Suite 2 de la 5ème conférence donnée à Bourdigny en août 1937.

L'impureté tient en échec l'ascension de l'esprit. ... C'est une décomposition de la personne humaine. ...

Reprise : « Ne croyez-vous pas que l'homme a besoin de beauté plus encore que de nourriture ? Qu'est-ce que l'art sinon cette assomption de la matière au plan de l'esprit ? »
Suite du texte : « Si l'humanité s'est constamment orientée dans cette direction, c'est qu'elle a compris que la noblesse suprême de la matière était de devenir le reposoir de l'esprit. L'humanité a cru et croira toujours à la valeur de l'esprit.
Si la vie est cela, si elle tend vers l'esprit, si elle ne peut aboutir qu'à la manifestation de l'esprit, si tout ce qui se rapporte à la vie porte le sceau de l'esprit, et si donc l'élan vital est tout rem­pli de cette impulsion de l'inspiration de l'esprit, le secret de cet élan, de cet instinct, est un secret spirituel, intérieur que l'on ne peut pas saisir avec les mains, et c'est cela précisément le caractère de l'impureté, c'est de tenir en échec cette ascension de l'esprit, de "chosifier" l'élan vital au lieu de le personnifier, c'est une possession opaque de ce qui tendait vers le don.
Vous comprenez bien que la création est absurde si l'esprit n'existe pas, si elle ne retourne à l'esprit, si elle ne parvenait à la pensée, si elle ne trouve son issue dans l'amour. La création est un échec pour Dieu si elle ne devient pas esprit et pensée, don et transparence, lumière comme Dieu.
L'impureté refoule l'esprit, elle repousse le visage de Dieu, s'oppose à la Personne, cette Personne unique, la seule Personnalité, celle de Dieu. C'est une décomposition de la personne humaine puisque le corps y devient étranger à l'âme, le corps y devient étranger à lui-même. Le corps humain, cette chose que les artistes ont saisi du dedans, à travers lequel ils ont fait palpiter le mystère de lumière, ce corps humain, il faut le créer, il nous est confié pour devenir ce chef d'oeuvre de lumière.
Si nous avons assumé la matière, tout l'univers, afin d'en faire joie, lumière et don, à plus forte raison, au premier chef, nous sommes chargés de ce chef d'oeuvre qu'est notre corps pour l'intérioriser, pour lui communiquer la noblesse et l'éternité de l'esprit.
Nous ne connaissons pas le corps, nous ne le connaîtrons jamais avant, justement, de l'avoir tellement intériorisé que l'être tout entier soit devenu une seule clarté, une pensée, une tendresse, une harmonie et où le corps ne nous apparaîtra pas du dehors mais du dedans, comme l'ostensoir de la Présence divine. Vous connaissez ce mot de Saint Paul qui est si tragique, qui porte si loin : "Prendrai-je les membres du Christ pour en faire les membres d'une prostituée ?" (1 Cor., 6,15)
Les membres du Christ, c'est cela au fond, c'est dans ce christocentrisme que se situe la doctrine chrétienne de la charité, toujours par rapport uniquement à la Personne de Jésus, et notre corps a été appelé à cette noblesse infinie d'être le Corps de Jésus-Christ, tellement que si nous trahissons en nous la Présence du Christ, nous faisons de nos membres, les membres d'une pros­tituée, nous soustrayons notre corps au règne de l'esprit, nous refoulons de notre corps le Visage du Christ, et c'est précisément parce que l'Eglise croit de toute son âme à la dignité humaine, à cette collaboration créatrice que nous avons à accomplir avec Dieu, que l'Eglise nous demande la chasteté et nous propose le privilège inouï de la chasteté qui tend a faire de notre corps lui-même, le sacrement d'une création spirituelle.
Vous vous rappeliez cet article de Saint Thomas qui demande si nous devons aimer notre corps d'un amour de charité, et, pour Saint Thomas, aimer "de charité", c'est aimer d'un amour qui a pour motif la vie divine de Dieu. C'est le propre d'une vertu théologale que d'avoir pour principe et motif la Vie divine. Demander si l'homme doit aimer son corps, c'est demander si le corps de l'homme doit entrer dans l'ordre des relations trinitaires par la grâce divine, s'il doit entrer dans les abîmes de Dieu, s'il participe au mystère de la vie de Dieu, et Saint Thomas dit oui sans hésitation, et d'un amour de charité qui a Dieu pour objet, il dit que l'homme doit aimer son corps, préci­sément, parce que ses membres sont les membres du Christ, appelés à devenir la source de la Vie divine.
Vous voyez qu'aucune doctrine n'est plus éloignée que celle-là d'une doctrine de refoulement. Il ne s'agit pas de mépriser l'élan vital, d'en rougir ! il ne s'agit pas de se voiler la face devant les institutions divines, d'avoir honte des organes créateurs ! il s'agit d'aimer le corps comme Dieu l'aime, de l'aimer jusqu'à cette extrémité, jusqu'au coeur de la Trinité, comme une chose divine, parce qu'il est entré dans un ordre de grandeur auquel seule la foi peut atteindre, d'un regard sacramentel. C'est la foi qui nous conduit à regarder nos corps avec un amour sacramentel, comme un mystère de Dieu, tel que nous voyons le Corps de Jésus au Saint-Sacrement.
Notre corps nous échappe, nous ne pouvons en prendre conscience que dans l'abîme du coeur de Dieu, que si nous l'avons abordé en la pensée créatrice, si nous l'avons saisi en nous comme une conden­sation de l'élan vital de l'univers : afin qu'il aboutisse en nous au règne de l'esprit, que, par lui, nous nous donnions à Dieu avec l'univers. Vous voyez que cette doctrine situe la pureté dans le regard de l'esprit. » (à suivre)

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