Suite 5 et fin de la 3ème conférence au Cénacle de Paris en janvier 1973.

Le dépouillement de soi est nécessaire pour l'intelligence du mystère de Jésus.

Reprise : Et c'est là finalement que nous trouvons le mystère de Jésus dans son insertion la plus profonde au coeur de notre expérience spirituelle. Cette humanité de Jésus, c'est l'humanité qui n'a plus de limites, qui n'a plus de frontières, qui n'a plus de défense, qui est incapable de dire non, qui est totalement ouverte sur la divinité, qui est totalement offerte à la divinité, qui est emportée par la vague infinie qui est le Verbe de Dieu et son éter­nelle personnalité.

Suite du texte : « C'est ce que dit d'ailleurs le cardinal de Bérulle, et son texte peut-être redeviendra un peu plus clair : "Et nous devons regarder Jésus comme notre accomplissement, car Il l'est et le veut être, comme le Verbe est l'accomplissement de la nature humaine qui subsiste en Lui, car comme cette nature humaine considérée en son origine est dans la main du Saint Esprit qui la tire du néant, qui la prive de sa subsistance, qui la donne au Verbe afin que le Verbe l'investisse et la rende sienne, se rendant à elle et l'accom­plissant de sa propre et unique subsistance, ainsi nous sommes en la main du Saint Esprit qui nous tire du péché, nous lie à Jésus comme esprits de Jésus, émanés de Lui, acquis par Lui et envoyés par Lui."

C'est donc sous cette attraction libératrice que les premiers disciples ont expérimenté le mystère de l'Incarnation et qu'ils ont compris que ce Jésus avec lequel ils avaient mangé et bu, comme ils disent, était infiniment plus que le charpentier de Nazareth et qu'il y avait en Lui en effet une manifestation personnelle et indépassable de la Présence divine et que, si cela est le cas, si cela lui a été donné, ce n'est pas évidemment pour Lui, c'est qu'il avait à assumer une tâche universelle,

S'il a été vidé radicalement de son Moi possessif, c'est qu'il avait à assumer toute l'humanité et tout l'Univers, c'est ce vide qui réalise, ou plu­tôt qui exprime son universalité. Il est universel - c'est le sens de l'oecumenisme -, Il est universel dans sa Personne même, Il est universel parce qu'il est tellement désapproprié de soi qu'il peut être intérieur à chacun de nous, qu'il peut être en chacun de nous le ferment d'un libération définitive.

C'est donc sous cet aspect que nous avons à aborder le mystère de Jésus dont toute la carrière, à mesure d'ailleurs qu'elle va davantage vers la catastrophe, dont toute la carrière manifeste précisément Dieu comme le dépouillement infini. Nous avons à prendre, finalement, à travers Jésus, cette équation formidable : au regard de Dieu, l'homme égale Dieu. L'homme égale Dieu ! c'est ce qui est inscrit dans la Passion de Notre Seigneur. Si Dieu donne sa vie pour l'homme, enfin pour toute créature à travers l'homme, c'est que, devant Dieu, pour Dieu, l'homme égale Dieu.

Qu'est-ce qui peut nous émouvoir davantage ? Qu'est-ce qui peut nous donner un sentiment plus heureux de liberté totale à l'égard de Dieu, de confiance absolue envers Lui qui nous fait un crédit illimité ? Puisqu'il nous a mis au même rang que Lui, il n'est pas question pour Lui de nous soumettre à des décrets qui feraient de notre existence quelque chose de tout préfabriqué, c'est le contraire ! Il veut nous faire entrer dans cette immense aventure où Sa Vie est engagée dans la nôtre.

C'est ce que nous apprend le mystère de l'Incarnation : la Vie Divine est engagée totalement dans l'histoire humaine, elle est engagée par cette communication de la personnalité même du Verbe faite à la nature humaine de Jésus, non pas pour elle seule mais pour nous tous. Et finalement l'Incarnation concerne tout l'Univers, afin que toute créature soit attirée et sollicitée vers ce Coeur de Dieu qui est l'origine et la fin de tout.

L'humanité de Jésus n'est pas élue pour elle. Si elle est suscitée par l'Esprit Saint dans le sein de Marie, c'est parce que la Création fait un nouveau départ, c'est parce que Jésus est le Nouvel Adam, c'est parce que Dieu ne peut renoncer à son plan d'amour, c'est parce qu'il veut toujours, et Il le voudra éternellement, donner à chacun de nous son Coeur pour que notre vie se réalise comme la Sienne dans une pure relation d'amour.

Tout cela, ce sont naturellement des balbutiements très informes qui n'ont qu'un seul but, c'est simplement d'écarter les images qui feraient de Jésus un mythe ! Rien n'est moins mythique précisément que cette vision spirituelle de l'Incarnation qui situe tout à l'intérieur et qui rayonne à travers une liberté qui est d'abord en Dieu l'expression, ou plutôt la réalité, de sa Vie intime puisque toute la Vie divine circule dans la Trinité, qui est ensuite dans la Création toute entière cette volonté de se manifester et de susciter des êtres capables de répondre à cet Amour et qui est enfin, en Jésus, la plénitude de cette Présence incarnée, précisément incarnée sous forme de totale désappropriation.

Donc finalement, l'humanité de Notre Seigneur nous fait signe, elle nous appelle, elle nous rassemble, elle nous libère parce qu'elle est i'humanité la plus pauvre qui fût jamais et qui pourra jamais être parce qu'il n'y a rien qui se rapporte à elle, parce qu'elle peut être vraiment pour jamais le sacrement des sacrements qui nous aspire vers ce Dieu déjà présent en nous mais que nous ne pouvions pas atteindre parce que l'opacité de notre moi possessif nous empêchait de L'appréhender.

Jésus est le chemin - je parle de son humanité -, Il est le chemin qui va nous jeter dans ce buisson ardent qui brûle au fond de nos coeurs et que nous allons retrouver maintenant plus silencieusement dans le mystère de l'Eucharistie. » (fin de cette 3ème conférence)

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