Suite 2 de la 2ème conférence de M. Zundel au Cénacle de Genève le 26 janvier 1975.

Comment Jésus a introduit la dimension essentiellement nouvelle de la Trinité. Qui est Jésus finalement ? Il est descendu du ciel : une expression symbolique. Le symbole de saint Athanase.

« Nous pouvons maintenant nous demander pourquoi le Christ a pu introduire (en révélant le mystère de la Trinité) cette dimension essentiellement nouvelle dont Il a peu parlé, car Il ne l'a pas introduite en nous proposant un système de réflexion sur la liberté, Il l'a introduite par Sa Vie, Il l'a introduite par l'affirmation du royaume de Dieu qui coïncide avec Sa Présence, Il l'a introduite par Sa mort qui est la mort de Dieu, Il l'a introduite par Sa résurrection qui est la victoire sur la mort, c'est la révélation que la fin dernière, évidemment, ce n'est pas la mort, mais la vie.

Mais pourquoi le Christ a-t-Il pu révéler cette dimension, pourquoi l'a-t-Il vécue comme personne avant ni après Lui jamais ne le fera ? Qui est Jésus finalement ? Comment nous approcher de son secret ? Comment dominer son mystère ? Comment Le situer au cœur de l'histoire humaine puisque l'histoire se divise précisément entre les siècles avant et après Jésus Christ ?

La pensée chrétienne, qui a tant réfléchi sur ces problèmes, et d'une façon extraordinairement profonde et efficace car on ne peut pas ne pas voir dans les grands conciles oecuméniques des premiers siècles, on ne peut pas ne pas y voir un complément, je dirais presqu'indispensable, du Nouveau Testament parce que cette réflexion de l'Eglise sur son mystère, sur le Christ qui est sa vie, a donné lieu à une expression la plus ductile, la plus fine, la plus profonde de ce concert de relations qui constitue précisément la musique éternelle au cœur de la Divinité.

Alors comment Jésus a-t-Il pu savoir cela, Jésus né de la Vierge Marie, Jésus créa­ture humaine et, en tant que tel, Jésus en tant que, comme dit le Cardinal Bérulle, en tant qu'Il est tiré du néant et uni immédiatement à la subsistance du Verbe ? Rien n'est plus difficile que d'exprimer cette réalité de l'Incarnation.

Nous pouvons nous en approcher d'une certaine manière en nous référant à deux formules de l'Incarnation dont la première vous est beaucoup plus connue que l'autre parce que vous la récitez constamment dans le Credo : "Il est descendu du Ciel". Donc le Fils Vivant, le Fils éternel, est descendu du Ciel, ce que l'Apôtre Saint Jean traduit magnifiquement dans ce mot : "Et le Verbe s'est fait chair." (Jean, 1,4). C'est le même mouvement : le Verbe s'est fait chair, sauf que Saint Jean évite la localisation dans le ciel.

Il faut avouer que, pour nous, nous sommes aux abois quand il s'agit de définir le ciel d'où Dieu descend. Pour les anciens, c'était clair : il y avait une superposition de ciels, d'univers, jusqu'à l'étage suprême, jusqu'à l'empyrée qui était un univers si précieux que la divinité y pouvait trouver son siège. Il était normal donc de considérer que Dieu trônait au sommet de l'univers.

Pour nous, toutes ces images se sont écroulées puisqu'il n'y a ni haut ni bas et que l'univers dans toutes ses dimensions échappe à notre mesure et que, même si nous atteignions ses confins, cela ne nous renseigne aucunement sur le séjour de Dieu ! Et, quand Gagarine, le premier cosmonaute, dit qu'il n'a pas vu Dieu dans l'espace, il ne fait que dire un truisme puisqu'il est évident que Dieu ne peut pas se trouver dam le ciel atmosphérique qui n'est pas en question quand il s'agit de Sa Présence.

Donc la formule : "Il est descendu du Ciel", aussi vénérable qu'elle soit, telle que nous continuons à la dire en songeant à toute la condescendance et à tout l'Amour de Dieu, nous sommes obligés de la transposer en y voyant simplement et justement une expression symbolique d'une réalité d'ailleurs absolument certaine, qui est la présence de Dieu parmi nous en la Personne de Jésus.

Il y a une formule beaucoup moins connue qui se trouve dans le symbole dit de Saint Athanase. Le symbole de Saint Athanase contient tant de choses admirables, c'est un symbole probablement gallois du 5ème siècle environ, et que nous lisons dans le bréviaire romain (on ne l'y lit plus malheureusement !), et, dans ce symbole, il y a cette petite phrase qui est admirable, l'auteur du symbole voulant affirmer l'unité de Jésus Christ, Jésus Christ Dieu et homme, et cependant un et non pas deux, et il la continue : "Et Il n'est pas un par le changement de la divinité en chair, mais par l'assomption de l'humanité en Dieu.

Je crois que cette formule est extrêmement profonde et qu'elle rencontre mieux le champ de notre expérience. En effet, et cela nous le tenons de Jésus : Dieu est au-dedans de nous, c'est l'enseignement qu'il donne à la samaritaine : "Ne cherche pas Dieu sur cette montagne, cherche-Le au fond de toi-même comme une source qui jaillit en vie éternelle."

Donc Dieu est déjà là puisque Saint Augustin nous a dit à sa manière admirable: "Tu étais avec moi, c'est moi qui n'étais pas avec Toi." Donc cette beauté si antique et si nouvelle qu'il a aimée trop tard, cette beauté si antique et si nouvelle qui le fait passer du dehors au dedans, cette beauté, elle était en lui beaucoup plus que lui-même. C'est Elle qui était le cœur de son intimité et le seul chemin vers elle. Donc Dieu n'avait pas à venir ! Dieu n'avait pas à descendre du Ciel, au sens littéral du mot, puisqu'il est toujours déjà là.

Il est toujours déjà là et, si son action ne se fait pas sentir, si le monde donne le spectacle du chaos, c'est parce que cette présence n'est pas reçue, n'est pas vécue comme elle devrait l'être pour fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles. Donc l'Incarnation ne consistera pas à rendre Dieu présent au monde, puisqu'il est toujours présent et que c'est Sa Présence qui nous fait vivre, mais l'Incarnation consistera à rendre présent l'homme à Dieu, ce qu'exprime le symbole dit de Saint Athanase quand il dit : "L'assomption, l'assomption de l'humanité à Dieu."

Ce qui distingue donc l'humanité de Jésus qui éclot dans le sein de Marie, ce n'est pas qu'elle soit d'une autre nature que nous-même ! C'est une créature qui n'existait pas avant ce moment de la conception, qui germe soudain dans le sein de la Vierge et qui, dès le premier instant de son existence, est saisie par le Moi divin, par la subsistance divine. »

(À suivre)

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