Suite 2 de la 13ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

Reprise : « Cela me paraît être la vraie manière de situer la vie monastique dans le mystère de l'Eglise : synthèse du sacerdoce universel et du sacerdoce ministériel, sous une obédience apostolique, où l'obéis­sance consiste à recevoir la mission du Christ à accomplir dans le champ de la Sainte Eglise. »

Suite du texte : « Evidemment : une vie monastique vécue dans cette lumière suppose une vie de foi continuellement en éveil. Si vous voulez, elle suppose un regard tout à fait intérieur, qui rejoint à chaque instant la présence du Seigneur, qui suppose donc un silence continuel, ce silence de soi-même où l'on fait taire tous les bruits en soi, pour devenir, ou pour entendre "la musique silencieuse", la "musica callada", qui est le Dieu vivant, et c'est évidemment cela que l'on cherche dans les monastères : au premier chef, le silence, le silence ! il faut que l'on respire le silence de la cave au grenier ! il faut qu'on entende le silence comme une présence, comme une vie.

Je me rappelle, quand j'étais aumônier des bénédictines de la rue Monsieur à Paris, cet afflux, cet afflux d'écrivains, d'artistes venus de tous les horizons dans cette chapelle sans beauté où une centaine de religieuses exhalaient justement ce mystère du silence. Ce qu'ils venaient chercher, c'était justement cela : le silence, le silence non pas comme une consigne, mais le silence comme une vie, le silence comme une présence, le silence comme l'espace où la liberté se respire.

Un monastère où il n'y a plus de silence est perdu, est perdu ! Il n'a plus rien à donner ! Car, seul, le silence de vie, le silence de tout l'être peut conduire à cette libération de nous-même où le "moi" possessif se transforme en "moi" oblatif, où l'on atteint jusqu'à cet enracinement de la vie dans le Coeur de Dieu. Ce silence est capital. Il est d'autant plus nécessaire que la contestation est plus vive, que les bavardages sont plus répandus, que la "sessionite" s'empare de tout le monde, il est d'autant plus nécessaire de retourner à ce silence.

Rien n'est plus dangereux en effet pour un chrétien que de se prévaloir de la perfection de l'Evangile : tout est si bien dit, tout est si bien exprimé dans les livres, il y a tout un échafaudage de perfection que l'on peut développer conceptuellement, et qui se trouve imprimé dans d'innombrables ouvrages. Il est facile de s'emparer de ces mots pour croire qu'on les a vécus, et de les redire comme si on les vivait, mais c'est parfaitement stérile ! Il n'y a que la vie qui engendre la vie ! Si les mots ne sont pas des présences, s'ils ne sont pas des personnes, s'ils ne sont pas des sacrements, ils sont inertes et ne font que propager l'illusion.

Il est donc indispensable d'entourer la vie monastique d'un silence rigoureux. Il faut que tous ceux qui s'approchent du monastère emportent avec eux cet appel au silence qui est le plus haut appel à leur libération. Car enfin, que voulons-nous ? Si vraiment Dieu est Trinité, s'il est désappropriation, s'il est liberté, s'il est la transparence de l'éternel Amour, s'il se communique à nous pour que notre vie acquière une dimension infinie, si chacun de nous est appelé à être le centre du monde en apportant au monde un ferment de libération, il faut que nous fassions le vide en nous en atteignant jusqu'à la racine de nous-même.

Il ne s'agit pas de nous ouvrir au monde, mais d'ouvrir le monde à Dieu, d'ouvrir le monde à Dieu ! en étant nous-même un sacrement vivant de cette présence. Ce silence, bien sûr, est difficile, justement parce que les niveaux de notre être sont innombrables ! Jusqu'à ce qu'on aille jusqu'au fond du fond, jusqu'à ce qu'on atteigne la racine où l'être plonge dans le Coeur de Dieu; il faut un dépouillement, un dépouillement, un dépouil­lement illimité ! D'autant plus que nous avons à ordonner cet inconscient qui s'alimente justement, et qui s'exprime en nous par notre "moi" possessif. » (à suivre)

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