nourriture de notre corps est ce qui lui permet de grandir et continuer à vivre tout au long de notre vie terrestre, de même le pain eucharistique est ce qui permet au Corps mystique du Christ, à l'Eglise, de grandir et se développer et croître tout au long des siècles dans le cœur de l'homme depuis maintenant deux mille ans.
Il est capital de bien se rendre compte de ce que c'est l'Eglise, et elle seule, qui peut faire l'Eucharistie, et de ce que, de même, c'est l'Eucharistie qui fait l'Eglise, et donc que l'Eucharistie serait impossible si le Christ n'avait fondé en même temps l'Eglise. Cette réciprocité d'opération est essentielle, elle constitue l'être même de l'un et de l'autre, elles ne sont qu'étant ordonnées de cette façon-là l'une à l'autre.
De même que notre corps assimile le pain qui la fait vivre, au point que la substance même du pain devient la substance même de notre corps par une opération de digestion qui reste déjà infiniment mystérieuse, de même le corps mystique du Christ s'assimile tout au long des siècles l'Eucharistie en chacun de ses membres, jusqu'à ce que ce Corps du Christ devienne la substance même de notre être, ici d'abord de notre corps, en même temps que celle de l'humanité entière enfin unifiée. La quantité ici n'a plus aucune importance parce qu'en l'Eucharistie il s'agit d'une nourriture essentiellement Spirituelle.
Il demeure le plus souvent une certaine ambiguïté dans l'esprit des chrétiens autour de ce corps mystique : est-ce le même corps que le Corps ressuscité du Christ ? Non bien sûr ! et l'on peut dire que le corps mystique du Christ, c'est le corps de l'épouse appelée à s'identifier parfaitement à son époux, Ce Christ ressuscité. ET le chrétien est appelé non seulement à être un membre de ce Corps mystique, mais à être l'Eglise toute entière. Et c'est l'Eucharistie qui donne à chaque membre de ce corps d'en être véritablement un membre en même temps que d'être ce corps tout entier. (On voit donc ici combien cette conception quant à l'Eucharistie est infiniment éloignée de l'Eucharistie pensée et reçue comme une espèce de porte-bonheur parce que le Christ est maintenant réellement présent en nous.)
Pour le redire encore une fois il n'y a en toute vérité que le Christ, que le Fils de Dieu, qui soit vivant de vie éternelle, qui d'ailleurs pour cela peut s'identifier à la Vie, et il ne peut y avoir de vie éternelle pour l'homme que si ce Christ est vivant en lui, si donc il est devenu le sanctuaire même où s'accomplit éternellement le mystère trinitaire : c'est en l'homme que le Père veut engendrer le Fils, le porter et le faire naître, c'est du cœur de l'homme qu'il veut naître, ET immédiatement l'Esprit veut jaillir de ce cœur habité par la Trinité divine, habité non pas de façon statique, mais toujours et éternellement en et pour ce jaillissement sur l'humanité entière. Ce ne sont pas deux « évènements » successifs puisque ce portement et ce jaillissement ne sont réels que s'opérant ensemble, tout en étant parfaitement distincts l'un de l'autre, comme en la Trinité divine.
« Toute grâce est une mission », a aimé répéter sans cesse M. Zundel, et est essentiellement une mission la grâce par excellence de cette habitation divine trinitaire en le cœur de l'homme, à tel point que l'on peut dire que laisser l'esprit jaillir de notre cœur est l'opération essentielle qui fait d'un homme un véritable chrétien. Et l'Eucharistie nous est donnée pour permettre, pour entretenir et renouveler sans cesse ce jaillissement, pour l'activer sans cesse à partir de notre cœur.
Il n'y a aucun moment, si l'on peut dire, en la Trinité divine, où cela ne s'accomplisse, la Trinité divine ne surgit et jaillit éternellement, cela est de son être même, que dans l'engendrement-portement-naissance du Fils ET dans ce jaillissement de l'Esprit qui jaillit du Père et du Fils, plus précisément qui jaillit de cet engendrement éternel du Fils par le Père, avec une réciprocité aussi certaine. Dieu n'a aucune autre façon d'être Dieu.
Notre communion peut alors prendre un nouveau sens, il ne s'agit plus essentiellement de recevoir ce corps du Christ pour une toujours nouvelle présence réelle, ce n'est pas de cela qu'il faut d'abord rendre grâce quand nous communions, mais c'est bien d'avoir mérité, par une grâce insigne, d'être membre vivant de cet immense corps mystique du Christ, avec la demande incessante d'en être un membre bien vivant en entrant sans cesse de façon nouvelle dans l'éternel mouvement qui constitue la Trinité divine, en laissant le Fils naître de notre cœur et l'Esprit en jaillir. Comme chrétien nous n'avons pas autre chose à faire. Et la volonté du Père dont nous demandons dans le Pater qu'elle soit faite, ne consiste jamais en autre chose qu'en ce portement, cette naissance et ce jaillissement.

« O Vie ! disait Nietzsche, capable dans son athéisme forcené de merveilleux pressentiments, O vie, dans tes yeux j'ai plongé mon regard ! et dans un abîme il me semble pénétrer ! »

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