En la fête de saint Jean.

Suite 3 et fin de la 12ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

Reprise : « Ce que le prêtre a à donner, ce que la hiérarchie a à communiquer, ... c'est Jésus en personne. »

Suite du texte : « Toute âme chrétienne a donc le privilège et la grâce d'être confrontée avec le Seigneur en personne, avec le Seigneur qui va vivifier la parole entendue et proclamée, qui va féconder les signes sacramentels dans la personne qui les reçoit, en faisant surgir justement, par une désappropriation de plus en plus profonde, en faisant surgir au fond de l'homme une vie divine.

Alors les mots deviennent Quelqu'un, le dogme est une eucharistie de vérité, la parole néo-testamentaire est une eucharistie de vérité : c'est "Quelqu'un", c'est la Parole Unique, qui est le Verbe de Dieu, et c'est en ramenant toutes ces paroles à la Parole unique qu'il est que Jésus va consumer les limites du langage pour nous jeter dans le brasier de l'éternelle Trinité !

La hiérarchie est une hiérarchie de démission, elle ne crée pas dans l'Eglise deux classes, comme s'il y avait les clercs d'un côté et les laïcs de l'autre ! justement, le hiérarque, le prêtre, disparaît totalement dans le Moi du Christ qui est le foyer de toutes nos libertés. Et le fidèle - et nous sommes tous, pour notre vie personnelle, un fidèle - le fidèle n'a jamais à faire qu'à la présence personnelle du Seigneur. Et chacun d'ailleurs, - chacun - en ayant ainsi cette relation personnelle avec Jésus, devient l'Eglise.

La sociologie sacramentelle réalise éminemment cette sociologie interpersonnelle que j'évoquais hier soir. L'Eglise est tout entière en chacun, chacun reçoit le Christ en personne qui est la Vie de toute l'Eglise, chacun porte l'Eglise tout entière, chacun en est respon­sable, chacun est prêtre en tant qu'il est membre de ce corps mystique qui est le Corps du Seigneur.

Cela n'empêche pas que le sacerdoce ministériel ait sa raison d'être, indispensable, précisément pour donner le Christ en personne. C'est là, bien sûr, une vision de foi : l'Eglise est un mystère de foi dans la lumière de la flamme d'amour (1), et on la découvre dans sa sainteté, dans sa pureté immaculée, sans tache ni ride, comme Jésus le veut, quand on l'embrasse et qu'on la vit comme un pur sacrement.

Sainte Catherine de Sienne, qui vivait à l'une des périodes les plus sombres de l'histoire de l'Eglise, Sainte Catherine de Sienne, qui a vomi les débauches de la cour d'Avignon, qui l'a stigmatisée comme "la Grande Babylone", Sainte Catherine de Sienne, qui a forcé en quelque sorte Grégoire XI à retourner à Rome, Sainte Catherine de Sienne qui a défendu de toutes ses forces le successeur italien de Grégoire XI, Urbain VI qui disait son bréviaire en mettant à la torture les cardinaux ! Cela n'empêchait pas Sainte Catherine de Sienne d'interpeller le Pape comme "Il dolce mio Cristo in terra", mon doux Christ en terre ! Personne n'a mieux vu, n'a mieux exprimé dans son "Dialogue" la situation catastrophique de l'Eglise, mais personne ne l'a aimée d'une tendresse, d'un amour plus passionné, préci­sément parce que, dans le regard de la foi, elle ne voyait que le Visage de Jésus.

Il ne s'agit donc pas d'abandonner l'Eglise à une démocratie où chacun décidera de ce qu'il veut bien croire et de ce qu'il est prêt à faire ! il ne s'agit donc pas non plus de la livrer à une espèce de foisonnements charismatiques. Il suffit de relire la 1ère aux Corinthiens pour savoir à quelle anarchie les charismes peuvent aboutir: ces gens qui parlent en langues, ces prophètes qui se lèvent et qui s'assoient ... Saint Paul qui tient à l'autorité apostolique a le dernier mot : c'est l'autorité apostolique qui a le dernier mot, c'est cette hiérarchie justement qui est en état de suprême démission. Il ne s'agit pas que la hiérarchie manque à son témoignage, mais que, justement, elle manifeste de plus en plus qu'elle est en état de démission, pour que toute l'Eglise apprenne qu'elle est en état de démission, que le sceau du christianisme, c'est la désappropriation, qui est le mystère de la Vie intradivine.

Nous pouvons donc aimer l'Eglise et donner toute notre foi à sa parole, et donner toute notre foi à la hiérarchie, parce que, ce n'est pas à elle que nous la donnons, parce que c'est Jésus qui reste le Maître unique. Et, puisque nous sommes d'Eglise, que nous avons nous-même la mission de donner Jésus en personne, nous ne pouvons que nous enfoncer dans une démis­sion d'autant plus rigoureuse que, par notre ordination, nous nous sommes démis radicalement de nous-mêmes.

C'est dans la joie de cette divine Pauvreté que nous supplierons la Très Sainte Vierge de nous introduire, en écoutant avec Saul qui devient Paul, cette Parole qui nous délivre de l'homme à jamais, et qui nous enra­cine dans le Christ pour toujours : "Je suis Jésus, que tu persécutes".

Note (1) Dans l'Eglise la foi nous pousse à nous laisser éclairer, illuminer, par la flamme d'Amour du Dieu Trinité, ce qui ne peut se faire que dans la mesure où l'on répond à l'Amour divin en aimant à notre tour comme en Dieu Trinité "on" aime. Par la désappropriation et démission de nous-même.

Car la relation de l'homme au Christ dans l'Eglise est exactement la même que celle, éternelle, du Fils au Père et du Père au Fils dans le mystère de la Trinité divine. C'est une relation de pauvreté, une relation de désappropriation. Et cette relation de l'homme au Christ dans l'Eglise est toujours en même temps relation au Christ ET relation dans l'humanité entière à chacun de ses membres.

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