Suite 2 de la 3ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Paris le 9 février 1964.

Première affirmation par Zundel de la solidarité non seulement des hommes entre eux mais encore d'une solidarité extrême entre tous les éléments de l'Univers jusqu'aux infiniment petits infiniment lointains de nous, rien n'est donc anodin dans tout ce que nous faisons : tout ce qui s'accomplit en nous doit avoir un immense retentissement. ... Et, parce que nous pensons, nous sommes tous en quelque sorte des orbites de l'Univers. La défaillance de notre pensée a des conséquences dramatiques ... Dieu est sans prise sur ce qui n'est pas l'Amour. ...Le mal ne peut être que le mal de Dieu d'abord. ... Inédit, important, difficile.

« Si notre organisme est enraciné dans l'univers, si l'univers prolonge notre corps, si l'univers est notre corps, si les plus lointaines nébu­leuses peuvent nous atteindre (elles nous atteignent, autrement nous ne saurions même pas qu'elles existent), si leur lumière nous parvient, il faut que d'une certaine manière chaque battement de notre coeur retentisse aussi sur ces nébuleuses qui sont situées à dix milliards d'années-lumière de nous-même. Tout l'univers frémit d'un atome qu'on touche et, par conséquent, tout ce qui s'accomplit en nous doit avoir un immense retentissement.
Et, puisque nous sommes pensée, du moins capables de penser, puisque c'est là notre vocation suprême, c'est que nous sommes tous et chacun d'une certaine manière des orbites de l'univers.
Chaque pensée est un acte originel, chaque pensée peut être (j'entends par pensée cet acte conscient et libre où s'offre à nous la disposition de nous-même et de tout), chaque pensée est un acte originel comme chaque pensée défaillante est une sorte de péché originel, c'est-à-dire un refus d'être origine, c'est là le mal, un refus d'être origine, parce que c'est condamner l'homme et l'univers à être extérieur, à être des choses, à être des objets, à demeurer étrangers à la vie de l'esprit, à être inaccessibles à l'amour.
Si l'amour doit circuler dans notre organisme et dans cet organisme plus vaste qui est le nôtre encore et qui est l'univers, ce doit être par la fidélité de la pensée devenant chaque fois qu'elle s'exerce un acte originel, un acte créateur, un acte qui relie tous les plans de l'être à la source et qui permet à la vie divine de circuler dans tous les secteurs.
Si Dieu est intérieur, s'il est un pur dedans, s'il n'a pas de dehors, s'il est purement inconditionné parce qu'il est le dépouillement éternel d'un amour toujours et totalement donné, il est sans prise sur ce qui n'est pas l'amour, il ne peut agir que par amour et l'amour ne peut agir que sur l'amour suscitant l'amour, si donc son influx, sa présence doit rayonner sur tout l'univers, y compris bien entendu l'univers physique, si cet univers physique ne peut pas se réaliser en demeurant en dehors du Royaume, ce ne peut être que par notre médiation, ou la médiation d'êtres semblables à nous (1).
Comme notre organisme respire Dieu dans la mesure où il est tout
entier informé par la pensée, par l'amour, comme notre organisme
respire Dieu s'il s'intériorise dans la contemplation, si nous devenons tout entier personne - on ne peut jamais devenir personne sans le devenir tout entier - et si la lumière atteint jusqu'à la racine de notre être et transfigure toutes nos tendances en les dégageant de leur pesanteur pour en faire une offrande d'amour, il doit en être de même pour toutes les puissances de l'univers, et il faut nécessairement, si le monde est livré au tumulte, à la destruction, à la haine, à la ruine, au combat, au déchirement, à la mort, il faut nécessairement que la médiation de l'être intelligent, nous ou un autre, sur cette planète ou sur une autre (1), dans ce cosmos, dans cet univers où nous vivons et dont nous sommes solidaires, il faut nécessairement que cette médiation ait manqué pour que, justement, le rayonnement du Dieu intérieur (il n'y en a pas d'autre que le rayonnement du Dieu intérieur) puisse se répandre, ordonner tous les plans, rassembler tous les êtres, et devenir la vie de toute réalité.
Le mal ne peut être que le mal de Dieu d'abord. Si nous sommes offensés et blessés par l'enfant qui déchire les ailes du papillon ou qui arrache les ailes de la mouche, si nous sommes blessés par toute cruauté gratuite et maligne, c'est parce que, justement, cet Amour qui est en nous la source de tout amour, cet Amour est blessé et renié et défiguré, défiguré et caricaturé.
S'il n'y avait pas dans l'univers une vocation de dignité, si tout être ne devait être transfiguré, ennobli, intériorisé, divinisé, rendu infini par la diffusion de la présence unique, il n'y aurait pas d'autre mal, le mal est révoltant dans la mesure, justement, où il atteint une valeur fragile, une valeur suprême, une valeur désarmée qui est toujours finalement Dieu lui-même.
Si cet enfant torturé par la maladie est un scandale pour le Docteur Rieux dans "La Peste" de Camus, si Camus lui-même a porté si lourdement ce poids de la souffrance des innocents, c'est évidemment que dans l'être le plus fragile éclate le mieux le piétinement de cette grandeur divine qui est une grandeur d'amour.
Le mal absolu est un témoignage au Bien absolu et plus il est révoltant, plus il nous introduit dans les plaies de l'Eternel Amour. » (à suivre)

Note (1). Zundel parle souvent de l'éventualité d'autres mondes avec des êtres semblables à l'homme. Il semble encore aujourd'hui, je crois, que la majorité des scientifiques pensent qu'il n'y a pas d'autre mondes habités dans notre univers, même s'il est, apparemment, aux dimensions infinies. Y a-t-il d'autre univers ? Il est impossible à l'homme de le savoir.

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