Suite 3 de la 10ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

« Dans cette trinité de la famille humaine l'homme est le Père, la femme est le Fils, et l'enfant est l'Esprit-Saint. »

« Il n'y a donc pas de doute que, avec la procréation, une trinité se reconstitue (1) en impliquant trois personnes ! en plus du spermatozoïde et de l'ovule, ces gamètes (l'ovule et le spermatozoïde) contiennent virtuellement une troisième personne qui est l'enfant. Si cette troisième personne réapparaît, si on en est conscient, si on pense que le spermatozoïde, c'est le commencement d'une vie humaine, que nous avons été cela nous-même, que c'est là notre première origine, on ne peut qu'être saisi de respect, car en dehors de la pensée et du désir d'une personne humaine comment pourrait-on disposer autrement de cet élément qui est le premier germe d'une vie humaine qui est une vie éternelle ?

Il faut reconstituer la trinité (1), il faut voir cet enfant en ses éléments primitifs, il faut les respecter comme une personne. Et quand l'homme et la femme ont cette ligne de visée, quand ils regardent ce troisième terme, l'enfant, ils entrent précisément dans le royaume de la personne et ils seront amenés à se consacrer l'un à l'autre, à se personnaliser l'un par l'autre, à se libérer l'un par l'autre, à se virginaliser l'un par l'autre. Car, comment pourront-ils s'aimer d'un amour clairvoyant, d'un amour chaque jour plus libre, chaque jour plus profond, chaque jour plus émerveillé, d'un amour qui découvrira chaque jour un nouveau motif d'aimer, comment pourront-ils réaliser cet amour s'ils ne croissent pas, s'ils ne grandissent pas l'un par l'autre, si leur capacité d'infini ne s'actualise pas chaque jour plus profondément ?

Dès qu'ils seront en face de la personne de l'enfant, les parents seront amenés à se découvrir mutu­ellement comme des personnes qui ont à se créer mutuellement (2), en s'aidant réciproquement à triompher de tous leurs déterminismes, dont les déterminismes sexuels constituent un des aspects.

Kierkegaard a dit ce mot magni­fique : "La proximité absolue est dans la distance infinie". Et, c'est vrai ! c'est vrai ! Il faut une distance de respect infinie pour découvrir l'autre. Alors on peut avoir un contact avec son intimité, par conséquent contribuer à la créer, à la virginaliser, à en faire chaque jour davantage un bien infini.

L'infini ou rien ! Impossible d'aimer en se limitant ! Et c'est justement la ruse de l'espèce, de mimer l'infini au plan psychique, de faire croire qu'on va atteindre l'infini ! en réalité on se replie sur l'indéfini qui n'a pas de visage et on perd l'infini, qui a seul un visage !

Il s'agit donc de faire face à la sexualité en retrouvant la Trinité (1). Je nommais tout à l'heure l'enfant. Dans cette Trinité la femme est le fils, et l'homme est le père, la femme est son amour (comme le Fils en la Trinité est l'amour du Père) : c'est sa grandeur et c'est aussi sa limite ! c'est sa grandeur et c'est le danger qu'elle peut offrir pour elle-même et pour les autres : elle est son Amour (l'amour du père).

La femme, si elle est aimée, peut tout - me disait une doctoresse - "elle peut tout si elle est aimée !". Je me rappelle ce mot d'une jeune femme dont le fiancé avait combattu comme officier pendant toute la guerre, étant exposé d'ail­leurs aux plus grands dangers. Je la rencontre après cinq ans ou six ans d'absence, et le premier mot qu'elle me dit : "Il est vivant !" avant même de me dire bonjour : "Il est vivant !"

Donc le monde a un sens (qui va de l'homme vers la femme, et de l'un et l'autre vers l'enfant), la femme naît dans le sein de l'homme, dans son cœur, et l'homme s'accomplit quand il veut justement être homme et affirmer toute sa virilité, il s'accomplit en faisant naître sa femme à son être personnel, en refusant d'en faire une poupée, et en refusant encore davantage d'être un poupon entre ses bras !

Il y a une grandeur immense dans cette Trinité humaine, où l'enfant est le Saint-Esprit, et il se trouve que, dans la théologie occidentale tout au moins, comme le Saint-Esprit, l'enfant est "ex utroque" (de l'un et de l'autre), la femme est médiatrice entre l'homme et l'enfant qui est le fruit de ses entrailles, et l'homme est le père, dans une égalité de dignité parfaite, bien entendu, mais avec des nuances qui sont les nuances mêmes de la Trinité divine. C'est cette Trinité qu'il s'agit de reconstituer pour arriver à l'équilibre de l'amour, et ceci est infiniment important.

La chasteté est au coeur de l'amour. La virginité est une exigence de l'amour.

Bien sûr que les parents de Thérèse de l'Enfant Jésus, qui avaient décidé de renoncer à une union charnelle, se sont laissés persuader - à bon droit d'ailleurs - qu'ils ne rompraient pas leur chasteté en procréant pour Dieu, ce qu'ils ont fait magnifiquement. Sans doute cette procréation pour Dieu ne rompt pas la chasteté, tout au contraire ! mais elle ne peut précisément s'accomplir, cette procréation pour Dieu, que par une longue préparation, par une victoire sur les déterminismes de l'espèce. » (à suivre)

Note (1) : la « trinitarité » divine, si l'on peut ainsi parler, est tellement importante, tellement « fondatrice » éternelle de qui est Dieu, que Zundel ose parler d'une reconstitution de la Trinité chaque fois que dans l'être et l'existence « surgit » et « jaillit » une famille humaine.

Note (2) : Je ne sais si ailleurs on a jamais parlé de façon aussi juste et profonde des effets de la chasteté dans le mariage : les époux ont à se créer mutuellement dans le mariage maintenant non plus seulement comme époux, mais encore comme père et mère. ...

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