Suite 3 et fin de la 3ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

Où se situe exactement la connaissance de Dieu issue de la révélation chrétienne dans la Bible ? Elle se situe dans un ordre éminemment interpersonnel où l'on connaît dans la mesure où l'on s'engage. La révélation, nous le verrons, nous ouvre des horizons tellement bouleversants, tellement actuels, tellement brûlants, tellement passionnants !

Combien sont importantes aujourd'hui toutes ces choses, et pourtant tellement méconnues encore de la majorité des hommes ! La plupart (?) en restent encore à une conception magique de la Bible, à tel point que chaque verset peut, dans leur pensée, être compris indépendamment du contexte en lequel il se trouve. Ils ne savent pas qu'aucun verset de la Bible ne peut être correctement compris que si on la connaît toute entière, connaissance que l'Eglise seule peut prétendre avoir ! Tous les fondamentalismes dits chrétiens ont toujours leur origine dans l'ignorance de cette règle, de même aussi que le créationisme.

Reprise du texte : « Où se situe maintenant la connaissance de Dieu ? Où se situe la connaissance issue de la révélation ? »

Suite : « Et justement, je viens de le rappeler à propos de cette leçon sur la prédétermination physique de l'acte libre, on a souvent oublié, on a perdu de vue, que la connaissance de Dieu se situe éminemment dans un ordre inter­personnel car Dieu est éminemment personnel : nous ne sommes que par Lui, c'est par Lui que nous devenons des personnes, en passant du "moi" possessif, du "moi" préfabriqué, au "moi" oblatif. Il est donc évident que nous ne pourrons le rencontrer authentiquement que dans une connaissance interpersonnelle, et cela comporte d'immenses conséquences quant à la révélation.

La Révélation, Parole de Dieu, la Révélation est-elle un absolu qui tombe du ciel? Y a-t-il un téléphone céleste qui vous donne le dernier bulletin d'informations sur ce qui se passe dans le ciel ? Ou bien la Révélation est-elle un dialogue interpersonnel que Dieu engage avec l'huma­nité en s'adaptant à elle ? Si la révélation était un absolu qui tombe du ciel, s'il y avait un téléphone céleste, si la révélation était un bulletin d'informations sur ce qui se passe dans le ciel, nous serions "bouclés" par chaque parole, qui serait chaque fois définitive, et il serait interdit de jamais progresser ! cette parole dite une fois boucherait tout l'horizon et serait le dernier mot de tout ce qu'on peut savoir sur Dieu, sur l'homme, et sur l'univers !

S'il s'agit d'un dialogue engagé entre Dieu et l'humanité, ce dialo­gue, comme tout dialogue interpersonnel, s'adapte nécessairement à l'élé­ment le plus faible qui est l'homme : Notre-Seigneur d'ailleurs, le dit formellement : s'il parle en paraboles c'est parce que la foule est inca­pable de comprendre davantage. Mais, même à l'égard de ses disciples, Il leur déclare, et, dans le dernier entretien qu'il a eu avec eux, suivant l'évangile de S. Jean : "J'ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous êtes incapables de les porter; c'est l'Esprit-Saint qui vous introduira , dans toute vérité".

Il n'y a pas de doute que la révélation conçue comme un dialogue, suppose une adaptation de Dieu à l'homme. La Révélation ne se situe pas au même niveau dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, au même niveau dans certains Livres historiques que dans certains Livres pro­phétiques. Le Visage de Dieu est parfois travesti; Il est méconnu, sinon défiguré, par le fait de l'homme ! car les limites de la révélation, en dehors de la Révélation unique qui est le Christ en personne, les limites de la révélation ne tiennent pas à Dieu, mais à l'homme. Il en est de Dieu comme d'une maman qui apprend à parler à son enfant, elle ne commence pas par lui réciter Platon dans le texte grec, ou les équations d'Einstein! Elle balbutie avec lui pour le conduire à travers l'univers du langage, pour promouvoir sa faculté de s'exprimer et celle de penser; elle serait une mauvaise mère si elle faisait autrement, parce qu'elle ne l'atteindrait pas, elle lui refuserait le bénéfice de ce langage qui est normalement indispensable à l'équipement d'une raison complète.

