5ème conférence de M. Zundel au mont des Cats donnée en décembre 1971.

Nous abordons ici une des plus belles conférences, du moins l'une des plus porteuses de ce qu'on pourrait appeler la mystique zundélienne. Son début, qui devra paraître dans toute anthologie de la mystique chrétienne, à cause de sa richesse de sens, a déjà été « sité » ici trois fois (09/06/05, 06/09/06 et 01/01/07).
Ce qui frappe d'emblée, c'est que tout ce qui concerne l'homme dans son histoire est rapporté à Dieu, au Dieu Trinité, tout simplement parce qu'en un sens il n'y a que Lui qui soit ! Et alors quand il s'agit du mal, il ne s'agit plus d'abord de mon mal, ou du mal qui atteint les hommes, mais de ce que tout mal atteint d'abord Dieu, par où l'on commence à comprendre comment dans l'incarnation rédemptrice il s'agit d'abord du salut de Dieu, et comment nous avons à combattre le mal sous toutes ses formes à cause de notre amour de Dieu.
« Il faut voir toute l'histoire sous l'aspect d'une tragédie divine où Dieu souffre en toute agonie, en toute maladie, en tout désespoir, en toute solitude, en toute mort ... »

C'est Dieu qui est le premier atteint par toute blessure du mal sur les hommes, quelle qu'elle soit, parce qu'en toute blessure du mal on peut dire que l'élan trinitaire est brisé, l'Esprit est éteint, le Fils est condamné, et le Père lui-même atteint autant, sinon plus encore, que le Fils parce que le Fils est le Bien-aimé, et qu'il en est de ce Père infiniment aimant comme de la mère - et même infiniment davantage - dont l'enfant est atteint et qui souffre plus que lui du mal qui l'atteint.
Nous sommes encore très peu habitués à vivre dans cette perspective ! Cette conférence pourrait prendre une place importante dans la charte de vie des communautés zundéliennes de demain.

Début de la conférence : « Il faut voir toute l'Histoire sous l'aspect d'une tragédie divine où le mal est d'abord le mal de Dieu, où Dieu souffre en toute agonie, en toute maladie, en tout désespoir, en toute solitude, en toute mort, où Il est le premier frappé parce que le mal finalement, c'est d'abord une blessure faite à Son Amour.
C'est par là que l'Histoire s'éclaire, c'est par là que s'affirme de la façon la plus profonde et la plus délicate la paternité de Dieu, le chef-d'oeuvre de la paternité en effet étant déjà dans les rapports humains le respect de l'autonomie.
Jamais un père n'est davantage père que lorsqu'il est à genoux devant la conscience de son enfant et qu'il veut la laisser mûrir dans une entière liberté, et qu'il ne l'appelle au bien que par le rayonnement de sa présence aimante et droite. A l'infini Dieu est ce Père qui nous remet à l'arbitre de notre propre liberté et qui nous livre Sa Vie comme le trésor que nous avons à garder, car le Bien, c'est précisément Sa Vie au coeur de la nôtre.
Rien ne peut davantage nous stimuler que cette vision. Il ne s'agit pas pour nous de nous assujettir à des commandements et de nous soumettre à une Loi mais il s'agit bien plutôt de prendre soin de cette Vie Divine qui est confiée à notre amour, qui peut constamment s'affirmer à travers nous, et qui peut malheureusement aussi continuellement être défigurée par nos comportements ! mais la pensée qu'il s'agit de Quelqu'un et que Dieu nous a fait ce crédit, ne peut que réveiller notre générosité. Et, lorsque nous prenons conscience qu'il en est ainsi, que c'est vraiment Dieu qui est remis entre nos mains et confié à notre amour, il est impossible que nous n'arrivions pas à resurgir dans un élan de véritable amour.
Tout cela d'ailleurs, nous le devons à Jésus Christ. C'est dans la vie de Jésus-Christ sinon dans Sa Parole, au moins dans la tragédie qu'il a vécue et qu'il vit depuis le commencement du monde jusqu'à la fin, c'est dans cette tragédie de Jésus que nous apprenons finalement à connaître le vrai Visage de Dieu. Nous avons donc à méditer sur le Christ lui-même et ce n'est pas facile puisque le Visage du Christ a fait l'objet d'innombrables études, qu'on a cherché dans les documents un signe de sa présence, qu'on a cherché dans les documents une preuve de son action ou éventuellement une preuve de sa divinité, ou qu'on a retourné ces documents de toute les manières, qu'on a essayé d'en affaiblir le témoignage, qu'on les a comparés avec mille autres documents ! enfin, il y a des musées innombrables qui conservent tous les documents qui ont trait à la vie de Jésus et, finalement, on n'est jamais arrivé à une conclusion ferme puisque les travaux continuent et que le dernier mot ne sera sans doute jamais dit.
Il est probable que, dans cette étude sur Jésus-Christ, dans cet effort de situer Jésus-Christ au coeur de l'histoire, il est probable qu'on a perdu de vue, en général, la manière dont Jésus Lui-même se situait par rapport à Dieu.

