Suite 2 de la 4ème conférence de M. Zundel donnée au Cénacle de Paris le 2 février 1975.

Est-ce que dans notre psychisme on ne peut pas retrouver toutes les étapes de l'évolution ? Le problème de notre choix a une dimension cosmique, il engage tout l'Univers.

(Reprise) :

« Il est de toute évidence que, si nous ne sommes pas dans tout notre être orientés vers Dieu, vers ce Dieu plus intime à nous-mêmes que le plus intime de nous-mêmes, si nous ne sommes pas en relation avec Lui, si nous ne sommes pas un regard vers Lui, il est de toute évidence que nous n'arriverons pas à surmonter toutes ces impulsions au fond de nous-mêmes ! Elles ne peuvent réaliser leur unité, elles ne peuvent s'harmoniser que dans la mesure où elles subissent l'attraction d'un moi oblatif qui les fait toutes converger dans une offrande d'amour à l'éternel Amour. »

(Suite du texte) :

« Mais quel est le fond de ces impulsions ? Qu'est-ce qui les constitue? Il me semble qu'il y a là une donnée cosmique et je me demande - c'est une question que je pose - si l'on ne pourrait pas dire à propos de notre psychisme, comme on le dit à propos de notre physiologie, comme on dit en effet que le foetus récapitule en quelque sorte toute la phylogénèse, toute l'histoire de la vie à travers son ascension vers l'homme, est-ce que, dans notre psychisme, on ne retrouverait pas aussi toutes les étapes de cette évolution ? J'entends : est-ce que l'animal le plus primitif n'est pas au fond de nous-mêmes ? Et tous ces développements à travers tous les rameaux de la vie animale, tout cela n'est-il pas en nous comme un appel ? N'y a-t-il pas des comportements humains qui rappellent des comportements animaux et qui semblent, justement, indiquer qu'en nous demeurent certaines fixations, certaines empreintes de ce développement de la vie jusqu'à l'homme ?

En tous cas il est certain qu'il y a une puissance cosmique ou des puissances cosmiques qui s'agitent au fond de nous-mêmes et que certaines pulsions ont la force et le caractère irrationnels des forces de la nature quand elles ne sont pas ordonnées par l'esprit.

Il y a des tempêtes, il y a des convoitises, il y a des cruautés, il y a des sadismes, il y a des perversions, il y a des vertiges, qui paraissent indiquer que nous sommes les porteurs d'un cosmos dont nous avons la responsabilité, que nous avons la mission d'achever, mais qui peut nous faire basculer dans les ténèbres si notre être tout entier n'est pas orienté vers la lumière et l'éternel Amour.

Il n'y a aucun doute en tous cas, dans la mesure où nous sommes prisonniers de notre moi possessif, que nous sommes fascinés par les impulsions qui "grouillent" au fond de nous-mêmes et qu'elles sont insurmontables à certains moments, insurmontables si on ne dépasse pas l'horizon naturel, si on ne dépasse pas le donné, si on n'aboutit pas à ce don qui fixe la vie dans le cœur de Dieu.

Tout ce qui est dans le monde, dit Saint Jean dans sa première épître, est convoitise de la chair, convoitise des yeux ou orgueil de la vie. L'homme, à certains moments, est tout sexe ! À certains moments, il est toute ambition, toute cupidité ou tout orgueil, et il semble qu'il ne puisse aucunement résister à ces sollicitations s'il demeure seul avec lui-même, s'il ne fait pas cette trouée de lumière vers la Présence qui l'attend au plus intime de lui. Tout cela pour dire seulement que le problème de notre choix a une dimension cosmique, il engage tout l'univers et, en raison de cela même, la solution en est extrêmement difficile !

Que tout cela ne soit pas des rêveries seulement, que tout cela ne soit pas qu'hypothétique, nous en avons la certitude lorsque nous voyons saint Paul justement, comme je le rappelais ce matin, nous parler de cette création qui attend dans les gémissements la révélation de la gloire des fils de Dieu.

Donc Saint Paul lui-même solidarise le devenir de l'univers avec celui de l'homme, et il nous indique de la façon la plus profonde et la plus émouvante que nous sommes enracinés dans ce cosmos et que nous avons à l'assumer, à l'accomplir jusqu'à ce qu'il devienne ce que Dieu veut, c'est-à-dire qu'il entre dans la lumière trinitaire et qu'il s'accomplisse en une pure offrande d'amour.

Le mal, c'est donc finalement d'être livré, de s'abandonner à ces impulsions cosmiques, irrationnelles, à ces automatismes ténébreux, alors qu'on est appelé à être libre, c'est-à-dire à réaliser en soi-même une dimension infinie en étant revêtu de la présence divine qui est le fondement, l'unique fondement, de notre dignité.

Mais comment pratiquement trouver une issue créatrice lorsqu'on est dans le pétrin, lorsqu'on est dans le feu même de la tentation, comment en sortir ? Car elle peut fondre sur nous avec une telle puissance et une telle immédiateté que nous n'avons presque plus la possibilité de nous retourner.

Tous les crimes humains, tous ceux qui se commettent tous les jours, on disait hier ou avant-hier à la radio qu'il y avait un assassinat en Italie toutes les 8 heures, toutes les 8 heures ! On disait qu'au mois de janvier en Italie, il y avait déjà eu 8 rapts, que le rapt devient une industrie, que, pour se faire de l'argent, on ne recule devant rien, que la vie humaine, c'est zéro ! Ce qui importe, c'est le fric ! Tout cela, ce sont des hommes qui l'accomplissent ! Comment peuvent-ils accomplir de telles actions sinon parce qu'ils sont envahis par ces ténèbres et qu'ils n'ont sans doute pas le goût d'en émerger, qu'ils n'ont jamais peut-être rencontré une issue, qu'ils n'ont peut-être jamais rencontré le visage de l'éternel Amour imprimé dans leur cœur. »

(À suivre)

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