Début de la 4ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Paris le 2 février 1975. L'avant-dernière conférence de Zundel avant l'attaque qui lui sera fatale.

Il y a une communion des saints, une solidarité de tous les êtres de l'Univers...

« Toute âme qui s'élève élève le monde entier », c'est la formule admirable d'Elisabeth Leseur qui nous introduit dans la communion des Saints. Symétriquement, on peut dire, « toute âme qui s'abaisse abaisse le monde », et cette formule nous introduit dans la communion des ténèbres.

Il y a une communion des Saints, il y a une solidarité de tous les êtres de l'univers, à tel point qu'une décision prise dans le secret de notre conscience se répercute sur toute l'humanité, sur toutes les humanités, sur tout l'univers, sur toute l'histoire avant et après nous.

Chacun de nous peut entrer par le choix même qu'il fait de lui-même s'il s'ouvre à la lumière, chacun de nous entre dans cette communion des Saints et accomplit, d'une certaine manière, une fonction angélique, c'est-à-dire qu'il devient pour les autres une présence et un ferment de libération, mais chacun de nous, en revanche aussi et malheureusement, chacun de nous, dans la mesure où il s'enracine dans le moi possessif, chacun de nous projette ses propres ténèbres sur toute l'humanité et sur toute la création, et accomplit par là même une fonction démoniaque.

Il y a donc - je me répète, mais je crois que cela a de l'importance - il y a donc chez toute créature douée d'intelligence cette possibilité d'accomplir une fonction angélique ou une fonction démoniaque. Nous sommes tous, à cet égard, selon le choix que nous faisons de nous-mêmes, des anges ou des démons ! Et, comme nous sommes enveloppés d'ailleurs par des êtres supérieurs à nous - selon le témoignage des Ecritures et très spécialement du Nouveau Testament - ces créatures spirituelles sont naturellement investies de la même possibilité angélique ou démoniaque selon le choix qu'elles ont fait d'elles-mêmes.

Ce qui ressort de cela d'abord, c'est qu'aucune créature n'a été créée ange dans le sens d'une sainteté accomplie, toute créature a été appelée à faire le choix d'elle-même et, si elle s'est fixée dans le bien, c'est parce qu'elle l'a voulu. Et aucune créature n'a été créée démoniaque ! Si elle exerce cette fonction, si elle répand ses ténèbres, c'est dans la mesure où elle l'a choisi en s'enracinant dans son moi possessif, c'est donc une sorte d'attribut pour tous les êtres spirituels de pouvoir faire rayonner la lumière ou de répandre la nuit.

Comme nous sommes investis à la fois par les influences lumineuses et par ces appels des ténèbres, notre champ d'action et notre possibilité de choix s'en trouvent immensément accrus, c'est-à-dire que notre solidarité avec tout l'univers spirituel et tout l'univers matériel, enfin toute la création, en est d'autant plus profondément affirmée.

Nous portons le fardeau les uns des autres, nous sommes responsables les uns des autres et nous subissons le contrecoup de l'action de tous ceux qui nous entourent, de tous ceux qui, étant doués d'une nature spirituelle, sont capables d'un choix qui les détermine positivement ou négativement.

Retenons ceci qui est important : Dieu n'a pas créé les démons comme tels, le diable comme tel, Il n'a pu créer que des esprits doués d'une liberté créatrice qui devait s'exercer selon le choix qu'ils avaient à faire d'eux-mêmes.

Ceci n'implique pas que nous soyons - bien qu'enveloppés de toutes ces influences de lumière et de ténèbres - ceci n'implique pas que nous soyons par là même sur-déterminés et que nous ne puissions pas accomplir notre choix personnel, nous avons précisément à l'accomplir dans cet immense contexte où toute la Création est concernée.

Il reste donc que, quel que soit l'empire des bons anges sur notre vie ou quelles que soient les agressions des anges déchus sur notre existence, nous restons les arbitres de nous-mêmes, et que notre destin, c'est à nous de le fixer en prenant conscience de toutes les données qui sont en nous ! Par là donc, je veux écarter cette sorte de fatalité qui voudrait que, sous l'empire des influences extérieures à nous, notre choix soit entravé et notre responsabilité diminuée.

Si le Christ a fait un tel cas de nous, si Il a établi cette équation entre Sa Vie et la nôtre, si Il a pesé dans la balance notre vie à l'égal de la sienne dans la balance de Son Amour, c'est que nous avons donc des possibilités infinies qui mettent en question, comme le choix de toutes les créatures spirituelles, le sens même de la création et le règne de Dieu dans l'univers.

Si donc finalement le problème se réduit à notre choix personnel, comment se fait-il que ce choix ne soit pas toujours dans le sens de la lumière ? Pourquoi sommes-nous si souvent esclaves de nos déterminismes ? D'où vient le mal en nous ? Comment s'introduit-il dans notre existence ? Comment y consentons-nous ? Il semble que ce soit par ce fait que nous restons enfermés dans ce moi possessif et que nous devenons ou plutôt que nous sommes possédés par nos possessions.

Il est de toute évidence que, si nous ne sommes pas dans tout notre être orientés vers Dieu, vers ce Dieu plus intime à nous-mêmes que le plus intime de nous-mêmes, si nous ne sommes pas en relation avec Lui, si nous ne sommes pas un regard vers Lui, il est de toute évidence que nous n'arriverons pas à surmonter toutes ces impulsions au fond de nous-mêmes ! Elles ne peuvent réaliser leur unité, elles ne peuvent s'harmoniser que dans la mesure où elles subissent l'attraction d'un moi oblatif qui les fait toutes converger dans une offrande d'amour à l'éternel Amour. »

(À suivre)

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