La Rochette - 6-11 septembre 1963

Vous trouverez ci-dessous une page magnifique de Zundel qui illustre très bien l'essentiel de la lettre de l'abbé Maréchal « sitée » le 16/06/2008 (à relire). Elle pourrait être lue utilement lors d'une exposition du Saint Sacrement parce que l'Eucharistie est justement le sacrement de cette humanité infiniment sainte, de ce Corps infiniment saint de Notre Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ dans Son Humanité est Lui-même sacrement de la divinité. Cette "sacramentalité" dont le signe le plus marquant est la pauvreté est admirablement développée ici par M. Zundel.

« Il est parfaitement clair que l'Incarnation ne comporte aucune métamorphose, ni une transformation de la nature divine en nature humaine ni une transformation de la nature humaine en nature divine, il n'y a aucun mélange. Les deux natures demeurent inconfusibles, l'Humanité de Jésus n'est pas Dieu, elle n'est pas égale à Dieu, elle ne peut comprendre adéquatement Dieu. L'Humanité de Jésus est appropriée par Dieu dans son dépouillement absolu pour être le sacrement diaphane d'une révélation parfaite et définitive, car c'est justement le fait de son dépouillement absolu qui rend l'humanité de Jésus capable d'une révélation définitive.

Le Christianisme, qui est fondé sur cette pauvreté de l'Humanité de Notre Seigneur, ne récuse pas les révélations qui sont apparues avant Lui, il se propose explicitement, au contraire, d'assumer tout le prophétisme d'Israël, mais il ne se contente pas de cette intégration, il veut aussi assumer toutes les prophéties qui se sont produites avant l'existence même d'Israël, avant la vocation d'Abraham, dans cet intervalle immense, qui comporte peut-être un demi million de siècles ou davantage, qui va entre l'origine de l'homme et la vocation d'Abraham. Nous sommes bien sûrs que dans cet intervalle la divinité n'est pas restée muette, qu'elle s'est communiquée à l'humanité, qu'il y a eu des prophètes qui n'avaient pas sans doute une mission universelle comme les prophètes d'Israël, mais qui, néanmoins, étaient les messagers et les porte-parole de Dieu.

Qu'il s'agisse de Bouddha, un saint d'une admirable grandeur, qu'il s'agisse des livres védiques qui nourrissent la religion des Brahmanes, qu'il s'agisse de la sagesse des vieux chinois comme Confucius ou Lao-Tsé, qu'il s'agisse même du Prophète de l'Islam dans une humanité idolâtrique qui ne pouvait pas recevoir le monothéisme autrement, le christianisme ne récuse aucun des témoins de Dieu (1) ! Simplement, il couronne leur témoignage, il l'achève et il l'accomplit dans le témoignage de Jésus Christ en qui se réalise la suprême Incarnation.

D'une certaine manière tous les prophètes, tous les sages, tous les génies, tous les héros constituent une sorte d'incarnation de Dieu, c'est-à-dire que Dieu, d'une certaine façon, se rend présent à travers eux, mais cette révélation est toujours imparfaite dans la mesure où l'homme le demeure, dans la mesure où il garde les traces de sa biologie primitive.

L'Incarnation n'est absolument parfaite, définitive, inséparable, éternelle que dans le cas de Jésus Christ parce que en Lui la pauvreté est indépassable, parce qu'en lui la pauvreté est indépassable.

La raison pour laquelle un chrétien adhère à Jésus Christ, ce n'est pas pour repousser des témoignages divins qui se sont fait jour à travers l'histoire à toutes les époques et sous tous les climats, mais parce que, en Jésus, la garantie d'une révélation définitive est donnée dans cette affirmation qui est le cœur du dogme christologique, à savoir qu'en Jésus l'humanité est tellement désappropriée d'elle-même qu'elle ne peut dire ni "je" ni "moi", qu'elle est réduite à l'état de pur sacrement, de sacrement vivant qui représente et communique personnellement la Divinité.

Quoi que Jésus fasse, quoi qu'il pense, quoi qu'il dise, quoi qu'il souffre, dans tout son être Il n'est jamais que la révélation personnelle de Dieu. Ce n'est jamais sa propre humanité qui se révèle mais c'est, à travers elle, Dieu.

C'est sous l'égide (sous la protection) de cette pauvreté absolue qu'il nous faut aborder l'Evangile, qu'il nous faut le penser comme il nous faut le vivre. Le mystère de Jésus, en raison même du dépouillement absolu qui le constitue, n'est finalement accessible qu'à celui qui entre en état de pauvreté, qu'à celui qui s'assimile la béatitude de la pauvreté, qui se fait une âme de pauvre, qui est à l'écoute de Dieu, qui disparaît à ses propres yeux et qui s'efface.

Comment ne pas citer ici le mot de cette petite fille, transparente et géniale (comme sa mère d'ailleurs) qui s'était préparée à sa première communion avec toute l'ingénuité de son intelligence et de son cœur. Interrogée par ses petits camarades alors que chacun d'eux répétait les mots préfabriqués qu'il avait lus dans les livres, cette petite qui, elle, avait vraiment communié, pour qui la première communion avait été un événement, à la question : "Qu'est-ce que tu as senti ?" répond : "Eh bien, moi, il m'efface. " Il m'efface ! Elle avait donc compris que c'était cela s'approcher de Dieu, c'est s'effacer en Lui comme les trois Personnes Divines s'effacent l'Une dans l'autre, comme l'Humanité de Notre Seigneur entièrement désappropriée d'elle-même s'efface pour être le sacrement diaphane de la divinité qui se révèle et se communique personnellement en Lui.

Il faut être en esprit et en état de pauvreté pour entrer dans cette symbiose et unité unique entre l'humanité et la divinité de Jésus parce qu'elle constitue le confluent et la rencontre unique et merveilleuse entre l'éternelle pauvreté qui est Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ET l'humaine pauvreté en l'Humanité Sainte de Notre Seigneur qui ne peut plus rien faire que de témoigner de Dieu en Le révélant dans les abîmes de son infinité suivant les étapes de sa vie humaine dont chacune constitue une parabole de l'éternelle divinité. »

Extrait de la retraite donnée par M. Zundel à l'abbaye bénédictine saint Joseph de La Rochette du 6 au 11 septembre 1963, aux pages 28 à 30 de l'édition photocopiée.

Note (1) : Tout homme dans la mesure où il laisse Jésus-Christ prendre chair en lui, devient prophète, il n'y a pas d'autre façon d'être chrétien que de laisser s'opérer en nous l'incarnation divine.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir