Suite 7 de la 1ère conférence donnée par M. Zundel aux religieuses de la clinique de Bois-Cerf en mai 1973.

L'Humanité du Seigneur doit ramener l'humanité entière à son origine véritable qui est la Trinité divine. ... La fragilité de Dieu et donc l'incertitude de notre salut. La plupart du temps nous vivons à la surface de nous-même. ...

Reprise : « Jésus Christ a la mission de récapituler toute la Création, de rassembler tout l'univers et de faire de toute créa­ture un enfant de Dieu. Car la grâce faite à l'Humanité de Notre Seigneur n'a pas été faite à cette Humanité pour elle-même mais pour tous. Toute grâce est une mission et plus cette grâce est grande, plus la mission l'est aussi, plus elle doit s'étendre et plus elle doit s'approfondir, et plus elle requiert de celui qui a reçu cette grâce un don plus parfait. »

Suite du texte : « Comme la grâce de l'Incarnation faite à l'Humanité de Notre Seigneur est unique et indépassable, sa mission est aussi unique et indépassa­ble, et L'identifie avec toute l'humanité, et Le constitue justement comme le gage de toute l'humanité, comme le représentant de toute l'humanité, comme celui qui doit la porter, qui doit la guérir, qui doit l'enraciner de nouveau dans le coeur de Dieu, qui doit la ramener à son origine véritable qui est la Trinité divine.

La Rédemption donc ne commence pas à la Croix, elle commence au moment où l'Humanité de Notre Seigneur surgit dans le sein de Marie car, dès cet instant, l'Humanité de Notre Seigneur existant comme le sacrement des sacrements, subsistant dans le Verbe, est orientée vers toute l'humanité et tout l'univers. Et, parce que cet univers est déchu, parce qu'il est blessé par le péché, parce que le péché, c'est une blessure fait à Dieu, le Bien étant Quelqu'un et non pas quelque chose, le mal blessant Quelqu'un et Le tuant finalement, notre Seigneur sera chargé d'exprimer dans sa vie et de compenser par sa vie tous les refus d'amour, non pas parce que Dieu ne veut pas pardonner à un autre prix, mais parce que la Création étant une histoire à deux, Dieu ne pouvant pas créer tout seul un monde nuptial, un monde où Il se donne des dieux, un monde qu'Il appelle à la liberté, ce monde ne peut pas non plus retourner à Dieu dont il s'est détourné sans un mouvement de sa part.

Et justement Notre Seigneur, dans son Humanité, va rassembler tous les hommes, et, en leur nom, et solidaire d'eux tous, comme s'il était coupable de toutes leurs fautes, Il va faire contrepoids par Son Amour immolé à tous les refus d'amour. "Il sera fait péché pour nous" comme dit Saint Paul aux Corinthiens (2 Cor 5, 21), et il exprimera dans cette Passion, il exprimera justement d'une manière incomparable la fragilité de Dieu, cette fragilité de Dieu par rapport à nous qui sommes des brutes, par rapport à nous qui sommes extérieurs à la grandeur de la Vie.

Dieu est fragile comme tout amour. Vous savez très bien que, pour un être qui en est distrait, la plus haute philosophie et la plus belle musique ne signifient rien : il ne les entend pas ! Donc, le don qui lui est proposé, il ne peut pas le saisir ni le faire fructifier puisqu'il ne le perçoit pas. (1)

Jésus nous révèle cette fragilité infinie de Dieu qui tient justement à la valeur infinie de Dieu, parce que Dieu est si précieux, Il est si fragile puisque n'importe qui peut passer à côté de Lui sans Le voir (1), puisque n'importe qui peut Le refuser et se fermer à Son Amour.

Rien ne nous est plus proche, je veux dire, rien ne peut nous émouvoir davantage que la Croix de Notre Seigneur finalement, puisque c'est la preuve visible, la manifestation la plus tangible de cet amour de Dieu qui se remet totalement entre nos mains.

Si Dieu meurt, c'est qu'en effet Il s'est confié totalement à nous, si Dieu meurt dans l'univers, c'est qu'Il a voulu que cet univers jaillisse de sa propre vie communiquée ! et, si l'univers la refuse, l'univers du même coup se décrée, se précipite dans les ténèbres, se livre à ses automatismes, perd sa liberté et sa dignité, et Dieu va le récupérer justement par ce don de lui-même qui va desceller la pierre de notre coeur et nous ouvrir enfin à sa tendresse.

Impossible devant la Croix d'hésiter sur le sens du Bien. Le Bien, c'est la vie de Dieu remise entre nos mains, le Mal, c'est la mort de Dieu confiée à notre mort. Il n'y a pas de neutralité ! Il n'y a pas de neutralité : ou bien nous sommes ouverts à Dieu, ou bien nous sommes fermés à Dieu. J'entends par neutralité quand nous sommes éveillés, car la plupart du temps, nous dormons, la nuit et le jour ! la plupart du temps nous sommes en léthargie ! nous vivons juste à la surface de nous-mêmes (1) et nous ne sommes pas reliés à nos profondeurs, mais, quand ces profondeurs s'éveillent et que nous sommes capables d'un acte vraiment libre, il n'y a pas de neutralité possible : ou bien nous accueillons Dieu, ou bien nous Le laissons tomber.

Et quel motif y a-t-il en effet de surmonter notre sommeil ? Quel motif de surmonter nos limites ? C'est cette vie de Dieu qui est remise entre nos mains, c'est à nous, finalement, qu'il appartient de décider si Dieu existera dans l'histoire humaine.

Il ne s'agit pas de déclarer que Dieu existe au sommet des choses comme un principe métaphysique (2) ! il s'agit de savoir si, dans l'his­toire humaine, Dieu sera une présence réelle, et c'est nous qui décidons pratiquement de cette Présence de Dieu dans l'histoire humaine (2). Dieu vit-il dans notre communauté ? Dieu vit-il dans notre hôpital ? Dieu vit-il dans notre école ? Dieu vit-il par nous ? » (à suivre)

Note (1). On en vient alors à douter de notre salut et du salut du plus grand nombre comme le faisait déjà Bourdaloue dans son sermon sur le petit nombre des élus.

Note (2). Il y a un moment, peut-être, où l'on a envie de « balancer » tous ces beaux développements de M. Zundel, comme ont eu envie de le faire les médecins devant lesquels le Père Zundel s'exprimait à Saint Germain en Laye en octobre 1974, car enfin de toute façon, disait l'un d'entre eux, « Dieu existe et est éternellement infiniment heureux ! » , et cela dès avant l'histoire de l'humanité, et il n'a pas changé ! alors parler de la fragilité de Dieu n'a pas de sens !

Il faut commencer à saisir que ces objections ne sont vraies que métaphysiquement, et que la foi chrétienne, lorsqu'elle regarde la Croix de Jésus-Christ sur laquelle c'est Dieu Lui-même qui meurt, (ce que fait ici justement M. Zundel, et c'est déjà un regard vers cette croix, plus précisément vers LE crucifié qui va immédiatement sauver le bon larron), la métaphysique est bousculée, en un sens elle n'a plus cours parce que nous sommes maintenant sur un tout autre plan d'être ! Et Zundel le sentait fortement lorsqu'il écoutait à la grégorienne les enseignements du Père Garigou-Lagrange.

Il faudrait prendre davantage conscience de cet ébranlement de toute philosophie devant la Croix du Seigneur, et en faire acte dans tous les catéchismes comme dans l'enseignement donné au grand séminaire. Cela, cette fragilité de Dieu, pourrait même devenir le fondement et le ferment de la vie mystique d'une nouvelle communauté à être fondée maintenant.

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