Rien n'est plus important que la vision que Jésus a de Dieu, et nous avons vu précisément que la vision que Jésus a de Dieu, c'est la vision d'un Dieu trinitaire. Il rend témoignage à la Trinité. Il vit la Trinité. Il est au coeur de la Trinité, et c'est à partir de la Trinité qu'il faut évidemment situer Sa Personne.
Beaucoup d'historiens qui ont étudié les sources chrétiennes, qui l'ont fait avec le plus grand soin et avec une science consommée, ont oublié généralement cette perspective et ont négligé de s'interroger sur le Dieu de Jésus Christ, sur ce qu'il affirmait de Dieu, avant de rendre témoignage à Sa Personne. Ce que nous avons dit nous prépare à envisager cette insertion de Jésus au coeur de la Trinité.
Nous avons vu en effet que, comme Dieu est Quelqu'un, comme Il n'est pas quelque chose, comme Dieu n'est pas un objet mais qu'il est une Personne, comme Il est au centre de la vie personnelle, que nul être n'est aussi personnel que Lui, davantage qu'il n'y a de personnalité que par rapport à Lui, nous avons vu que la manière normale pour Dieu de se révéler, c'est l'Incarnation, l'Incarnation, c'est-à-dire la manifesta­tion de Sa Présence à travers une présence humaine.
C'est dans la mesure où un être humain se transforme, dans la mesure où il se libère, dans la mesure où il livre un espace de lumière et d'amour, c'est dans cette mesure que nous pouvons avoir la conviction que Dieu se manifeste en lui. Dans toute manifestation de Dieu - qu'elle se produise en Israël ou en dehors chez les prophètes hindous ou brahmanes, (j'entends les brah­manes sont des hindous d'ailleurs), que ce soit chez les prophètes bouddhistes ou brahmanes, ou dans les zen, qui sont d'ailleurs une école bouddhiste - quelle que soit la manière où des prophètes apparaissent, « teste cum sybilla ! », la sybille passant pour une prophétesse à une certaine période de l'histoire chrétienne, quelle que soit la manière dont on peut envisager la prophétie, c'est toujours finalement à travers une présence humaine que se manifeste la Présence de Dieu.
Sans doute on peut envisager qu'un prophète soit un être indigne, comme l'évangile de saint Jean voit en Caïphe un prophète, mais, si le prophète qui profère des paroles prophétiques est lui-même indigne, sa prophétie ne deviendra efficace et vivante qu'à travers un esprit éclairé par Dieu qui en dégagera la véritable signification. Alors finalement c'est toujours par mode d'incarnation que Dieu se fait connaître, incarnation imparfaite bien entendu jusqu'à l'incarnation parfaite qui se manifestera en Jésus Christ.
Il ne faut pas séparer ces incarnations partielles qui peuvent se produire partout et qui se sont produites en particulier en Israël, il ne faut pas les séparer de l'incarnation définitive, ce sont comme des prodromes, des prolégomènes, ce sont les préludes à cette incarnation parfaite puisque Dieu est souverainement personnel, puisque Dieu n'est pas un objet et ne peut se manifester que comme une Présence rayonnante, créatrice et libératrice, tellement que, finalement, c'est dans la mesure où un homme est libéré de lui-même qu'il apparaît comme le témoin de Dieu.
Nous pouvons d'ailleurs prendre les choses sous un aspect légèrement différent en constatant qu'il n'y a de véritable personnalité que dans la rencontre avec Dieu. » (à suivre)

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