Le jeudi 2 novembre 1967, M. Zundel a prononcé en l'Eglise du Sacré cœur d'Ouchy une longue allocution « sitée » ici aujourd'hui et les jours suivants. Pour ce dimanche 2 novembre 2008 j'en donne le tout début et les mots qui la terminent.

Début de l'allocution : « Où sont-ils ? Où sont-ils et comment les joindre ? Quiconque a été atteint par un deuil et en porte la plaie dans son cœur se pose inévitablement ces questions : où sont-ils et comment les joindre ? »

Fin de l'allocution : « C'est pourquoi, ce soir, c'est dans le recueillement le plus profond, dans le silence intérieur le plus parfait, que nous avons à joindre nos bien-aimés qui sont cachés dans la lumière du Seigneur et qui vivent dans ce Ciel intérieur à nous-mêmes, où nous rencontrons à la fois leur visage et celui du Seigneur.

Plus nous communierons à la Présence divine, plus nous sommes assurés de communier à leur présence et de poursuivre ce dialo­gue d'amitié ou d'amour, de le poursuivre dans une perfection toujours plus grande, parce que l'éternité n'est pas immobile, parce que l'éternité ne peut être qu'une progression sans terme dans l'Amour inépuisable.

Nous pouvons donc, ensemble, avec nos bien-aimés cachés dans le Coeur de Dieu qui bat dans le nôtre, nous pouvons, avec eux, monter sans fin, car à mesure que notre amour devient plus pur, le leur s'enrichit et sans nul doute; nos progrès sont les leurs et les leurs les nôtres.

Quand nous atteignons les profondeurs de la vie, quand nous nous appliquons à la vivre vraiment, nous voyons que nous dé­bouchons immédiatement sur l'éternel et sur l'infini, C'est dans la réalité merveilleuse de ce Dieu qui nous habite et qui est la respiration de notre liberté, c'est dans cette réalité inépuisable que toutes les tendresses prennent leur origine, c'est sur Lui que tous les amours se fondent et c'est en Lui qu'ils s'éternisent.

Rien ne finit jamais de ce qui commence en Dieu. La résurrection, ce n'est pas pour demain, c'est pour aujourd'hui, parce que, ce que nous appelons le corps, dans notre mauvaise philosophie dualiste et manichéenne, ce que nous appelons le corps, demeure, lui aussi. Il y a, en effet, dans notre corps, je veux dire, il y a dans notre apparence visible, il y a assurément tout ce qui empêche, lorsque nous vivons à la surface de nous-même, tout ce qui empêche d'atteindre à nos profondeurs, mais il y a aussi, dans notre visage, la possibilité, quand nous nous recueillons en Dieu, d'être la plus haute révélation de nous-même.

Il y a donc un aspect de notre être physique qui peut demeurer, qui doit demeurer et qui certainement de­meurera dans la mesure même où nous aurons vaincu la mort dans la vie quotidienne, dans la mesure où nous refuserons de nous laisser porter par l'univers pour nous porter nous-mêmes, dans la mesure où tout notre être se sera unifié dans une offrande d'amour.

Alors, le corps lui-même s'intériorisera, passera du dehors au dedans, se concentrant dans ce Centre et dans ce Point unique qui est la Présence infinie. Notre corps ainsi pourra sur­vivre, mais indépendant cette fois du monde physique qui nous ravitaille dans la vie quotidienne, et n'ayant besoin de ces appareils qui nous mettent en prise sur notre habitat terrestre et qui seraient sans doute différents si une autre planète.

C'est donc l'homme tout entier qui demeure, mais l'homme pris à son niveau le plus profond, mais l'homme saisi dans sa source éternelle, mais l'homme libéré de ses convoitises, mais l'homme passé du dehors au dedans et vivant réellement de Dieu qui est vraiment la Vie de notre vie. En Lui, la mort est radicalement vaincue et les échanges d'ici-bas sont déjà des échanges éternels.

Il n'est donc pas d'autre chemin, pour rejoindre nos chers défunts, qui ne sont pas dans un ailleurs mais qui sont au-dedans de nous comme Dieu Lui-même, que d'intérioriser notre vie. Il s'agit d'atteindre au niveau le plus profond de l'existence, car c'est là, dans ce coeur à coeur avec le Seigneur que nous retrouverons, éternisé, le visage de tous ceux que nous aimons, que nous ne cesserons jamais d'aimer et avec lesquels nous pouvons toujours échanger la même respiration de tendresse que dans les suprêmes moments d'ici-bas, qui est le Dieu Vivant en qui tout est Vie.

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