Suite 4 de la 3ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Paris le 9 février 1964.

« Il n'y a donc aucun doute que le Christianisme nous assigne une tâche terrestre, parce que la terre, parce que l'univers physique, est le royaume de Dieu, parce que le ciel est ici maintenant, parce qu'il n'est pas localisable, parce que finalement, c'est le temps qui doit s'éterniser, c'est le visible qui doit s'immortaliser, c'est la chair qui doit laisser passer et retentir le Verbe de Dieu.
Si Dieu doit être une réalité pour l'homme, ce sera dans la mesure ou toute réalité portera le visage de Dieu, et, dans cet immense chantier de l'univers dans lequel nous sommes plantés, où nous avons poussé, dont nous ne cessons de dépendre comme il dépend de nous-mêmes, nous avons donc à confier à notre travail, qui est d'achever, d'accomplir, de transfigurer, de diviniser toute réalité, ce fruit que vous portez, cette fleur que vous offrez, ce coucher de soleil qui vous émeut, cette pénombre de la forêt qui vous donne le pressenti­ment d'une présence mystique. Il n'y a aucune avenue de notre existence qui ne puisse déboucher sur la présence unique dès lors que nous sommes attentifs et que nous prenons conscience de cette attente infinie du Dieu caché en nous.
Il est tout à fait remarquable que le plus grand des saints chrétiens, saint François d'Assise, ait consacré la plupart des années de sa vie à pleurer sur la Passion de Dieu, à entrer dans cette compassion infinie, à porter le deuil de Dieu dans l'univers et dans l'homme jusqu'à en perdre la vue, et que, enfin parvenu au terme de cette contemplation de la douleur divine, après avoir reçu dans ses mains et dans ses pieds et dans son côté les plaies de l'amour crucifié, il ait chanté enfin le Cantique du Soleil, que l'univers à ses yeux se soit transfiguré, qu'il l'ait perçu uniquement sous l'aspect de la beauté et que des torrents de joie aient jailli de son cœur ! et qu'il ait pu accueillir la mort en la saluant comme une reine, en faisant chanter le cantique du Soleil justement parce que la mort était vaincue, parce qu'il n'y avait plus de mort, parce qu'en lui la vie triomphait, parce que sa chair exultait à la rencontre du Dieu Vivant, parce qu'il n'avait plus à se séparer de rien, parce qu'il avait surmonté tous les exils, parce que le monde était enraciné dans son amour et transfiguré par lui, plus rien n'était en dehors du Royaume ! et sur la face de toute créature apprivoisée par sa tendresse, il retrouvait le visage de son Amour.
C'est cela qui représente le mieux la synthèse de cette vocation chrétienne, de ce réalisme chrétien qui colle au réel et qui vole vers l'homme pour aller vers Dieu, car enfin, c'est bien cela, oui, le dernier mot de l'Evangile : "Vous vous aimerez les uns les autres ... Ne me dites pas : Seigneur, Seigneur, mais dites-moi ce que vous avez fait pour l'homme affamé, pour l'homme qui meurt de soif, pour l'homme en prison, pour l'homme en guenilles, pour le malade abandonné, alors je saurai que vous m'avez aimé parce qu'enfin ! où pouvez-vous me prendre sinon dans cette symbiose, dans cette commu­nauté de vie avec l'univers où je suis?"
Il n'y a pas d'autre ciel que cette communion d'amour où vous vous ouvrez à moi qui ne cesse de vous être présent et de vous appeler au fond de vous-mêmes jusqu'à ce qu'enfin, devenus attentifs, vous donniez cette réponse qui ferme l'anneau d'or des fiançailles éternelles.
Le dernier mot de l'Evangile, c'est l'homme, parce qu'il n'y a pas d'autre sanctuaire de la divinité. » (à suivre)

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