Suite 4 de la 5ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

Reprise : « C'est donc sous cet aspect de pauvreté absolue, du dépouillement infini et radical que s'accomplit, que s'affirme, la divinité de Jésus Christ. La divinité de Jésus Christ, c'est l'éternelle divinité - il n'y en a pas d'autre bien entendu - c'est l'éternelle divinité qui devient le support, qui devient la subsistance de cette humanité qui, au lieu de graviter autour d'elle-même, autour d'un moi charnel obscur, limité, rétif, gravite uniquement autour du Moi divin.
Cela ne veut pas dire - c'est bien ce que le Concile de Chalcédoine a enseigné avec toute son autorité - cela ne veut pas dire que l'Humanité de Jésus devienne Dieu, c'est l'Humanité de Dieu, l'Humanité qui subsiste en Dieu, l'Humanité qui est le sacre­ment conjoint et inséparable de Dieu, l'Humanité dont le "moi" est Dieu, l'Humanité qui ne peut dire ni "je" ni "moi" pour son compte car le "je" et "moi" qui s'exprime à travers elle, c'est le "je" et "moi" divins.

Suite du texte : « Nous avons donc là encore dans l'Incarnation, comme nous l'avons au coeur de la divinité, un mystère de pauvreté, un mystère de démission, un mystère de virginité puisque la virginité, c'est cela finalement, c'est la transparence de l'être dans la candeur infinie d'un dépouillement absolu.
En Jésus, la divinité resplendit comme le "je" et "moi" en qui subsiste cette Humanité, ce "je" et "moi" qu'elle exprime en tout ce qu'elle est, en tout ce qu'elle fait, en tout ce qu'elle éprouve, car la révélation en Jésus, c'est justement toute Son Humanité qui, à travers tout ce qu'elle vit, y compris Sa Passion au premier chef, à travers tout ce qu'elle vit, est la révélation personnelle de Dieu.
Il est très important que nous envisagions justement l'Incarnation, que nous l'envisagions à la lumière de la Très Sainte Trinité, à la lumière de ce dépouillement infini, de cette désappropriation radicale. L'Huma­nité de Jésus est radicalement désappropriée d'elle-même précisément parce qu'elle ne s'appartient d'aucune manière, parce qu'elle est radica­lement dépouillée d'elle-même, parce qu'enfin elle est le sacrement conjoint et inséparable de la divinité qui ne peut témoigner que de cette divinité. Si vous le voulez, Jésus, dirait-on mathématiquement, est le cas limite de la purification de l'union à laquelle nous aspirons.

Nous ne pourrons jamais réaliser cette union. Nous la devinons, nous la pressentons par intermittence, de temps en temps nous nous perdons en Dieu, nous gravitons en Lui, nous nous effaçons dans sa Présence, nous arrivons à L'exprimer et à Le laisser transparaître, mais ce sont là des moments ! Il y a toujours une distance de nous à Dieu, une certaine labilité (= nous sommes « voués » au changement !) qui fait que nous retombons en nous-même. En Jésus, l'union est totale, parfaite, définitive, inséparable, indépassable et infinie. Mais elle est dans le prolongement de nos aspirations, et Son Incarnation réalise en plénitude ce que les incarnations partielles tentaient de réaliser.
Jésus donc est la révélation parfaite et définitive par cela même qu'il est le grand pauvre, par cela même qu'il est le dépouillement total, par cela même que Son Humanité réalise dans son ordre la désappropriation absolue qui constitue la sainteté divine au coeur de la Trinité.
C'est donc Sa Personne qui est le sacrement vivant de la Vérité, cette Vérité qui est Quelqu'un, cette Vérité qui est la candeur de la Lumière éternelle ou, comme disait Patmore "la lumière de la flamme d'amour". C'est Sa Présence qui nous préservera de toute erreur, c'est Sa Présence qui vivifie l'Evangile parlé et celui qu'il a Lui-même exprimé, celui qui est écrit. C'est Sa présence qui vivifie le témoignage de l'Eglise, qui perpétue le témoignage apostolique, c'est à la lumière de Sa Présence que nous avons à entendre tous ces mots qui ne prennent sens que s'ils résonnent du Verbe de Dieu.
Donc la Révélation est Quelqu'un au maximum, et ce Quelqu'un c'est définitivement Jésus Lui-même, révélation indépassable parce que pauvreté indépassable. C'est parce qu'il est impossible d'être plus dépouillé de soi, d'être radicalement exproprié de tout "je" et "moi" et d'être enté sur le "moi" divin, d'être greffé sur Lui, de ne subsister qu'en Lui, de ne témoigner que de Lui, c'est à cause de cela que la révé­lation de Jésus est indépassable, non pas que Jésus, encore une fois, ait à nous apprendre des choses transcendantes dans l'ordre philosophique ou dans l'ordre scientifique ! La révélation va beaucoup plus profond puisqu'elle nous situe au coeur de la Trinité Divine.
Et ce dépouillement de Jésus Christ inscrit dans la structure de son être, ce dépouillement qui fait de Lui le prophète par excellence, la révélation définitive, enfin le Verbe en personne, le Verbe Incarné, ce dépouillement inscrit aussi dans la Personne de Jésus son universalité. « (à suivre)

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