Suite 4 de la conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Genève le 26 janvier 1975

La Trinité ne pouvait être révélée que par Quelqu'un qui en vivait. Jésus ne pouvait pas parler dès le début de ce secret dont Il vivait. Jésus devait épouser les limites de son temps.

(Reprise du texte) :

« Le mystère de l'Incarnation ne fait que répercuter le mystère de la Trinité : c'est la Pauvreté qui est la subsistance divine, c'est la Pauvreté qui constitue la Personnalité en Dieu, ce regard vers l'Autre qui ne revient jamais sur Soi-même. C'est cela qui constitue le mystère de Jésus, c'est parce que cette Humanité est revêtue de ce regard, parce qu'elle est enveloppée par cette relation, parce qu'elle est, encore une fois, jetée en Dieu par l'élan même, éternel, qui jette le Fils dans le sein du Père. Alors cette Humanité ainsi constituée ne peut qu'entraîner toute l'humanité et tout l'univers vers cette liberté qui est le sens même de la Création. »

(Suite du texte) :

« Il est vrai de reconnaître que tout cela ne ressort pas avec évidence à toutes les pages de l'Evangile parce que Jésus n'est pas un philosophe, par bonheur ! Il n'est pas quelqu'un qui nous apporte un système, Il est un Sacrement, un Sacrement Vivant, le Sacrement inséparable de ce qui est vivant à travers lequel la divinité se manifeste et se communique, mais c'est par le développement de son histoire, par son aboutissement, par la germination du mystère de l'Eglise, qui est notre seule référence puisque nous ne connaissons rien de Jésus que par la communauté apostolique qui Lui rend témoignage.

C'est par là que nous apprenons, avec le développement de la pensée chrétienne affirmée dans les grands Conciles, c'est par là que nous pénétrons dans ces profondeurs et que nous découvrons qu'en effet le mystère de la Trinité ne pouvait être révélé que par Quelqu'un qui le vivait. Si ça avait été simplement un jeu de concepts, un jeu d'idées et de mots, ce serait resté une espèce de rébus inaccessible. Si le témoignage de Jésus porte, c'est parce que Jésus vit de cette Trinité, qu'il est enraciné en Elle et que son Moi est le Moi du Verbe, du Fils éternel qui n'est qu'un regard vers le Père.

Il est évident que Notre Seigneur ne pouvait pas dès le début parler de ce secret dont Il vivait parce qu'il fallait d'abord qu'il acclimate son message en offrant à son auditoire des idées qui avaient prise sur lui, comme l'idée restée assez vague avant d'être justement illuminée par la Croix et la Résurrection, comme l'idée du Royaume de Dieu, ce Royaume de Dieu qu'on peut concevoir de toutes les manières comme justement la Présence de Dieu au cœur de l'histoire, ou bien, pour les Apôtres avant la Pentecôte, comme une intervention miraculeuse qui allait délivrer les juifs du joug de leurs ennemis.

Donc l'Evangile se présente à nous avec sa pédagogie prudente, graduelle, jamais définitive : ou bien Notre Seigneur recourt à des paraboles pour se faire comprendre de la foule qui n'entendrait pas autre chose, ou bien Il se montre plus explicite à l'égard de ses apôtres, mais sans trop se faire d'illusions sur leur compte. Il sait très bien quels sont leurs rêves et Il le percevra tragiquement lorsqu'ils L'abandonneront au moment de sa condamnation, Il sait bien finalement que c'est au-delà de la mort que le mystère de Sa Présence sera révélé et donnera donc sa lumière.

Donc il faut prendre patience en lisant les Evangiles (1). Toujours il faut entrer dans ce mouvement, il ne faut pas s'attendre à une formulation explicite de tout ce que je viens de rappeler et qui est maintenant dans l'Eglise si magnifiquement vécu et célébré ! Jésus devait épouser les limites de son temps pour l'atteindre, Il devait se proportionner à l'intelligence de son auditoire (1) pour l'accrocher de quelque manière et Il savait bien que tout finirait finalement par un échec, un échec sans doute qui sera compensé par la résurrection pour ceux qui deviendront les disciples de la foi, mais pas pour ceux qui ont été simplement les témoins extérieurs de l'événement de sa condamnation !

Car Jésus ne s'est pas montré après Sa résurrection à ceux qui l'ont condamné, Il ne s'est pas montré à Pilate, ni à Caïphe, ni à aucun des autres, Il s'est montré à ceux qui L'attendaient, à ceux qu L'aimaient, à ceux qui devaient prendre la relève, à ceux qui ne pouvaient admettre le caractère définitif de son échec. »

(À suivre)

Note (1) : on sent ici combien il peut être dommageable pour l'intelligence profonde de la foi chrétienne d'attribuer à toute parole de l'Evangile une sorte d'effet magique d'une vérité absolue et définitive comme on le fait dans l'expression qu'on applique à tous les versets de l'Evangile : c'est une parole d'Evangile !

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