Suite 3 de la 5ème conférence donnée par M. Zundel au monastère des Cats en décembre 1971.

« Ce qui, en effet, a manqué aux révélations qui ont précédé Jésus-Christ, ou aux révé­lations qui se sont faites en dehors de Lui, que ce soit celle du Bouddha par exemple, qui est extrêmement émouvante et qui constitue quand même un des grands faits de l'histoire spirituelle de l'humanité, toutes ces révélations aussi impressionnantes qu'elles soient, aussi efficaces qu'elles aient pu être et qu'elles demeurent, sont imparfaites. Elles sont des acheminements vers l'incarnation parfaite, la Révélation définitive, et la Révélation définitive ne peut s'accomplir que dans une humanité radica­lement transformée et totalement libérée d'elle-même.
Car la Révélation parfaite ne viendra pas d'une parole parfaite, je veux dire que la révélation en Jésus Christ ne consiste pas en une série de préceptes ou de paroles qui seraient indépassables ! La Révélation défi­nitive, elle est dans la Personne même de Jésus.

Jésus naturellement s'adressera à ses contemporains et se proportionnera à eux. Il entrera dans leurs espérances, quitte à les bousculer et finalement à les renier, mais il faudra bien qu'il s'insère dans un milieu vivant pour trouver audience, et la situation de Jésus sera particulièrement difficile puisqu'il entre en action dans un moment où son pays est occupé, où il y a des mouvements subversifs, où il y a des maquis si vous voulez, où il y a des entreprises révolutionnaires, où la religion apparaît comme la dernière expression du nationalisme, la gardienne de l'autonomie d'Israël ! on attend donc cette délivrance miraculeuse qui sera l'oeuvre du Dieu tout-puissant lié à Son Peuple par des promesses éternelles - du moins c'est ce que l'on croit - et Jésus devra s'appuyer à la fois sur ces éléments, trouver crédit en s'appuyant sur ces éléments, et en même temps les dépasser, orienter, sinon la foule, du moins ses disciples vers un autre Royaume qui n'est pas de ce monde et qui sera acquis à travers le Mystère de la Passion.
Donc la Révélation de Jésus ne sera pas dans les mots. On peut l'envi­sager a priori et nous pouvons nous en convaincre d'ailleurs dans une lecture du Nouveau Testament : tous les textes n'y sont pas au même niveau ! Il y a évidemment des moments où le Seigneur s'adresse à la foule, où Il lui parle en paraboles, il le dit explicitement, et il y a des moments où Il s'adresse à ses disciples en vue de les former puisqu'ils auront à prendre la relève.
Et puis il y a des silences où il affirme lui-même qu'il réserve la part de l'Esprit Saint qui introduira ses disciples en toute vérité. Donc ce n'est pas dans les mots que réside la Révélation définitive de Notre Seigneur, c'est dans Sa Personne, c'est dans cette unique Parole qu'il est et qui est le Verbe éternel, le Verbe incarné.
Il s'agit donc pour obtenir la révélation définitive qu'une humanité soit offerte à Dieu, une humanité qui ne comporte plus de limites. Ce qui limite le message des prophètes, en Jérémie dans sa prière contre ses ennemis (aux chapitres 17ème et 18ème du livre de Jérémie), ce qui limite la perception de Dieu en Isaïe qui, inspiré par les visions de la cour, représente Dieu dans la splendeur d'un Ciel où Il ne cesse d'être loué par les Séraphins, ce qui limite la vision de tous les prophètes, c'est précisément leurs propres limites, c'est qu'ils n'ont pas été assez vidés d'eux-mêmes pour concevoir Dieu comme l'Amour qu'il est et pour être plongés au coeur de cette éternelle communion d'amour qui est la Trinité Divine
