En la fête de saint Ignace.

Suite 2 et fin de la 1ère conférence donnée par M. Zundel à Bourdigny en août 1937.

Il faut naître de nouveau, il faut aborder la connaissance avec toute l'ingénuité, tout l'esprit de transparence sans lequel on ne connaît pas.

Reprise : « L'art est Une des voies les plus émouvantes par lesquelles l'homme s'approche de Dieu, soulevant avec lui la matière, infusant à la matière cette recherche, faisant participer la matière à sa propre communion avec la Beauté. Ce qui est vrai de l'art l'est aussi de la science. »

Suite du texte : « Les savants cherchent avec une obstination merveilleuse l'explication des faits mêmes, ils sentent qu'il y a dans la nature quelque chose à comprendre, ils ont le sentiment qu'il y a dans la nature une pensée mystérieuse dont ils espèrent déchiffrer quelque chose.

Toutes les joies du savant, c'est cela : atteindre un palier de lumière où ils tiendraient l'explication des phénomènes qui les ont déconcertés, et le savant fait un travail qui ressemble à celui de l'ar­tiste, parfois plus rude, plus obstiné et plus ingrat, parce que, justement, la nature ne se laisse pas saisir aussi aisément que la matière que l'artiste travaille. Il y a là un labeur formidable qui aboutit à quoi ? Il y a tant et tant de siècles que les hommes se posent la question et pensent avoir trouvé la dernière explication de la matière, et les hommes n'auront jamais fini de chercher parce qujils ne tiendront jamais l'explication définitive. Alors, à quoi sert la science ?

Mais elle sert à mettre le savant et tous ceux qui le suivent et qui participent - d'aussi loin que cela puisse être à leurs recherches - à le mettre en communion, lui aussi, avec une Présence, avec une Vérité : la Vérité en Personne, cette Vérité qui donne lieu, depuis que l'humanité existe, à cet immense débat qui se traduit dans cette question de Ponce-Pilate : "Qu'est-ce que la Vérité ?"

Problème qui paraît insoluble. Et cependant peut-être qu'au fond, la solution n'est pas si loin, peut-être qu'en regardant, non point les mots, en regardant toute la foi du savant, ses efforts obstinés, sa consécration à cette recherche, peut-être obtiendra-t-on ce que les mots ne peuvent pas dire : cette découverte que la vérité n'est pas une formule, mais que, par le moyen de la recherche, au-delà de la recherche, c'est la communion avec une Présence, c'est la même Présence que la Beauté, avec une présence qui est Lumière, Intelligence, Vie, avec une présence qui est cette plénitude de transparence et d'amour, qui est la Personne même de Dieu.

Regardez tous les efforts de la science physique contemporaine, pour expliquer les derniers secrets de la nature physique ... ces progrès si rapides, ces bonds de géants. Quand Louis de Broglie découvrit la mécanique ondulatoire, quand il cherche à donner de cette découverte une traduction qui réponde à une réalité, il finit par avouer : c'est peut-être une représentation qui ne correspond pas à une réalité visible, les corpuscules n'ont peut-être pas d'existence ! Quels que soient ces immenses efforts, l'essentiel, c'est justement cette ouverture du génie qui s'est laissé envahir, qui a écouté, qui, à un moment donné, est entré en communion avec la Beauté. Il peut lâcher tout ce qu'il tient aujourd'hui, tout cela n'est qu'un palier à dépasser, il est réconforté parce qu'il a rencontré la réalité mystérieuse, infinie, qu'il ne cesse de poursuivre, la Vérité qui est une Présence, une Personne, qui est Dieu. La Beauté est une Personne, la Beauté est une Présence, et la Vérité est la même Présence et la même Personne.

Celui qui écoute, qui se laisse instruire, qui est obéissant, qui offre à la lumière la transparence de son esprit et de son coeur, celui-là est un artiste vrai, il n'a pas trahi cette communion avec la Beauté s'il s'est effacé devant cette Présence et la fait rayonner dans la matière.

