Suite 3 de la 3ème conférence de M. Zundel au Cénacle de Genève le 26 janvier 1975.

Le corps est vêtu de l'esprit, le corps est une personne...

« Remarquez que Saint Paul, dans l'épître aux Corinthiens, la première au chapitre 6ème lorsqu'il veut inculquer le sens de la pureté, lorsqu'il combat la fornication, il ne rappelle pas le Décalogue, il ne rappelle pas la Loi qui nous surplombe et sous le joug de laquelle vous n'avez qu'à courber la tête, il nous rappelle que nous sommes le temple du Saint Esprit et les membres de Jésus Christ : il s'agit de notre corps ! Donc il souligne la dimension mystique de notre corps comme l'argument essentiel du respect de nous-mêmes.

Nous entrons avec notre corps dans le mystère de l'esprit, dans le mystère du Christ, dans le mystère de la Trinité divine ! Et notre corps vrai, notre corps authentique, notre corps proprement humain nous est aussi inaccessible que notre pensée la plus profonde. Si nous ne percevons pas le corps dans cette dignité, dans cette grandeur infinie, nous ne le percevons pas dans son humanité et nous manquons de l'atteindre.

C'est parce qu'il y a cette dimension divine infinie, parce que le corps est vêtu de l'esprit, qu'il peut y avoir une exigence de pureté si grande, parce qu'on n'a plus à faire à une chose, on n'est plus dans le rythme de l'espèce, on a à faire à une personne, le corps est une personne parce qu'il n'y a pas de séparation, parce que l'homme est tout un, parce que sa pensée, sa sensibilité, sont indissolublement unies et que la seule manière d'atteindre, c'est-à-dire de nous atteindre nous-mêmes intégralement, c'est de nous atteindre à travers cette immense nappe de lumière que Dieu forme autour de nous par le rayonnement de sa Présence en nous.

Il est clair que, si vous ne voyez pas les choses de cette manière, la pureté n'a pas de sens parce que vous ne savez pas où la situer, vous ne savez pas où la situer ! Elle apparaît comme une requête absurde, sans objet ! Elle ne peut jaillir que de ce sentiment de la dignité infinie de l'être humain.

Comment éprouvez-vous la dignité de l'être humain dans un autre qui vous est cher, ou dans un autre qui est torturé et dont vous pouvez vivre la torture, fût-ce à travers des images, comment l'éprouvez-vous ? Vous l'éprouvez parce que vous êtes vous-mêmes une dignité et que souvent cette torture infligée à la dignité des autres réveille la vôtre.

Et c'est d'une manière semblable que l'être délivré de lui-même vit son corps comme le Corps du Christ, vit son corps en esprit de désappropriation, vit son corps dans son unité, il n'y a pas une zone qui serait licite et une autre illicite, l'être délivré de lui-même vit son corps tout entier dans son unité qui se rassemble, comme je le disais ce matin à propos de l'Eucharistie, qui se rassemble en un seul point, en un Centre de lumière où justement ce corps se rattache à Dieu.

Dans le corps humain, l'amour est vêtu de Dieu, comme dit Saint Paul aux Galates : "Vous qui avez été baptisés, vous avez revêtu le Christ" (Gal., 3,27). Il ne s'agit donc pas de refoulement, ni de peur, ni de honte, il s'agit tout au contraire d'une dimension infinie à laquelle nous avons à atteindre aussi réellement que nous avons à nous créer. Donc la pureté, c'est un "plus" infini et non pas un "moins"

Cela changerait toutes les relations humaines et toutes les relations entre les deux sexes s'il y avait cette vision où l'on voudrait atteindre dans l'autre l'Infini précisément dont il peut être la source. Il est clair que la lassitude, quand ce n'est pas le divorce, la lassitude qui frappe tant de mariages vient de ce que l'on a rencontré - et très vite - des limites qu'on n'a pas pu surmonter, en l'autre ou en soi, et qu'on est déçu parce qu'on avait misé sur l'amour comme sur la source même d'une vie inépuisable et on s'aperçoit que non ! Il fallait autre chose.

Au fond, la relation véritable est une relation trinitaire, quand toute possession est exclue, quand on n'est plus qu'accueil à l'Infini que l'autre représente pour soi. Le secret des corps est l'esprit et on se fourvoie radicalement si on le cherche ailleurs.

Il y a une espèce d'autonomie tragique donnée aux organes de la reproduction, une espèce d'autonomie qui fait qu'ils entraînent tout l'être, sans l'éclairer d'ailleurs sur lui-même, il faut rompre cette autonomie, cette fausse autonomie d'une partie de nous-mêmes, car il faut réaliser l'unité d'une liberté divine, justement en prenant conscience de ce rayonnement de Dieu à travers toutes les fibres de notre être."

(À suivre)

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