Dieu a balbutié avec l'humanité, Il a été cette mère infiniment attentive, infiniment généreuse, et II a accepté de prendre un visage qui n'est pas le sien, qui sera heu­reusement démenti dans la Révélation incomparable qui resplendira dans la Personne de Jésus-Christ. Et justement un des aspects les plus émouvants de la tendresse divine, dans la pauvreté divine, c'est d'avoir accepté ce visage qui n'est pas le sien, pour nous atteindre, pour saisir l'humanité là où elle se trouvait, et pour l'acheminer vers une intelligence plus profonde qui est suprême secret de Dieu. Et cela implique d'énormes consé­quences, car il est évident que beaucoup sont scandalisés par le Visage de Dieu dans l'Ancien Testament.

Je remarquais l'année dernière, en reprenant les onze premiers Livres de la Bible dans le texte hébreu, le nombre de mots qui signifient "maudire"... "maudire" ! ... Comme si Dieu s'acharnait à jeter sur le monde le malheur ! Bien entendu, ceci n'a rien à voir avec le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ; c'est une manière humaine, dont nous aurons l'occasion d'ailleurs de parler tout en détail, une manière tout humaine et d'ailleurs inévitable, et d'ailleurs utile pour l'époque, de s'approcher de Dieu. Mais nous qui sommes dans le Christ, nous qui bénéficions de la révélation définitive, et nous verrons pourquoi nous ne pouvons pas retourner à ces éléments du monde, pourquoi nous ne pouvons pas retourner au pédagogue, comme dit S.Paul avec tant de véhémence dans l'épître aux Galates, quand il leur demande surtout de ne pas anéantir la foi en retournant à la circoncision : "Vous courriez si bien ! qu'est-ce qui vous amène à admettre un autre évangile que celui que je vous ai prêché ?"

Nous étions sous le péda­gogue, maintenant nous sommes dans l'âge adulte, où la Loi a cessé d'être valide (1). Il est donc clair qu'il s'agit d'entrer nous-mêmes dans un dialogue interpersonnel, et de le suggérer à tous ceux avec lesquels nous sommes en communication.

L'immense majorité des gens sensibles à une religion cosmique, qui s'émeuvent en écoutant de la musique, et ils s'émeuvent d'une façon purificatrice, qui se sentent guéris dans la musique, guéris d'eux-mêmes au moins pour un moment, tous aspirent à cette rencontre. Il ne faut pas la travestir : il s'agit de leur montrer en effet que notre Dieu est le plus grand secret d'amour, que notre Dieu est au coeur de la connaissance interpersonnelle, et que pour Le connaître il faut s'engager, et que celui qui ne s'engage pas ne saurait le connaître, pas plus que celui qui ne s'engage pas ne saurait contracter un mariage valide !

Il faut que l'homme d'aujourd'hui - et il n'en n'est pas incapable - éprouve le besoin de Dieu, ou qu'il éprouve - ce qui revient au même - que la réponse christique est celle qui lui révèle son besoin en le comblant tout à la fois.

Vous savez, il y a des vins qui sont si précieux qu'ils révèlent la soif parce qu'ils la comblent ! eh bien, le message évangélique, c'est ce vin infiniment précieux : il révèle la soif en la comblant.

Nous sommes donc dans un champ immensément libre, qui est celui même de notre libération, en face de la Révélation. La révélation, nous le verrons, nous le savons, nous ouvre des horizons tellement bouleversants, tellement actuels, tellement brûlants, tellement passionnants, que, en effet, la Bonne Nouvelle, c'est aussi la dernière nouvelle, celle qu'il faudrait imprimer à la dernière page de chaque journal comme "La Nouvelle du jour"!

Nous retiendrons donc cette épistémologie à trois degrés pour ne pas mêler la passion à la science, ni la science à la philosophie ou à la théologie, pour dégager cette révélation de toute limite, et pour que nous l'écoutions dans la joie d'une rencontre, en tendant notre oreille vers le Coeur de Dieu qui bat dans le nôtre. »

(fin de la 3ème conférence)

Note (1). Il y a une certaine façon de valoriser l'Ancien Testament, une certaine façon d'en faire l'égal du Nouveau parce qu'il fait partie du corps de la révélation, qui risque de nous faire méconnaître que, depuis la venue de Jésus-Christ, depuis son passage au Père, « nous sommes dans l'âge adulte ». Que l'entendent ceux qui sont tentés de penser que Zundel a déprécié cet Ancien Testament. Dans certains feuillets écrits par Zundel, dans les premières années de son ministère, pour la préparation des catéchismes, foisonnent des références à l'Ancien Testament. Le rapport de l'Ancien Testament au Nouveau peut être vu quelque peu comme analogue à celui des balbutiements de la mére qui apprend à parler à son petit enfant au langage de leur dialogue quand celui-ci est devenu adulte.

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