Suite 4 et fin de la 3ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

Il est évident que la révélation du mystère de la Trinité change absolument tout, c'est l'immense nouveauté du Nouveau Testament, l'immense nouveauté du christianisme, l'immense secret d'amour qui va nous délivrer de toute extériorité : un Dieu en trois personnes, c'est un Dieu qui est libre de lui-même. (1)
Nous n'arrivons jamais jusqu'à nous-même à moins de découvrir que la vérité de notre Je et Moi, c'est un rapport avec l'Autre : c'est dans la relation avec un Dieu intérieur à nous-même que nous aboutissons enfin à nous-même. Dieu est Dieu en raison de la virginité de son contact avec l'Autre divin.


Reprise : « Car finalement qui est Dieu ? Qui est Dieu ! Notre Seigneur nous a révélé Dieu comme Trinité et Il nous a fait le don le plus merveilleux qui puisse nous être fait lorsqu'il nous a introduits au coeur des trois Personnes Divines. Rien n'est plus important mais il est impossible de le faire à la fin d'une méditation, je veux dire, d'entrer dans ces profondeurs à la fin d'une méditation.

Suite du texte : « Il est clair que la Trinité, cette confidence suprême de l'intimité de Dieu qui traduit d'ailleurs l'expérience la plus profonde de l'humanité de Notre Seigneur qui subsiste en Dieu, il est évident que cette révélation change absolument tout ! c'est l'immense nouveauté du Nouveau Testament, c'est l'immense nouveauté du christianisme, c'est l'immense secret d'amour qui va nous délivrer de toute espèce de contrainte, de toute extériorité, qui va nous introduire dans cette religion personnelle dont parle Pasternak à l'occasion de l'Annonciation de Marie, parce qu'un Dieu en trois Personnes, c'est un Dieu qui est libre de soi-même.
Ce qui est prodigieux justement dans la Trinité, c'est de nous introduire dans la Vie de Dieu sous l'aspect d'une communion d'amour infinie. Dieu n'a prise sur son être qu'en le communiquant ! Dieu n'a prise sur son être qu'en le communiquant ! Dieu ne subit pas sa vie, il la communique. Dieu ne se regarde pas : le Père n'est qu'un regard vers le Fils, le Fils n'est qu'un regard vers le Père dans la respiration d'Amour du Saint Esprit, c'est-à-dire que Dieu est dépouillement, désappropriation, pauvreté et liberté infinie.
Et c'est cela que nous pouvons envisager par comparaison avec nous-même ! nous-mêmes, nous sommes infectés par notre moi, nous sommes englués dans ce moi préfabriqué que nous n'avons pas choisi, ce moi qui est composé de tous les déterminismes que nous subissons : notre hérédité, notre tempérament, notre milieu, notre langage, l'éducation première que nous avons reçue, tout cela nous imprègne à fond et, quand nous disons pour la première fois "je" et "moi", c'est un "je" et "moi" qui est une pure étiquette, un "je" et "moi" que nous subissons et que nous n'avons aucune raison de reconnaître comme nôtre.
Nous sommes tous prisonniers de ce "je" et "moi" qui est notre pire captivité parce que, tous, nous disons "je" et "moi" sur un être qui s'est imposé à nous et que nous ne cessons pas de subir. Toutes les fois que nous nous interrogeons sur "Qui suis-je ?", nous butons contre du pré­fabriqué, aussi loin que nous reculons cette question. Qui suis-je ? Nous voyons toujours que les éléments que nous rencontrons, nous n'en sommes pas les créateurs, nous n'en sommes pas la source ni l'origine, si bien que nous n'arrivons jamais jusqu'à nous-même précisément comme Augustin au moment de sa conversion, à moins de découvrir tout d'un coup que la vérité de notre "je" et "moi", c'est un rapport avec l'Autre ! c'est dans cette relation virginale avec un Dieu intérieur à nous-mêmes que nous aboutissons enfin à nous-mêmes, et Jésus nous révèle Dieu précisément, éternellement, comme une communion d'amour absolument parfaite, comme une virginité absolue, car le contact de Dieu avec soi n'est pas un contact passif et possessif.
Dieu ne colle pas à soi, Il se désapproprie éternellement de lui-même et il est Dieu précisément en raison de cette virginité du contact, précisément en raison de ce dépouillement total, ce que Saint François a admirablement compris lorsqu'il a adoré la Pauvreté comme son tout. S'il s'est donné totalement à la pauvreté, c'est qu'il a compris que la Pauvreté, c'est Dieu. "Bienheureux les pauvres selon l'Esprit, le Royaume des Cieux est à eux."
Nous voyons donc finalement que la connaissance, dans la mesure où elle est une naissance, nous introduit par Jésus Christ dans des abîrnes de lumière qui sont aussi des abîmes d'amour et de liberté, et nous verrons plus avant que, finalement, si nous sommes capables de concevoir une liberté comme notre bien le plus précieux, si nous pouvons donner un sens à ce mot de liberté, c'est parce que, en Jésus Christ, pour la première fois, en Jésus Christ Dieu est apparu comme un être totalement libéré de lui-même dans le mystère de la Trinité divine où la vie n'est qu'une éternelle circulation de lumière et d'amour.
C'est sur ce fondement de cette libération en Dieu que nous pouvons concevoir notre liberté comme une désappropriation, comme une offrande infinie où tout notre être répond dans une relation nuptiale à l'Amour qui est Dieu, ce Dieu intérieur à nous-même et qui nous appelle justement à être ce qu'il est : ''Soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait." (fin de la conférence)

(1) (?) Balbutiements. On ne voit pas immédiatement, du moins moi !, la raison de ce lien, essentiel, entre la liberté de Dieu et sa « trinitarité ». Si Dieu est libre, c'est parce qu'Il est 3 personnes. Un monothéisme solitaire entraînerait la fermeture absolue de Dieu sur soi ! le monothéisme trinitaire, lui, entraîne une ouverture infinie du coeur de Dieu.
Dans l'engendrement-portement-naissance du Fils par le Père (dans l'intérieur d'un Dieu pur dedans) doit être incluse toute réalité, toute création, nous le concevons volontiers sans peut-être bien nous rendre compte de ce qu'il n'y a finalement qui existe, qui soit réellement, que ce qui est inclus dans cette opération qui fait que Dieu est Ce Dieu Trinité. Encore une fois Dieu n'a qu'une seule volonté, liée à son être trinitaire, une double volonté, celle de la naissance du Fils et de la « procession » de l'Esprit, et nous avons sans cesse à demander qu'elle se fasse, que nous contribuions à ce qu'elle se fasse « sur la terre comme au ciel ».
En un sens il n'y a que Dieu qui soit, que Dieu qui existe. Et c'est cette relation, de chaque personne divine à l'Autre divin, qui constitue sa personnalité, qui fait que Dieu est souverainement libre. Oui, mais libre de quoi ? Libre de cette ouverture et dans cette ouverture. A la fois Dieu est libre de faire ce qu'Il veut et en même temps il ne peut vouloir et agir que selon ce Dieu Trinité qu'Il est. Quand on dit que Dieu est libre, cela veut dire que tout ce qu'Il est comme tout ce qu'il fait n'est aucunement lié à une attache quelconque d'une personne divine à soi puisque le Père comme le Fils, comme l'Esprit, est un Autre, puisqu'en Dieu « je est un autre ».
Le drame de notre condition humaine est que nous pouvons sortir de cette relation essentielle, et croire que c'est alors que nous sommes libre. Nous entrons alors dans les ténèbres extérieures. « Nous sommes tous d'abord prisonniers de ce je et moi qui est notre pire captivité. »

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