Suite 3 de la 5ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Paris le 2 février 1975.

C'est l'esprit en l'homme qu'il s'agit de sauver... Cela suppose une vie axée sur le silence intérieur... La contemplation doit aboutir à une expérience de Dieu dans l'homme et de l'homme en Dieu...

(Reprise) :

« C'est pourquoi l'action est inséparable de la contemplation et nous ne pouvons pas nous étonner de l'état soucieux dans lequel nous sommes, de ce déséquilibre dans un monde déboussolé, nous ne pouvons pas nous étonner si justement l'accent n'est pas mis sur l'homme dans sa dimension propre qui est une dimension divine. »

(Suite du texte) :

« Les hommes les plus sages sur le plan technique ne pourront aboutir à rien de définitif s'ils oublient ce que Gandhi n'a jamais oublié, que c'est l'esprit qui fait l'homme et que c'est cela qu'il faut avant tout sauver. Toute sa puissance a été là, il a pu tenir en échec l'empire britannique sans verser le sang de personne, en interdisant de porter atteinte à la vie de n'importe quel anglais, parce que ce qu'il visait, c'était cela, aussi bien dans l'anglais qu'en lui-même ! Ce qu'il voulait sauver dans l'ennemi, c'était sa dignité et sa grandeur, et il voulait, lui, en étant juste selon sa conscience, amener l'adversaire à prendre conscience de la justice et à l'accomplir, et il a réussi puisque l'empire britannique a relâché son étreinte avant même le temps prescrit, parce qu'il était impossible de résister à la puissance de l'esprit incarné avec tant de force et de générosité.

Nous voyons donc que contemplation et action sont rigoureusement liées, que cependant la contemplation ne relève pas d'une technique particulière. Il peut y avoir des exercices spirituels, méditations, discours intérieur, que l'on se fait à soi-même à partir d'un texte de la Sainte Ecriture. Tout cela est en soi excellent, mais la contemplation doit aboutir finalement à une expérience de Dieu dans l'homme et de l'homme en Dieu. Si la contemplation n'est pas une expérience de Dieu, elle n'est pas une contemplation du tout.

Il s'agit donc finalement d'une attention d'amour qu'il s'agit de renouveler constamment en regardant les profondeurs de l'homme, car ce sont les profondeurs de l'homme qui, immédiatement, nous jettent en Dieu qui en est la véritable dimension.

Aussi bien ma certitude de Dieu se renouvellera-t-elle constamment dans cette prise de conscience des profondeurs de l'homme. Si je crois en l'homme, si je perçois en l'homme cet abîme, toute cette puissance d'expansion, toute cette création secrète et universelle à la fois, il est impossible que je ne débouche pas sur Dieu. Je Le rencontre immédiatement à travers cette intimité, cet absolu enraciné dans l'homme.

Cela suppose évidemment beaucoup de silence, une vie axée sur le silence intérieur, sur ce silence de soi-même où l'on est à l'écoute de cette musique silencieuse qui est le Dieu Vivant, et là, bien sûr, chacun a sa voie, ou chacun est sa voie.

Il n'est pas indispensable que cette contemplation prenne des formes ecclésiales, qu'elle s'engage le long d'une tradition écrite et bien définie - quoique tout cela soit infiniment riche et puisse toujours nourrir un esprit en quête de Dieu, l'essentiel, c'est de réussir, c'est-à-dire de se perdre de vue et d'entrer dans l'espace infini de Dieu. Là, chacun de nous est sa propre vocation, chacun de nous sait ce qui peut nourrir son émerveillement, cet émerveillement que je cherche partout. Il n'y a pas de lecture, et spécialement scientifique, qui ne soit pour moi le chemin de l'émerveillement.

Ce que j'attends toujours, c'est cela finalement, ce contact à travers le cheminement de la pensée humaine, ce contact avec la vérité qui est Quelqu'un, avec cette vérité qui est la transparence de l'être dans la lumière de l'amour, cette vérité qui éclaire le fond de l'être et qui, spontanément, aboutit à la libération de soi.

Et, bien sûr, toutes les œuvres d'art me posent le même problème. Ce qui me passionne, c'est cela, c'est qu'une œuvre porte en elle la suggestion d'une présence infinie, c'est cela qui constitue l'art dans son éternité, c'est qu'un matériau disposé selon un appel intérieur, c'est que ce matériau tout d'un coup suggère une présence infinie qui vous met en état de recueillement autant que d'émerveillement.

Chacun, dans la Présence, ne peut que suivre les indications de son être propre et il ne doit se faire aucun scrupule s'il débouche sur Dieu par des voies qui ne sont pas celles des autres, et si l'expérience de l'Absolu qui est en lui se révèle à lui par des chemins tout à fait improvisés et imprévus.

Nous avons la possibilité aujourd'hui de faire de notre chambre un musée de tous les arts et un conservatoire de toutes les musiques. Nous pouvons user de tous ces moyens, et admirablement, en les faisant jouer justement en faveur du recueillement et du silence intérieur.

Car, sans ce silence intérieur, nous serons rejetés dans cette immensité cosmique que j'évoquais tout à l'heure, rejetés dans cette immensité cosmique qui nous submerge et nous engloutit, et dont nous ne pourrons jamais émerger si nous ne trouvons pas justement des pôles de lumière qui exercent sur nous cette attraction radicale qui nous permet d'échapper à tous les vertiges et d'ordonner toutes ces forces cosmiques, toutes ces forces de l'univers et toute son histoire comme une marche vers l'éternel Amour. »

(À suivre)

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