Suite et fin de la 2ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Genève le 27 janvier 1975.

La mort de Jésus et Sa résurrection sont d'abord intérieures, spirituelles.

« Je pense que, si vous retenez ces deux formules : « Il est descendu du Ciel » ou, ce qui est plus parfait : « le Verbe s'est fait chair », et l'autre formule : « Le Christ est un, non pas par le changement de la divinité en chair mais par l'assomption de l'humanité en Dieu », vous aurez une direction de pensée féconde pour méditer sur le mystère de Jésus, pour comprendre à la fois ses limites puisqu'il est une créature humaine, tirée du néant comme dit Bérulle, qui n'existe qu'à partir de ce moment-là, ET en même temps Il est le Fils de Dieu puisque cette nature humaine est revêtue de la filiation divine, de la personnalité du Fils sans confusion de natures d'ailleurs, pour susciter cette attraction, cette polarité infinie qui fait de Jésus l'homme le plus libre qui puisse jamais exister. Et nous sommes justement les fils de cette liberté dans la mesure où nous sommes fidèles à l'Evangile. Nous sommes appelés à réaliser dans notre vie ce que Jésus réalise dans Sa Personne.

D'ailleurs la distinction des natures nous permettra de comprendre un peu mieux comment Notre Seigneur Lui-même, au moment de Sa Passion et de Sa Crucifixion, a pu éprouver ce sentiment d'abandon, d'écrasement absolu, de malédiction définitive comme si, selon Saint Paul, comme si Il était fait péché (2 Cor. 5,21) C'est parce que la réalité de Sa nature humaine est intégrale et qu'il a une sensibilité infiniment plus subtile et plus délicate que la nôtre mais qui lui ressemble, et qu'Il peut donc vivre les événements en subissant toute la pointe de leur nouveauté bien que tout fût prévu, et en particulier à partir des trois tentations qu'il repousse comme une suggestion démoniaque qui voudrait L'entraîner à user de ses pouvoirs en sa propre faveur, or ce n'est pas cela : Il est là au service des autres, Il sait donc parfaitement qu'il est voué à la Croix dont Il parlera à ses disciples comme la condition même de leur propre fidélité.

Et, quand l'événement se produit, cet événement n'en garde pas moins pour Sa sensibilité toute sa nouveauté effroyable, tellement épouvantable que Jésus en Lui-même meurt non pas de ses blessures, de ses blessures physiques qui étaient inimaginables, mais meurt de cette blessure spirituelle, de cette blessure morale qui fait qu'il est le condamné, qu'Il est le péché, qu'il est le grand coupable, qu'il a pris la place de tous les coupables et qu'il sent qu'il l'est tout en sachant pourtant qu'il est parfaitement innocent.

Et c'est précisément cette contradiction affreuse entre la saisie de l'innocence et le sentiment du péché qui L'envahit parce qu'il doit opposer le contre-poids de Son Amour à toutes les offenses du monde, et c'est cela qui cause Sa mort, une mort intérieure, spirituelle, qui appellera une résurrection aussi intérieure (1), qui ne sera pas la réanimation d'un cadavre, mais le retour de ce qui est conforme à Sa Nature de Verbe Incarné : Lui qui est le Prince de la Vie, Lui qui est à la source de la Vie, Il ne devait pas mourir.

S'il est mort, c'est à cause de nous, Il est mort par substitution, Il est mort de notre mort et non pas de la Sienne, Il est mort de notre mort dans sa filiation à l'égard du péché, (la mort est fille du péché), c'est la mort dont Saint Paul dit qu'elle est entrée dans le monde avec le péché (Romains, 5,12), cette mort que Dieu n'a pas voulue ! C'est cette mort pleine de ténèbres que le Christ a vécue jusqu'à en mourir Lui-même, pour nous et à la place de nous.

En tout cas, il est certain que c'est dans la mesure où nous réaliserons, où nous prendrons conscience de la présence de Dieu en nous, dans un ciel intérieur à nous-mêmes sur lequel Sainte Thérèse, dans "Le chemin de la perfection", (je parle de Thérèse d'Avila), insiste : le ciel, dans son commentaire du Pater, c'est un ciel intérieur à nous-mêmes, dans ce ciel intérieur à nous-mêmes Dieu réside, donc Jésus, c'est nous qui ne sommes pas en Lui et, pour vaincre cette opacité que l'homme oppose à Dieu, il fallait justement cette désappropriation radicale qui ouvre l'humanité de Jésus sur le Moi divin, qui la revêt toute entière et la libère si radicalement qu'elle peut assumer toute l'humanité et tout l'univers.

Si nous partons de notre expérience, nous saurons que ce Dieu qui est en nous a surgi tout d'un coup, avec Son "Je" et "Moi" Infinis, au cœur d'une humanité qui n'avait plus rien, qui n'était plus que le sacrement vivant et consentant, et inséparable, dans lequel Dieu s'exprimait et se communiquait.

Il n'y a aucun doute que, si Jésus nous a introduits au cœur de la Trinité, ce n'est pas en spéculant sur Dieu, c'est en vivant Dieu comme son vrai Moi, et en vivant sa propre humanité comme la révélation de ce Dieu qui finit par mourir en Lui.

Et c'est là justement que va éclater la splendeur de l'Amour divin. En effet Dieu nous laisse libres, Il acceptera que cette liberté se tourne contre Lui et, pour ne pas se renier, c'est-à-dire pour ne pas renier Son Amour, Il paiera le prix de ce refus en Lui-même, Il assumera ce refus et en mourra.

Et ce sera toujours ainsi : Dieu ne peut que mourir là où il n'y a pas d'amour parce qu'il est l'Amour, et qu'il a tout créé pour l'amour. »

(Fin de la conférence)

Note (1) : Retenons ces expressions zundéliennes : la mort de Jésus est une mort intérieure, Sa résurrection est une résurrection intérieure, spirituelle. Ca ne veut pas dire bien sûr que cette mort et cette résurrection ne soient pas tout à fait réelles ! Bien au contraire ! Mais, du fait que nous sommes chair autant qu'esprit, nous aurons toujours du mal à saisir que cette mort et cette résurrection sont d'abord et principalement intérieures, spirituelles ! Et Jésus ressuscité devra se montrer d'abord aux yeux de chair de Ses apôtres, il ira, bien que cela ne lui soit pas nécessaire, jusqu'à manger devant eux (pas avec eux, même sur le bord du lac de Tibériade, du moins n'est-ce pas dit dans l'Evangile).

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