De même le savant, c'est celui qui a le goût de la lumière, celui qui s'est effacé et qui s'efforce, à travers toutes les formules, à travers toutes les lois fragmentaires, d'entrer en contact avec la Vérité, celui qui est dans un état d'obéissance parfaite et dans un état de communion. La Vérité, c'est quelqu'un, et le grand savant, c'est celui qui est ingénu, humble comme un petit enfant

Le génie est une des formes de l'ingénuité : dans la transparence d'une intelligence parfaitement humble en est le secret. L'univers se communique à eux, s'exprimant dans une intuition et une prescience auprès desquelles tous leurs efforts, toutes leurs formules et leurs lois ne sont qu'une espèce de tremplin d'où jaillit l'étincelle qui dépasse toute recherche, toute formule, et qui est d'ailleurs inexprimable, le mystère même de la Vie divine.

Et si la Vérité est une Personne, nous comprenons mieux pourquoi la connaissance -soit celle du savant, soit celle de l'artiste - pourquoi la connaissance est une naissance, pourquoi il est impossible de connaître sans se transformer soi-même, sans devenir transparent. Sans cette transparence, il n'y a pas de connaissance possible ! on peut répéter des définitions mêmes sublimes, on ne les connaît pas. Il faut naître de nouveau, et aborder la connaissance avec toute l'ingénuité, tout l'esprit de transparence sans lequel on ne connaît pas.

Notre Seigneur, lorsque Nicodème Lui demande ce qu'il fallait faire pour entrer dans le Royaume de Dieu, Notre Seigneur lui dit : " Personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu, s'il ne renaît de nouveau." (Jean 3, 3-5) C'est l'introduction au mystère de la vie. Pour connaître la Vérité, cette Vérité qui est une Présence et une Personne, il faut naître de nouveau.

Eh bien, nous demanderons à Dieu cette grâce. Nous sommes ici précisément pour connaître, pour atteindre plus pleinement, avec la grâce de Dieu à la Vérité. La vérité est esprit et l'esprit ne peut se saisir autrement que par l'esprit de pureté. Il nous est impossible de connaître, si pendant ces jours {de retraite) nous ne renaissons pas un peu plus, si nous ne devenons pas plus transpa­rents à la Vérité à l'Amour de Dieu.

Une magnifique perspective pour faire cette rencontre plus pleinement, plus joyeusement, plus intimement, c'est de penser qu'il nous est offert de renaître, se retrouver notre enfance et notre jeunesse, de tout recommencer. Dieu est neuf, tout est nouveau puisque Dieu est toujours la candeur de la Lumière éternelle.

Mettons nos pensées dans cette direction de la Personne qui est la Vérité, et donnons-nous à Notre Seigneur, à cette Lumière vivante, par qui tout a été fait, qu'il nous refasse Lui-même, qu'il nous reforme suivant Son éternelle pensée, nous rendant plus dociles à Sa Présence, parce que c'est cela la retraite.

Toutes ces impulsions que j'essaie de vous donner ne sont qu'une introduction, une invitation à entrer dans ce poème intérieur, pour écouter cette Parole divine, à se laisser instruire par l'Esprit de Dieu.

Lui seul a la connaissance de cette Parole spirituelle : " Spiritus Domini replevit orbem terrarum " comme le dit le Chant de la Pentecôte. Chantez maintenant au plus profond dç votre coeur : « Spiritus Domini replevit orbem terrarum » (Sagesse 1,7), "L'Esprit du Seigneur a rempli tout l'univers, Lui qui contient toute chose."

Fin de la première conférence.

Note personnelle. "Le savant a rencontré la réalité mystérieuse, il a rencontré la vérité qui est une présence, une personne, qui est Dieu. La Beauté est une personne, la Beauté est une présence, et la vérité est la même présence et la même personne."

Zundel va donc jusqu'à identifier la Vérité avec une Personne, selon d'ailleurs la parole même de Jésus : je suis la voie, la vérité et la vie. La question de Pilate y trouve sa première réponse : de même qu'on ne peut jamais connaître complètement le mystère d'une personne, encore infiniment moins la vérité des trois personnes divines, on ne peut pas non plus connaître le mystère de la vérité, même en éternité. Ce sera passionnant d'en poursuivre le mystère, certainement beaucoup mieux encore que sur terre, d'en poursuivre le mystère sans jamais le posséder dans son entière vérité. Il y aura éternellement quelque chose à découvrir. Cette découverte en éternité, incessante et toujours nouvelle, fera partie de notre ineffable bonheur. Elle sera éternelle connaissance du Fils du Père qui s'identifie à la beauté et à la vérité. Jésus nous dit dans l'Evangile de Jean que "la vie éternelle, c'est de Te connaître, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ." (Jean 17,3)



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