Einstein ne croyait sans doute pas plus que les philosophes athées du 19ème siècle en le Dieu du christianisme tel qu'il était présenté à son époque dans l'enseignement religieux courant dans l'Eglise. Il pensait à la nécessité de renoncer à la doctrine d'un Dieu personnel : pourquoi ? C'était sans doute pour lui une humanisation impertinente de l‘absolue grandeur et transcendance du seul Dieu concevable par l'esprit humain (voir ce qu'on a dit précédemment au bénéfice de l‘Islam). Il ne croyait pas en une survie de l'homme après la mort. Ce désir en l'homme lui apparaissait comme manifestant un grand égoïsme. Il ne connaissait aucunement la pensée mystique de Zundel qui exclut tout égoïsme dans ce désir : il ne s'agit pas pour le chrétien de se sauver lui-même mais de sauver Dieu ! Et il ne se sauvera lui-même qu'en sauvant Dieu. Perspective encore totalement inconnue de l'ensemble des chrétiens. On devra revenir sur le sens de ce salut de Dieu parce que, finalement, il est capable de combler l'esprit de l'homme bien plus que la seule idée d'un salut personnel, bien plus que la pensée d'abord de son salut personnel. Il y va peut-être du salut du christianisme aujourd'hui et demain !

On donne ici une première série de pensées d'Einstein parues dans : Albert Einstein, « Pensées intimes », Anatolia, éditions du Rocher. Evidemment, comme pour toutes les pensées de Zundel, elles ne peuvent pas être comprises, si intelligents qu'on soit, à la suite d'une simple et unique première lecture.

« Des gens comme vous et moi - mortels bien sûr comme n'importe qui d'autre - ne vieillissent pas, quelle que soit la durée de notre vie. Je veux dire par là que nous ne cessons jamais de nous tenir comme des enfants curieux devant le grand Mystère dans lequel nous sommes nés. » (p.196)

« Dans leur combat pour le bien moral, les docteurs de la religion doivent avoir assez d'audace pour renoncer à la doctrine d'un Dieu personnel, ou, si l'on préfère, à cette source de crainte et d'espoir qui, dans le passé, a placé un pouvoir aussi considérable entre les mains des prêtres. » (p. 140)

« Parmi les esprits scientifiques les plus profonds, vous en trouverez difficilement un seul qui ne professe pas un sentiment religieux de son cru. Mais cette foi est différente de la religiosité de l'homme naïf. Pour ce dernier Dieu est un être dont on espère attirer les faveurs, et dont on craint les punitions, une sublimation d'un sentiment semblable à celui d'un enfant envers son père. » (p. 138)

« Le savant est possédé par la notion de causalité universelle. (...) Son sentiment religieux revêt la forme d'un émerveillement extatique devant l'harmonie de la loi naturelle qui révèle une intelligence d'une telle supériorité que, comparés à elle, tous les actes et toutes les pensées enfermés dans les systèmes des êtres humains sont parfaitement insignifiants. (...) Cette intelligence est sans aucun doute très semblable à celle que possèdent les génies religieux à toutes les époques. » (pp. 138-139)

« Quelle est la signification de la vie humaine, ou, pour la question qui nous occupe, de la vie de n'importe quelle créature ? Connaître une réponse à cette question signifie être religieux. On demande alors « Cela a-t-il un sens de poser cette question ? » Je réponds : « l'homme qui considère que sa propre vie et celles des autres créatures terrestres n'ont pas de sens est non seulement malheureux, mais inadapté à la vie. »

« Tout homme sérieusement impliqué dans la recherche scientifique devient convaincu qu'un esprit se manifeste à travers les lois de l'Univers - un esprit largement supérieur à celui de l'homme. (...) De cette manière la recherche scientifique conduit à un sentiment religieux d'un genre spécial, qui est en vérité tout à fait différent de la religiosité de quelqu'un de plus naïf. (p.139)

« La science sans religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle. » Il s'agit ici peut-être d'une paraphrase d'une formule de Kant : « La notion sans l'intuition est vide, l'intuition sans la notion est aveugle. » (p.140)

« Plus loin l'évolution spirituelle de l'humanité progresse, plus il me paraît certain que la voie vers la véritable religiosité ne passe pas par la peur de la vie et la peur de la mort, et la foi aveugle, mais par la recherche d'une connaissance rationnelle. »

« Aucune idée n'est conçue dans notre esprit indépendamment de nos cinq sens (c'est à dire aucune idée n'est d'inspiration divine).

Je doute que la philosophie et la raison guideront l'homme dans un avenir prévisible, cependant elles resteront pour une minorité ce plus beau sanctuaire qu'elles ont toujours été. » (p.141)

Il y a certainement une sorte d'harmonie de pensée entre ces deux immenses penseurs qu'ont été Einstein et Zundel. Il faudra y revenir.

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