Suite 2 de la 5ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Paris le 2 février 1975.

Ces réflexions sur la paix et l'économie sont-elles utopiques ou bien constituent-elles des prophéties de ce que le monde doit devenir sous peine d'être anéanti un jour ou l'autre ?

" Et la paix... Le problème de la paix présente les mêmes aspects contradictoires et absurdes : nous voulons la paix dans le monde entier, mais nous stockons des bombes atomiques, de quoi faire sauter plus de 50 fois la planète ! Nous voulons la paix, mais nous vendons des canons au monde entier, pour établir l'équilibre de notre économie propre ! Tout le monde a le droit, n'est-ce pas, d'avoir une armée, d'avoir des canons, d'avoir des armes, les plus modernes ! Et d'avoir des avions de chasse, et pourquoi ne pas les vendre à qui les demande ?

Bien sûr que ces canons, on ne va pas les mettre dans des musées ! bien sûr que ces armes sophistiquées, on va s'exercer à les manier et, un jour, le coup pourra partir... Quand un peuple se trouvera acculé à la dernière extrémité, il pourra finalement sortir de ses arsenaux la bombe atomique pour tenter d'anéantir son adversaire !

Nous voulons la paix, mais nous faisons tout ce que nous pouvons pour provoquer la guerre, sous la forme, bien sûr édulcorée, de la dissuasion, c'est pour dissuader les hommes de la guerre que nous les armons jusqu'aux dents !

Et on ne peut pas faire autrement si on ne croit pas à la valeur infinie de chaque homme, si on ne pense pas qu'assassiner un seul homme, c'est porter atteinte à tous les hommes, à tout l'univers et blesser Dieu au cœur parce qu'Il habite cet homme et qu'Il est victime le premier de cet assassinat. Si on ne le croit pas, si on le croyait, je pense qu'on ne serait pas victime de ces visions globales où l'individu finalement se perd dans la collectivité en épousant ses querelles, ses ressentiments, ses préjugés, sous couleur de patriotisme, de nationalisme, de justice enfin et de fidélité aux ancêtres et aux institutions et à tout ce qui peut différencier un peuple d'un autre. Sous tous ces prétextes on ne cesse d'ériger les peuples les uns contre les autres jusqu'à ce que, finalement, l'équilibre se rompe et que la guerre éclate.

L'homme ne peut pas se trouver en dehors de l'Absolu qu'il porte en lui et, on le sait, il n'y a pas de raison, s'il est un pur animal, s'il est réduit à ses viscères, à ses glandes et à ses nerfs, il n'y a aucune raison de l'épargner plus qu'un animal qu'on détruit quand il nous gène.

La seule défense de l'homme, c'est cette vie intérieure, c'est cette Présence Divine qui lui est confiée en lui et en tous les autres. »

Et il en est de même de l'économie. Nous voyons d'un côté des économies communistes dont Soljenitsyne nous trace un tableau effrayant, une économie où, finalement, l'individu est soumis à un plan, sous peine de vie ou de mort, à un plan qu'il n'a pas choisi, qu'il doit exécuter pour le bien commun, mais ce bien commun est justement extériorisé, ce bien commun, ce n'est pas ce qu'il porte en lui.

Si la répartition de la propriété était une répartition réellement communautaire, comme elle peut l'être dans un monastère, réellement communautaire, elle viserait à stimuler, à susciter en chacun sa grandeur et sa liberté ! Elle ne voudrait pas autre chose que le décharger des soucis matériels qui le peuvent écraser pour qu'il puisse se livrer à cette création intérieure qui est le seul bien commun.

Il y a justement une équivoque formidable sur le mot "bien commun". Le bien commun, ce n'est pas seulement de construire des routes ou des métros et d'assurer la circulation des biens matériels autant qu'il est possible à travers des millions et des millions d'hommes, mais le bien commun, le seul bien commun humain, c'est cet universel qui est caché au fond du cœur et qui s'élabore dans le secret de l'intimité de chacun.

Alors nous avons ou bien cette économie collectiviste qui serait acceptable encore une fois si elle était axée vraiment sur la création de la personne, ou bien l'économie de profit, qui est la nôtre, où l'on débraie lorsque le profit n'est plus suffisant, où l'on licencie lorsque la boite tourne mal parce que le premier souci de la boîte n'est pas celui de ses hommes, parce que l'organisation du travail ne vise pas à produire des hommes, mais à produire des choses !

Or il est évident que le travail humain comme tel devrait être organisé de manière à produire des hommes d'abord et non pas des choses ! Mais cela est totalement impossible, encore une fois, aussi bien dans un camp que dans l'autre si on ne croit pas à cette valeur, si on ne l'a pas découverte, si on n'en prend pas à chaque instant conscience.

C'est pourquoi l'action est inséparable de la contemplation et nous ne pouvons pas nous étonner de l'état soucieux dans lequel nous sommes, de ce déséquilibre dans un monde déboussolé, nous ne pouvons pas nous étonner si justement l'accent n'est pas mis sur l'homme dans sa dimension propre qui est une dimension divine. »

(À suivre)

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