Suite 8 et fin de la 1ère conférence donnée par M.Zundel aux religieuses de la clinique du Bois-Cerf en mai 1973.

« Il est de toute évidence que tout notre apostolat est lié essentielle­ment à cette Présence de Dieu vécue par nous. Si elle n'est pas vécue, c'est le désastre ! Si elle est vécue, c'est la fécondité. Il n'y a pas besoin de l'exprimer par des paroles, il n'y a pas besoin d'agir par des actions visibles, celui qui vit de Dieu réellement, il embrasse tout l'univers, il est présent à toutes créatures ! celui qui ne vit pas de Dieu, il peut en parler toute la journée, c'est totalement stérile parce que c'est un faux Dieu dont il parle puisqu'il n'en vit pas.

Dieu qui est ce secret d'amour dont notre coeur est l'écrin, Dieu ne peut pas se faire jour autrement qu'à travers le silence. Il s'agit donc d'entretenir en nous ce silence et d'y revenir, d'y revenir constamment par toutes les voies possibles. Il ne s'agit pas de dire : "Je vais faire du silence", si vous vous crispez dans cette attitude de "je vais faire du silence", vous allez tout simple­ment vous énerver.

Prenez les moyens qui sont à votre disposition : vous avez un disque qui vous introduit dans une profonde musique, mettez-le, écoutez-le, vous avez un livre qui vous passionne, qui vous délivre de vous-même, qui vous ouvre des horizons et provoque en vous l'émerveillement, prenez ce livre, vous avez un jardin où poussent des fleurs que vous avez semées et, tout d'un coup, vous en découvrez la splendeur : allez vous promener dans votre jardin, ou au bord du lac, ou dans cette magnifique nature qui est en train de s'épanouir dans ce merveilleux printemps tardif mais admirable.

Il y a mille manières d'induire un état d'âme pour ne pas être dans une espèce de contention, de torsion où l'on s'applique à débiter un sujet en petits morceaux. Il s'agit beaucoup plus d'aboutir à cet état de silence total où l'on écoute, où tout bruit s'apaise en nous et où, au fond de cet itinéraire nous découvrons le Visage que l'on rencontre toujours quand on cesse de se regarder, mais là est le tout du tout.

C'est donc un mystère à vivre et qui ne prend signification que dans la mesure où nous entrons dans le dépouillement qui va de soi, qui se fait tout seul justement dans la mesure où l'on rencontre Dieu. Or, rencontrer Dieu, c'est du même coup être libéré de soi et exister en forme de don, en forme d'offrande.

Le chrétien est donc "porte-Christ", le chrétien est le sanctuaire de la divinité, le chrétien est le sacrement vivant de la présence du Seigneur dans l'histoire d'aujourd'hui.

Il s'agit donc pour nous de porter cette flamme du cierge pascal, de la porter, plutôt de la devenir ! de la devenir ! Et nous la deviendrons tout simplement dans la mesure où nous prendrons conscience toujours plus profondément que la Vie de Dieu se joue dans notre vie.

Qu'est-ce qui va arriver à Dieu aujourd'hui ? Qu'est-ce qui va Lui arriver? Tous nos examens de conscience peuvent se résumer en ces mots : qu'arrive-t-il à Dieu à travers moi ? Que Lui arrive-t-il ? A-t-il été reçu ? A-t-il été reconnu ? A-t-il été aimé ?

Quand nous implorons : "Que le Règne de Dieu arrive", il ne peut

arriver qu'à travers nous, et voilà justement notre champ d'action,
c'est justement cet univers qui est remis entre nos mains pour
devenir l'ostensoir de Dieu.

Il s'agira donc pour nous aujourd'hui, dans toutes nos rencontres d'aujourd'hui, de chercher à dégager cette Présence, non pas du tout en la nommant mais en la vivant. Si nous sommes attentifs, la Présence se manifestera sans que nous ayons besoin de la signifier autrement que par notre vie.

Une femme qui aime, qui aime vraiment, qui aime son mari, qui aime ses enfants, elle porte sur son visage cet amour, on sent qu'elle a une flamme intérieure qui la fait vivre, c'est de cela qu'il s'agit.

Notre oecuménisme ne peut être que cette flamme intérieure qui se devine et qui révèle une Présence infinie.

La vie est belle dans la mesure justement où elle se transfigure, la vie est belle dans la mesure où elle se divinise, la vie est belle dans la mesure où, à travers notre visage, resplendit le Visage de fête du Christ Jésus. »

(fin de la 1ère conférence)

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