Suite et fin de la 4ème conférence de M. Zundel au Cénacle de Paris le 2 février 1975.

(Reprise) :

« Cet immense débat où nous portons le monde sur nos épaules concerne finalement la vie de Dieu, je veux dire la réalisation de ce dessein d'amour qui jaillit de la Trinité divine dans une communication d'elle-même qui appelle toute créature à la vie nuptiale qui l'introduira au cœur de la Trinité Divine. »

(Suite du texte) :

« Ce qui est en nous finalement, c'est la Vie de Dieu. Si notre destin était seul concerné, nous pourrions nous abandonner à n'importe quelle pente, à n'importe quelle sollicitation, puisque les dégâts, ce serait nous seuls qui aurions à les porter, mais ce n'est pas du tout le cas ! Ce qui se joue en nous, c'est ce Royaume de Dieu qui est l'enracinement de la Présence Divine au fond de nous-même et la révélation de cette Présence Divine à travers nous.

Car c'est une expérience, je ne cesse de le dire, qui est évidement le Règne de Dieu ici-maintenant, c'est une expérience qui devrait être un événement humain à travers nous : comment l'homme pourra-t-il prendre conscience de la présence de Dieu comme de la réalité la plus passionnante, la plus brûlante, la plus actuelle, si cela ne change rien à la vie de tous les jours, si celui qui se prétend croyant et chrétien ne donne pas à la vie une dimension telle qu'on ne puisse pas ne pas désirer la vivre à ce niveau ? C'est bien cela qui est au fond du choix que nous avons à accomplir.

Il ne s'agit pas de nous et de notre réalisation limitée à elle-même, ce qui n'a d'ailleurs aucun sens ! Il s'agit de nous en tant que nous sommes porteurs de Dieu, il s'agit de nous en tant que notre voix authentique ne peut être qu'une relation avec Lui, et donc une révélation de Lui, et c'est là, bien sûr, qu'il faut revenir pour puiser aux sources d'une constante générosité. Il serait parfois impossible de se maintenir sur la corde raide si on ne voyait pas que le dessein de Dieu est en nous, qu'il a remis Sa Vie entre nos mains.

C'est ce que la Croix de Jésus nous apprend : s'Il étend les bras vers nous, s'Il étreint toute l'humanité dans l'immensité de son sacrifice, c'est que cette humanité est appelée à devenir le Royaume de Dieu, c'est que cette humanité porte en elle l'infini - chacun au fond de son cœur - et que la décision de chacun par conséquent va se répercuter sur l'avenir de Dieu dans l'humanité : avons-nous autre chose à faire à travers n'importe quelle fonction ? Avons-nous autre chose à faire que celle-là, de faire naître Dieu dans notre cœur et dans le cœur des autres ?

La seule aventure qui rend tous les hommes strictement égaux, c'est celle-là : que chacun dans son for intérieur, dans le plus secret de lui-même, décide de ce qui arrivera à Dieu dans l'histoire des hommes, et c'est bien la question que l'on peut se poser sous la forme la plus simple et la plus concrète : qu'est-ce qui va arriver à Dieu aujourd'hui du fait de ma présence au monde ?

Quand nous implorons, dans le Pater, le règne de Dieu en Lui demandant qu'il vienne, nous ne pouvons pas oublier qu'il ne peut venir que par nous et à travers nous, et nous prenons conscience, si nous sommes attentifs, que chacune de nos défaillances volontaires diminue le royaume de la Présence divine, fait écran à Sa Lumière et empêche les autres d'y atteindre.

Si l'Infini est la dimension suprême de notre vie, si nous sommes vêtus de Dieu, vêtus de Jésus-Christ comme dit Saint Paul, c'est justement pour être un Evangile vivant, le seul Evangile qui puisse convaincre et sauver.

Ce ne sont pas des tonnes d'exemplaires du Nouveau Testament livrés à eux-mêmes qui porteront la Lumière, mais c'est ce courant immense de charité et d'amour, s'il est authentique, qui circulera d'une âme à une autre, et à travers toute la chaîne de la communion des saints dans tout l'univers, et c'est bien cela que nous voulons retenir.

S'il y a une communion des ténèbres, nous en faisons, hélas, l'expérience tous les jours assez pour qu'il ne convienne pas d'insister ! Mais, par bonheur, il y a une communion d'amour en laquelle toute âme qui s'élève, élève le monde, et en élevant le monde, elle ne peut, du même coup, que communiquer Dieu puisque Dieu est le seul espace où notre liberté puisse se reconnaître et s'accomplir.

Jésus a voulu abolir ce règne des ténèbres en nous, mais il a bien montré que la seule ressource pour y parvenir, c'est ce don de Lui-même : il fallait sa mort comme la preuve insurpassable de Son Amour, pour que nous découvrions le trésor que nous portons en nous et que nous avons à communiquer à toute créature.

La Bonne Nouvelle, c'est l'Evangile ! Mais l'Evangile concret en nous, c'est nous dans la mesure où nous regardons obstinément ce Visage du Seigneur après lequel, comme dit l'Antienne de Noël, toute la terre soupire. »

(Fin de la conférence)

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