2ème homélie de Pâques (Début, partie 1)

La Croix, dans son numéro du mercredi 23 mars 2005, nous relate un débat entre adolescents sur l'au-delà. Nous sommes intéressés parce que ce sont des propos tenus par des jeunes, et rien que le fait qu'ils aient échangés sur des « choses » aussi graves, est déjà « porteur », mais il faut tout de même reconnaître que leurs propos ici rapportés montrent, par leur banalité, une profonde ignorance des mystères chrétiens.

Je suis d'abord surpris que la distinction, l'immense différence entre Résurrection et réincarnation ne soit pas précisée : on a l'impression que, pour eux, les deux sont offerts à notre libre choix. Ils semblent ignorer complètement que la Résurrection du Seigneur est attestée par les témoignages des évangiles : c'est l'expérience d'une Personne, et elle est posée comme fondement de la foi chrétienne. La réincarnation par contre n'a aucun fondement historique, elle n'a été expérimentée réellement par personne. Et puis ce mot d'au-delà est reçu comme allant de soi, tellement il est couramment employé dans le langage chrétien.

Comment faire comprendre à ces jeunes, et à leurs aînés, qu'il n'y a pas d'au-delà, mais qu'il y a seulement un au-dedans, qu'après notre mort il n'y a pas de rallonge à notre vie terrestre dans un ciel imaginaire ?

Ici est posée, et elle devrait être posée le plus souvent possible, la question de ce qu'on appelle la mystique chrétienne face à un enseignement religieux assez courant, livresque et intellectuel, donné comme une sorte de documentation pour une simple information. Si on en reste là, c'est sans prise réelle sur celui qui le reçoit, même si, dans le meilleur des cas, il en reste quelque chose par la suite ! Ca ne mord pas sur la vie ! On a seulement acquis quelques connaissances de plus dans un domaine particulier, au milieu de beaucoup d'autres du même ordre. Il arrive d'ailleurs aujourd'hui assez souvent, dans les établissements religieux, que la catéchèse se réduise souvent à cette sorte d'échange. On est dépourvu même si l'on sent qu'il faudrait faire autrement : ça ne passerait pas !

Sans vie mystique, on est confronté à des idées, mais non à une Présence et on peut être très bien documenté sur Jésus-Christ sans pour autant en vivre. Il arrive même alors que des personnes, bien disposées mais se disant athées, enseignent le catéchisme ou la religion aux enfants !

C'est seulement dans le kérygme chrétien, seule façon de transmettre non pas un savoir mais une foi, que l'effet normal, l'effet proprement mystique, pourra avoir espoir d'être atteint, jusqu'à ce que ça morde sur la vie.

Regardez un instant comment les récits des apparitions du Ressuscité dans les derniers chapitres des évangiles - cela vaut pour tout l'Evangile mais ici c'est plus accusé - ne sont aucunement des renseignements sur ce qui s'est passé, plus précisément sur ce qui a été vu par les Apôtres, lorsque le Christ leur est apparu ressuscité. Une documentation aurait permis de répondre à toutes sortes de question qu'on peut se poser quant à cet événement tout à fait extra-ordinaire : elle n'y figure pas ! Par exemple on ne nous décrit rien sur les vêtements ou l'aspect du Ressuscité, sur son comportement différent maintenant. On aurait tellement aimé savoir davantage comment Il était !

Marie Madeleine l'aurait bien voulu elle-même, elle aurait voulu Le voir, L'approcher davantage, mais le Seigneur l'arrête : « Ne me touche pas ! » Ce qui veut certainement dire, « Ne t'occupes plus de moi comme avant, ne me regarde plus comme avant ! Tu risquerais de ne plus rien voir ! »

Car il s'agit maintenant, avec le Ressuscité, de tout autre chose : il s'agit de croire, même si Jésus vous apparaît ! Ce sera clairement dit par Jésus Lui-même à Thomas, l'incrédule, et à tous les autres.

Il faut bien se dire que les Apôtres ont douté... jusqu'à la Pentecôte, même si Jésus a mangé avec eux au Cénacle et sur le bord du lac de Tibériade ! Et la raison en est toute simple : leurs yeux, comme les nôtres, les yeux de tout corps qui n'est pas encore passé par la mort et la résurrection, sont incapables de voir le Ressuscité, ça leur est impossible. Et pourtant le Ressuscité se montre à eux, discrètement si l'on peut dire puisqu'il n'aura plus de longs entretiens avec eux pour continuer leur instruction, excepté pour les disciples d'Emmaüs.

Les seules paroles, comme son long enseignement sur le chemin d'Emmaüs, les seules paroles qu'Il échange avec eux sont pour affermir leur foi. Jean d'ailleurs nous précisera que son évangile est écrit uniquement dans ce but : « pour que vous croyiez ! »

Alors, nous, où en sommes-nous ? La foi des Apôtres les a conduits au martyre, ultime et très fort témoignage de la vérité atteinte dans leur foi en la Personne ressuscitée de Jésus-Christ. Jean témoignera d'une autre façon, par ce long ressouvenir de ce qu'il a vécu avec Jésus, témoignage peut-être plus important encore que celui des trois autres évangiles.

Bien plus que de nous renseigner sur Jésus, ce qui reste bien entendu très utile, nous avons à mettre notre foi en Lui, et on n'aura jamais fini de le faire. Ce que n'ont aucunement compris les détracteurs d'aujourd'hui, forts de découvertes archéologiques ou autres, à partir desquelles ils en viennent à professer toutes sortes d'inepties sans aucunement s'en rendre compte. Ils ne savent pas ce qu'est la foi. Et ils restent à l'extérieur... On peut alors dire, et même prouver n'importe quoi.

(À suivre)

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