2ème conférence - Cénacle de Genève - 4 février 1973 (Suite, partie 3)

Suite 3 de la 2ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Genève le 4 février 1973.

« Il ne faut donc pas toucher au dogme et parler à tort et à travers de ce que l'on peut, ou de ce que l'on veut, ou de ce qu'on doit admettre : il y a dix ans je pouvais, aujourd'hui... etc. ! il faut voir que le dogme de l'Eglise, c'est-à-dire la présentation du Christ toujours vivant qui éclaire tout notre Univers, il s'agit de se rendre compte que cette expression signifie une relation entre Dieu et nous, comme toute connaissance interpersonnelle : vous connaissez les êtres que vous aimez dans cette relation que vous avez avec eux et cette relation peut grandir selon la progression de votre amour, comme elle peut s'amortir et s'affaiblir et finalement disparaître si votre amour s'affadit ou s'anéantit.

Il se peut donc que certains dogmes soient formulés dans la langue d'une certaine situation qui peut être vraie, qui l'est certainement, mais qui peut être dépassée ! Je vais m'exprimer de la façon la plus simple et la plus formelle en parlant de l'Enfer.

Croyez-vous à l'Enfer ? Si vous me posez la question de cette manière, je vous dirai que cette question est mal posée parce que le dogme, ce n'est pas : voilà ce qui se passe ! Voilà dans les bureaux de l'éternité la dernière information sur le sujet et nous télégraphions, c'est comme ça ! Le dogme n'est pas du tout un " c'est comme ça ! ", le dogme est une expérience, c'est donc une connaissance qui est fonction de votre naissance, et plus votre naissance est profonde, plus elle est radicale, plus elle vous transforme, plus votre vision doit s'approfondir.

Il y a donc des situations où l'enfer est ressenti comme un châtiment terrible qu'on a mérité et qu'on a conscience de mériter comme le brigand dont je raconte l'histoire, le brigand qui trouve sur la neige ce papier où il y a marqué : Notre Dame du perpétuel secours, et qui s'engage 7 fois de suite dans cette neuvaine. Eh bien au départ il éprouve, au bout de la 1ère neuvaine, une peur effroyable parce qu'il prend conscience tout d'un coup de sa responsabilité, il se rend compte qu'il a trahi cette responsabilité et que ça peut être une catastrophe irrémédiable.

Cette prise de conscience de la responsabilité, c'est quelque chose de très noble et rien ne paraît justement plus inhumain que de diminuer et de dévaluer systématiquement la responsabilité parce que c'est la négation de l'homme : si ce que vous décidez n'a aucune importance, c'est que vous n'existez pas. Si vous existez réellement comme un créateur, vos décisions ont une importance capitale non seulement sur votre destin mais sur celui de toute l'humanité et de tout l'Univers ! Donc prendre conscience de sa responsabilité, c'est entrer dans sa grandeur, c'est commencer à comprendre qu'on a une vocation de créateur puisqu'il n'y a pas de neutralité et que se retirer du jeu n'est pas possible. Des lors qu'on existe, on engage toute l'histoire et tout l'Univers dans ses propres décisions.

Donc le brigand, voilà qu'il est confronté avec sa responsabilité, qu'il en prend une conscience terrifiante avec la certitude qu'il est perdu, et il va reprendre sa neuvaine et peu à peu le centre de gravité va se déplacer, il pensera de moins en moins à lui et de plus en plus à Dieu, il verra le bien beaucoup moins comme un commandement qu'il a violé que comme un amour qu'il a blessé, et finalement il arrivera au sommet de la dernière neuvaine, il arrivera à cette découverte prodigieuse qu'il a crucifié Dieu et que Dieu s'est laissé crucifier par amour pour lui, que c'est lui qui a mis Dieu en enfer et non pas Dieu qui l'y a mis, et que ce qui importe maintenant pour accomplir et satisfaire à sa responsabilité, c'est de prendre soin de cette vie divine comme d'un trésor merveilleux confié à son amour. Il a été jusqu'au bout de cette relation où il a pris conscience de sa responsabilité mais d'abord d'une manière extérieure parce qu'il était extérieur à lui-même, qu'il était extérieur à Dieu et à tout, et, à mesure que sa vie s'intériorise, Dieu s'intériorise, l'enfer s'intériorise, et de moins en moins il s'agit de lui, et de plus en plus il s'agit de Dieu.

