Suite 2 de la 5ème conférence de M. Zundel donnée au monastère du mont des Cats en décembre 1971.

"Je est un Autre", disait Rimbaud, et ce raccourci est d'une magnificence inépuisable ! "je est un Autre", c'est-à-dire que nous-mêmes, nous ne parvenons à notre personnalité, nous ne devenons une personne que dans notre relation avec Dieu. Dès que je suis enfermé en moi-même et, hélas, c'est ce qui m'arrive le plus souvent, dès que je suis prisonnier de moi-même, je ne suis pas une personne ! je suis une chose, je suis un objet, je subis mes déterminismes, mes préfabrications, je suis un résultat, une miette d'univers ! et il n'y a aucune raison que le "je" et "moi" que je prononce ait une valeur quelconque, c'est simplement une étiquette anonyme que chacun met sur sa vie, en défendant avec le bec et les ongles l'ensemble des préfabrications dans lesquelles il est enfermé.
Je ne suis une personne qu'au moment où je décolle de moi-même, où ma vie devient un pur regard d'amour vers Dieu, dans la mesure où je me perds en Lui, dans la mesure où je cesse de me regarder, dans la mesure où je suis guéri de moi-même, c'est à ce moment que je suis une personne, tellement que je peux dire : le centre de ma personne, c'est Dieu !

c'est Dieu ! non pas que je me confonde avec Lui mais je ne suis finalement une personne qu'en relation avec Lui. Si bien qu'on peut dire qu'il n'y a qu'un seul "Je", éminent, infini, inépuisable, éternel autour duquel nous gravitons et en lequel nous devenons des personnes. (1)
Sans doute chez nous la personnalité est une réalité intermittente et, à certains moments, nous émergeons dans la lumière divine, et puis nous retombons dans nos ténèbres et, la plupart du temps, nous retom­bons d'autant plus lourdement en nous-même que, pour un instant, nous avons été élevé davantage au-dessus de nous-mêmes.
Donc il n'y a qu'un seul "Je" finalement, c'est le "moi" divin (1) En réunissant ces deux aspects, à savoir que la Présence de Dieu se mani­feste toujours sous forme d'incarnation, c'est-à-dire de transformation de l'homme qui devient le truchement de la Présence divine, et que, d'autre part, le "je" humain gravite toujours autour du "Je" divin et ne s'accomplit qu'en Lui, nous pouvons aller à la rencontre du mystère de Jésus, en envisageant d'abord Jésus comme La révélation parfaite et définitive du Dieu Trinité » (à suivre)

Note (1). Ce n'est pas facile de bien cerner l'importance du JE divin. On peut dire qu'il est unique, et que ce Je divin unique est prononcé éternellement par chacune des personnes divines selon sa propre personnalité, ce qui fait de chacune une personne parfaitement distincte des deux autres. L'homme a aussi à prononcer ce même et unique Je divin, Jésus veut le prononcer en chacun de nous, et ce Je est toujours l'Autre divin.
Si Dieu ramenait tout à soi, il serait un monstre ! c'est sa « trinitarité », creusant en chaque Personne divine le vide créateur qui permet à chacune d'être l'Autre divin, qui Le rend infiniment aimable.

L'Eucharistie est d'abord une nourriture et un breuvage. Notre corps lui-même s'assimile le corps et le sang du Fils de Dieu incarné, prince de la vie et seul vivant, avec le Père et l'Esprit. C'est parce que le Corps du Christ passé par la Passion, la mort et la résurrection, s'assimile notre corps, et Son Sang notre sang, et que notre corps lui-même s'assimile ce Corps et ce Sang, c'est par la grâce de ce corps et de ce sang du Christ devenus nôtre que nous pouvons vivre éternellement, dès ici-bas, de la vie éternelle de Dieu.
De même que pour notre corps physique le pain, symbole parce que base de toute nourriture, est la nourriture qui lui donne de grandir et entretient en lui la vie, de même, mais sublimement, le corps du Christ s'assimilant au nôtre par la manducation lui donne de grandir en Jésus-Christ et entretient en nous la vie éternelle. Et de même que le sang par notre cœur entretient toujours son écoulement intérieur jusque dans toutes les parties de notre corps, de même ce Sang du Seigneur veut animer toute notre personne pour la faire vivre de la vie éternelle de Dieu. A condition que nous apprenions à assimiler la façon de vivre, le parfait don de soi, que le Je divin « imprime » et entraîne dans le Corps du Seigneur durant son passage parmi nous.
Le Je divin est devenu le Je de l'humanité du Seigneur, il veut devenir le nôtre, la communion a été instituée et nous est donnée dans ce but.

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