Balbutiements. A reprendre. Essai d'oraisons.

Une constatation s'impose : si Zundel parle très souvent de la pauvreté de Dieu, il faut reconnaître que la pensée officielle de l'Eglise, celle de beaucoup de ses membres, voit encore la pauvreté de Jésus-Christ, comme imputable seulement à son humanité et aucunement à sa divinité. Dieu reste pour la plupart, et en un sens aussi pour nous, le Dieu transcendant que personne n'a jamais vu, et qui, finalement, ne peut être pensé que comme infiniment riche puisque c'est Lui qui a tout fait, de sorte que c'est à lui qu'appartiennent « le règne, la puissance et la gloire ! »

Ce Dieu infiniment riche, prié encore comme tel dans au moins quelques-unes de nos oraisons liturgiques, est celui de toutes les religions antérieures au christianisme ou autres que lui, on a même peur de lui ! et il s'agit finalement surtout, dans le culte qu'on lui rend, de se concilier sa bienveillance. Le christianisme a beaucoup de mal à se défaire de cette première représentation, commune à tous, de Dieu.

Avec Zundel, mais déjà dans la tradition avant lui, même si sous cet aspect cela apparaît fort peu, la pauvreté de Jésus-Christ durant son passage parmi nous jusqu'au passage au Père, est une caractéristique essentielle du seul vrai Dieu révélé par Lui jusque dans sa transcendance (c'est cette pauvreté qui est transcendante), parce qu'Il est Trinité. Et on ne lit jamais le verset johannique sur la transcendance de Dieu sans lire aussi celui qui le suit sur l'immanence de Dieu. Il nous dit que « Le Fils qui est dans le sein du Père, nous L'a fait connaître», ce qui implique la connaissance d'un Dieu trinitaire.

« Personne n'a jamais vu Dieu, un Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître. » (Jean 1, 18, traduction Crampon)

L'Eglise, dans sa prière officielle, ne prie jamais ce Dieu pauvre et dépouillé, constamment « développé » par Zundel, elle prie toujours le Dieu tout-puissant et éternel.

Le moment est venu de nous intéresser davantage à ce Dieu pauvre et dépouillé, et de tenter ce qui nous est possible pour qu'il soit davantage connu et prié dans l'Eglise. Il est déjà manifeste qu'on en parle de plus en plus et de mieux en mieux dans l'Eglise contemporaine, cela va devenir une nécessité si l'on veut que la foi chrétienne ne se marginalise pas dans la société de notre temps qui a tant de soucis autres que celui de Dieu.

Prions le Seigneur : Dieu pauvre, Dieu dépouillé, Dieu désapproprié en chaque personne divine ! Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Esprit, apprends-nous ta désappropriation libératrice parce qu'enfin nous aurons commencé à pénétrer dans l'infinie profondeur du mystère divin de la Sainte Trinité.

Nous te le demandons par Jésus-Christ mourant sur la Croix dans le plus absolu dépouillement, par Jésus-Christ naissant déjà dans la plus grande pauvreté, et vivant « sans avoir même une pierre où reposer la tête ! » (1)

Nous te le demandons par Jésus-Christ dans l'unité du Saint-Esprit, l'éternel jaillissant du Père et du Fils en même temps qu'éternellement il opère le surgissement l'Un de l'Autre, en parfaite égalité avec le Père et le Fils ! » Amen !

Prions le Seigneur : Dieu pauvre, Dieu dépouillé, Dieu transcendant toute pensée humaine dans la parfaite désappropriation de soi : éternellement elle constitue la personnalité du Père, du Fils et de l'Esprit ! Apprends-nous la désappropriation trinitaire parce qu'enfin, par ta grâce, nous aurons commencé à pénétrer dans l'infinie profondeur du mystère de la Sainte Trinité. (2)

Nous te le demandons par Jésus-Christ, l'éternel anéanti devant le Père pour en surgir éternellement dans une parfaite égalité avec Lui dans l'unité du Saint Esprit. Amen.

On n'achève pas ces oraisons par « qui vit et règne .. » Non qu'on ne croie au règne de Jésus-Christ et qu'on ne désire son avènement, mais parce que dans le contexte d'oraisons de la Messe ce règne risque d'être compris comme une négation de la pauvreté de Dieu.

L'homme peut-il connaître Dieu ? Il faut répondre non et il faut répondre oui. Du moins si l'on est attentif au verset johannique 1,18. Et c'est même cette connaissance de Jésus-Christ, et de Celui qui l'envoie, qui constitue déjà et constituera la vie éternelle au paradis : « La vie éternelle, c'est de Te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus-Christ. » (Jean 17,3) Et ce n'est pas un hasard si la vie éternelle est ainsi définie par Jésus au moment de son entrée dans la Passion-Mort-Résurrection, au moment de son passage au Père.

Nous ne Le connaîtrons éternellement, nous ne Le connaissons déjà maintenant, du moins avons-nous à ne le reconnaître maintenant, que comme le Dieu pauvre ! et au paradis il n'y a et il n'y aura que des pauvres, nous y vivrons le dépouillement absolu de soi dans cette connaissance de Jésus-Christ et de Celui qui l'a envoyé.

Nous n'avons pas de « chose » plus importante à vivre déjà ici-bas, chacun d'une façon unique, que cette pauvreté divine révélée en et par Jésus-Christ.

Comment ? Il ne s'agit pas nécessairement de changer notre façon de vivre mais de la vivre en pauvreté de soi, ce que nous apprendra de façon absolue notre mort devenue notre façon de passer au Père en et par Jésus-Christ dans le dépouillement le plus absolu.

Connaître Dieu, il ne s'agit bien évidemment pas d'une connaissance purement intellectuelle ! Il s'agit de naître avec Dieu, de naître avec Jésus-Christ en le laissant naître en nous et de nous par un don toujours nouveau de nous-même !

  • (1) Matthieu 8,20.
  • (2) Eternellement, même dans le paradis, on ne fera jamais que commencer.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir