Personnel. Balbutiements hésitants. Il ne s'agit pas ici de juger, ou simplement de critiquer, ce qui se pratique dans l'Eglise depuis des siècles. On voudrait simplement essayer de comprendre, sans aucune valeur normative de ce que l'on dit, maladroitement, ici.

Le texte « sité » hier, est trop long ! mais on n'a pas voulu couper ces remarquables pages. Ce texte peut paraître très important. Ce sera un point capital dans la formation des membres des futures communautés zundéliennes ...

Zundel nous dit : « Cette conception, qui voit la rédemption comme une rançon payé à quelqu'un, extériorise à la fois Dieu et l'homme, le rachat et la faute. »

Ca peut être un véritable drame quand on pense aux conséquences de ces développements extériorisants, apparus même dans les catéchismes, et le même drame peut être vécu à propos du sacrifice de Jésus, (l'objet de la rançon, la rançon elle-même !), et aussi, ce qui est encore plus grave, de l'Eucharistie qui en est le mémorial en même temps que le sacrement.

On ose à peine dire, ni même seulement penser, qu'il peut se faire que certaines expressions de nos prières eucharistiques actuelles, reprises de très anciennes prières, contemporaines donc du développement du dogme dans l'Eglise primitive, et donc d'un dogme non encore développé comme il le sera dans les siècles qui suivront jusqu'à nos jours, on ose à peine dire et penser que certaines expressions des prières eucharistiques en usage aujourd'hui dans l'Eglise depuis bientôt 50 ans, peuvent sembler, elles aussi, difficilement recevables, de même que certaines coutumes prises dans l'Eglise catholique depuis des siècles, je pense ici aux honoraires de Messe (nécessaires pourtant parfois pour la survie du prêtre qui célèbre !) (1) : ils peuvent sembler avoir pour fondement la même extériorisation du sacrifice de Jésus offert comme une réalité extérieure au prêtre et aux fidèles qui célèbrent.

« Nous te présentons, Dieu de gloire et de majesté, cette offrande prélevée sur les biens que tu nous donnes, le sacrifice pur et saint, le sacrifice parfait ... », « que cette offrande soit portée par ton ange en présence de ta gloire ... » (extrait de la 1ère prière eucharistique, la presque seule proposée pendant des siècles au prêtre célébrant qui se devait de la dire intégralement).

C'est la valorisation infinie du sacrifice de Jésus-Christ qui est mise en lumière, on offre à Dieu ce sacrifice, avec parfois peut-être cette pensée que, maintenant qu'on a offert à Dieu ce qui était le meilleur, nous sommes quitte, éventuellement pour mener notre vie à notre guise : pourquoi nous demanderait-il autre chose puisqu'on lui a remis l'offrande réparatrice capable de racheter tous les péchés de tous les hommes ?

On a oublié, ou mal compris, (elle pose alors des problèmes à certains !) la parole de Paul nous disant que le sacrifice du Christ ne suffit pas, qu'il lui manque quelque chose : il lui manque quelque chose et nous avons à l'achever. (épître aux Colossiens 1 ,24) : « Ce qui manque aux épreuves du Christ, je le complète dans ma chair au profit de son corps qui est l'Eglise. »

On a été jusqu'à se demander s'il fallait maintenir ce verset dans l'épître aux Colossiens ! tellement la perfection des épreuves du Christ, tellement la perfection de Son sacrifice, déjà offert parfaitement tout au long de sa vie avant ce qu'il appelle son baptême dont il dit qu'il le voit avec très grande angoisse, tellement la perfection de ce sacrifice du Christ peut légitimement apparaître comme ne pouvant pas supporter qu'on lui apporte un quelconque achèvement !

Il ne s'agit pas de nier la perfection de ce sacrifice mais de commencer peut-être seulement maintenant à comprendre que le sacrifice du Christ n'apporte aucun supplément de gloire à Dieu au cœur de la Trinité, mais qu'Il manifeste, qu'il révèle, un insondable mystère au coeur de la Trinité : « Y aurait-il même éternellement au cœur de la Trinité une épreuve infinie dont les personnes divines seraient parfaitement victorieuses en même temps que leur advient cette épreuve infiniment mystérieuse ?