Mais il ne faut pas nier le point de départ parce qu'on admire le point d'arrivée. Le point de départ était une étape qui était vraie, vraie en ce sens qu'elle exprimait le juste rapport entre cet homme et l'univers spirituel qu'il découvrait et qu'il avait jusque là ignoré et piétiné. Cette prise de conscience va s'ouvrir, s'ouvrir, s'ouvrir, s'ouvrir, s'ouvrir sans fin ! Et finalement il n'y aura plus que la Trinité, il n'y aura plus que ce cœur de Dieu qui brûle dans le sien, il n'y aura plus que cet appel à se donner à ce Dieu qui se révèle précisément comme l'Amour.

Et notre Seigneur Lui-même a parlé du feu éternel, Il a donc fait allusion à cette expérience non pas pour la limiter - pour la limiter le même Christ qui parlera à la foule selon le langage du temps, qui parlera de son dies irae : n'est-ce pas chaque époque a le sien ! Donc il parlera à la foule d'ailleurs sans y insister pour marquer que le jugement aura pour thème la charité : « J'ai eu faim, J'ai eu soif, etc., c'est dans ce même chapitre si admirable qui a nourri la charité chrétienne pour des siècles et des siècles, que Jésus parle du feu éternel, mais c'est simplement un premier plan, Il appellera dans sa Passion tous les hommes au royaume de la Vérité : « Je suis venu dans le monde pour les hommes au royaume de la Vérité ! Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité, et quiconque est de la Vérité entend ma voix, et Il appellera finalement le monde entier à cette maternité divine : « Celui qui fait la volonté de Dieu est mon frère et ma sœur et ma mère ! » Ça, c'est le sommet, le sommet des sommets où il s'agit non plus de nous-même et de notre destin mais de cette vie de Dieu qui nous est confiée et que nous avons à communiquer.

Le dogme donc n'est pas une affirmation statique : il y a un enfer et il y a un paradis, le dogme, c'est, encore une fois, l'expérience, exprimée dans la lumière de l'Esprit-Saint, d'une relation interpersonnelle qui est l'essentiel pour nous, la vérité est une relation interpersonnelle, la vérité ce n'est pas de dire : ça se passe comme ça parce que dans un laboratoire ça se passe comme ça aujourd'hui mais demain ça se passera autrement, et après-demain encore autrement ! Et toujours autrement ! Et si ce n'était pas autrement, la science s'arrêterait, il n'y aurait plus rien à découvrir ! Alors la vérité, ce n'est pas ce cheminement horizontal, la vérité, c'est tout d'un coup cet éclair qui va jaillir de ce travail quand tout d'un coup le savant émergera de lui-même dans l'émerveillement comme Einstein qui voit justement que, dans le sentiment mystique, la condition même de toute science authentique, c'est de savoir s'émerveiller ! Comme dit Einstein : « Celui qui a perdu la faculté de s'étonner et d'être frappé de respect, c'est comme s'il était mort ! » Eh bien un mot comme celui-là, c'est un mot qui dépasse tous les laboratoires et toutes les techniques et toutes les méthodes, c'est un mot qui révèle une expérience d'homme qui tout d'un coup a émergé et est entré en contemplation d'une Vérité qui est Quelqu'un, j'entend : d'une vérité qui devient le jour de son esprit, le soleil intérieur qui éclaire toutes ses démarches.

Alors comment voulez-vous qu'il en soit autrement dans le domaine spirituel par excellence, qui est le domaine de nos relations personnelles avec un Dieu éminemment personnel puisque c'est sa Présence qui nous personnalise et que nous ne sommes jamais quelqu'un qu'en face de Lui. Il ne s'agit donc pas de remuer les cendres de notre subjectivité passionnelle et puis de trancher dans le vif, de dire : ça ne peut pas être comme ça ! Il faut d'abord nous mettre dans le sillage de l'Esprit-Saint, il faut entrer dans le silence et il faut vivre l'expérience, et, plus nous avancerons, plus nous verrons que finalement tous les dogmes se rassemblent et convergent dans le buisson ardent de la Trinité où Dieu resplendit dans le dépouillement infini de son amour. »

(À suivre)

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