Ce n'est pas que Dieu ne soit au coeur des profanes ! Dieu est toujours déjà là, Dieu n'a pas à venir, à descendre du Ciel, le Ciel, c'est Lui-même et le Ciel est au-dedans de nous. Comme dit le Pape Grégoire : "Le Ciel est l'âme du juste." Donc toutes les images qui signifient descente du Ciel n'ont aucune signification réelle lorsque nous entrons dans le mystère de Jésus puisque Dieu est toujours déjà là, Il est toujours identique à Lui-même, Il a toujours été Trinité, Il a toujours habité le coeur des justes où qu'ils se trouvent ! et bien qu'ils ne le connaissent pas sous l'aspect trinitaire, Il ne laissait pas pour autant d'être tel au fond de leur âme, les appelant à se dépasser et à faire de leur vie, comme la Sienne, une pure offrande d'amour. Mais tout cela restait en quelque sorte implicite avant que Jésus ne devienne cet Evangile éternel qu'il est et qu'il demeure à jamais.
Ce qui était donc requis, ce n'était pas que Dieu vint à l'homme, c'est que l'homme vint à Dieu, c'est que l'homme se transforme, se purifie de ses limites si radicalement qu'il n'oppose plus aucune ombre à la pure lumière de Dieu. C'est d'ailleurs ce qui est exprimé de la façon la plus profonde et la plus admirable par le symbole dit de Saint Athanase qui nous récite ce verset admirable : "Jésus le Christ est un, non par la conversion, non par le changement de la divinité en chair, mais par l'assomption de l'humanité à Dieu ! par l'assomption de l'humanité à Dieu!"
Dieu était toujours déjà là, l'homme n'était pas là. En Jésus, l'homme devient présence totale à Dieu, il est complètement déraciné de ses propres ténèbres, il devient le pur sacrement diaphane à travers lequel le Visage de la divinité peut s'exprimer dans toute sa plénitude. Et comment s'accomplit-il ? Nous dirons par le chemin le plus court, par ceci que le "Je" divin, le "Je" éternel qui est Dieu, devient uniquement le "Je" unique de Jésus Christ.
Autrement dit, ce qui s'accomplit au moment où l'humanité de Jésus est créée dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie, au moment où cette humanité commence d'exister, elle est aussitôt assumée par le Verbe de Dieu, autrement dit, elle est immédiatement vidée d'elle-même, vidée radicalement, totalement, infiniment, parce qu'elle est greffée, si l'on peut dire, sur la pauvreté divine.
Alors qu'est-ce que c'est que la personnalité du Verbe sinon cette rela­tion subsistante qui fait du Verbe éternellement un pur regard vers le Père ? Le Fils n'a rien, rien ! Il n'est rien que d'être un pur regard vers le Père, comme le Père n'est rien que d'être un pur regard vers le Fils, la personnalité en Dieu se constituant par ce vide éternel qui fait circuler la Vie Divine du Père dans le Fils dans l'embrassement (ou embrasement) du Saint Esprit.
C'est donc sous cet aspect de pauvreté absolue du dépouillement infini et radical que s'accomplit, que s'affirme la divinité de Jésus Christ. La Divinité de Jésus Christ, c'est l'éternelle divinité - il n'y en a pas d'autre bien entendu - c'est l'éternelle divinité qui devient le support, qui devient la subsistance de cette humanité qui, au lieu de graviter autour d'elle-même, autour d'un moi charnel obscur, limité, rétif, gravite uniquement autour du Moi divin.
Cela ne veut pas dire - c'est bien ce que le Concile de Chalcédoine a enseigné avec toute son autorité - cela ne veut pas dire que l'Humanité de Jésus devienne Dieu, c'est l'Humanité de Dieu, l'Humanité qui subsiste en Dieu, l'Humanité qui est le sacre­ment conjoint et inséparable de Dieu, l'Humanité dont le "moi" est Dieu, l'Humanité qui ne peut dire ni "je" ni "moi" pour son compte car le "je" et "moi" qui s'exprime à travers elle, c'est le "je" et "moi" divins. » (à suivre)

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