En tous cas il faut dire que ce sacrifice du Seigneur, son offrande parfaite, n'a aucune valeur ni même de sens sans la réponse de l'homme. Oui, en un sens très vrai, c'est l'homme qui valorise le sacrifice du Christ dès qu'il l'assimile et le fait sien dans un don le plus total possible de lui-même : la célébration de l'Eucharistie, toute célébration de l'Eucharistie, avec la communion eucharistique bien entendu, la manducation du corps même du Christ en état d'offrande parfaite, a d'abord pour fin et but cette assimilation de l'offrande parfaite du Seigneur pour que nous devenions à notre tour le plus parfaitement offerts, pour que nous nous identifiions même à ce sacrifice du Seigneur, sacrifice de passion, de mort et de résurrection. Et cela en Eglise, et il est ici significatif que le verset1, 24 de l'épître aux Colossiens s'achève par la mention de l'Eglise : « Ce qui manque aux souffrances du Christ, je l'achève en ma chair au profit se Son Corps qui est l'Eglise. »

Zundel a exprimé cette réalité en disant que si, par impossible, il n'y avait plus sur terre une seule âme en état d'offrande, « toute consécration serait invalide », justement, peut-on ajouter, parce qu'alors il n'y aurait plus cet achèvement nécessaire, - celui dont parle saint Paul et qu'il « pratique » -, à l'offrande du Christ pour lui donner sa valeur et « au profit de Son corps qui est l'Eglise. »

Nous sommes tous enclins à cette extériorisation de l'homme et de Dieu, de la faute et du rachat (c'est-à-dire de la rédemption), et faut-il ajouter, Zundel le dit amplement ailleurs, à cette extériorisation de l'Eucharistie (qui n'est sujet à aucune présence locale, les « espèces » seules ayant une présence locale, contrairement à ce que pensent encore peut-être même beaucoup de prêtres).

On ne se rend peut-être pas assez compte de ce que cette extériorisation de Dieu, de l'homme , de la faute et de la rédemption, et de l'Eucharistie, et, finalement, de tous les mystères de Jésus-Christ peut en entraver l'intelligence profonde, liée toujours, Zundel a insisté énormément là-dessus, liée toujours à notre engagement, sans lequel on ne peut plus rien comprendre ! On ne peut rien comprendre de façon juste sans ce don de soi à l'imitation de la parfaite offrande, du parfait don de Jésus-Christ, le don du Père, rendu possible avec la venue de l'Esprit donné par le Père et le Fils, ce don que, à cause de notre fragilité, nous avons besoin de refaire quotidiennement et auquel nous porte la célébration de l'Eucharistique.

Bien sûr, dira-t-on : « Mais l'incarnation rédemptrice est tout de même l'histoire dune véritable extériorisation de Dieu pendant les 33 années de l'advènement du Christ parmi nous ! » C'est ne pas prêter suffisamment attention à ce que cette histoire s'achève par la Pentecôte qui lui donne son sens et qu'il faut attendre pour commencer à comprendre ce sens. Les Apôtres eux-mêmes n'ont apparemment rien compris avant la Pentecôte ! Et la Pentecôte, c'est justement l'intériorisation de Jésus par son Esprit dans le coeur des hommes.

Jésus n'est descendu ciel que pour en remonter une fois sa mission accomplie, et permettre l'établissement du Dieu Trinité dans le coeur de l'homme où Il peut, maintenant que l'Esprit a été donné pour la rémission des péchés, s'établir à son aise dans cette intériorité de l'homme, et, on l'a dit maintes fois, y accomplir ce qui fait qu'Il est Ce Dieu Trinité, c'est-à-dire l'engendrement du Fils par le Père et le jaillissement de l'Esprit de l'Un et de l'Autre, l'homme étant associé maintenant à cette éternelle opération divine qui fait que Dieu est Ce Dieu Trinité : un Dieu pur dedans ne peut s'établir ailleurs que dans notre intériorité.

On n'a pas parlé ici des honoraires de Messe, et de la multiplication des messes, qui peuvent sembler avoir été inventés parce qu'on avait encore une conception extériorisante de l'Eucharistie. La Messe quotidienne peut garder tout son sens si on l'offre, en êtres fragiles que nous sommes, pour renouveler chaque jour, en mangeant le pain de la parfaite offrande, le don de soi dans la mission que nous confie l'Eglise.

Note (1). Il y a des chrétiens, plus nombreux qu'on ne le pense, qui ne comprennent pas les honoraires de Messe, et même qui peuvent en être scandalisés, on ne monnaye pas le sacrifice du Seigneur ! Bien sûr on peut s'expliquer légitimement mais il n'en reste pas moins que les honoraires de Messe peuvent « gêner » au moins quelques-uns, gêne dont ils ne parleront peut-être jamais.

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