2ème partie de l'homélie donnée à Lausanne en 1950.

Le Christ a évangélisé nos corps autant que notre esprit.

Reprise : « C'est justement parce que le Christianisme se fait une idée si parfaite, si harmonieuse de l'unité humaine, c'est parce qu'en Jésus la chair a été tellement glorifiée, c'est parce que notre corps que nous avons à créer veut être revêtu d'une telle noblesse que l'Assomption est une affirmation qui entre dans cette profes­sion admirable du dogme chrétien où la vie est si merveilleusement glorifiée et chantée. »
Suite du texte : « Et c'est pourquoi il est impossible de penser et de méditer ce dogme de l'Assomption, comme celui de la Résurrection du Seigneur, sans comprendre un peu mieux la noblesse et la grandeur de l'homme, sans admirer en effet cette cathédrale unique et incomparable qu'est un corps humain quand il est véritablement divinisé, quand il est habité par l'Esprit Saint, quand il est devenu le Sacrement de la Présence divine, et c'est justement cela que nous avons à faire : nous avons à donner à nos corps toute cette noblesse, toute cette grandeur et toute cette beauté.
Ce serait une immense erreur d'imaginer qu'il y a dans le christianisme une sorte d'inimitié qui nous vouerait à la haine des corps. Et je ne lis pas sans frémir de tristesse ce mot que l'on rapporte dans la vie de Saint Pierre d'Alcantara, où l'on nous dit qu'il avait fait pacte avec son corps de ne jamais lui laisser la paix jusqu'à la mort ! Il me semble que ces propos sont peu chrétiens, qu'ils ont une saveur manichéenne, car dans le Christ tout est aimé, dans le Christ tout est glorifié, dans le Christ tout est trans­figuré ! et c'est le Christ justement qui nous permet d'entrer dans la plénitude de notre vie, qui nous demande d'être couronné de grâce et de porter jusqu'à la mort pour la vaincre avec Lui, toute la jeunesse de notre vie, et c'est là justement le sens de la pureté chrétienne.
Le sens de la pureté chrétienne, c'est précisément de reconnaître la vocation divine des corps. On s'est tellement trompé lorsqu'on a parlé de la pureté et l'immense majo­rité des chrétiens sont écrasés sous un fardeau parfaitement illu­soire ! Le sens de la pureté, ce n'est pas de méconnaître le corps de se voiler la face devant lui, mais c'est de créer le corps divinement, de le couronner de grâce et d'en faire vraiment le sanctuaire de la divinité.
Partout retentit aujourd'hui le sex appeal. C'est devenu une manière d'attirer l'attention et quiconque veut assurer à sa réclame une portée sûre met plus ou moins en branle quelque vibra­tion sensuelle parce que justement l'homme n'a pas compris la dignité infinie de ce corps qui doit être à la fois le berceau de l'enfant et le sanctuaire de la divinité.
On a vu là un problème de physique mal posé alors qu'en réalité c'est un problème métaphysique : il s'agit d'une question d'existence : sommes-nous rivés à l'univers ? Sommes-nous un mor­ceau de la nature, un morceau du monde ? un morceau de l'espèce humaine ? Ou sommes-nous tout autre chose ?
Il est clair que les animaux ne peuvent pas échapper à l'en­voûtement de l'espèce. Pour les animaux il n'y a rien de plus grand que l'espèce dont ils sont un chaînon, un maillon transi­toire, ils ne peuvent pas dépasser cette fonction reproductrice parce que, pour eux, c'est le sommet de leur vie, parce qu'un ani­mal, chien ou chat, un animal quelconque ne peut rien ajouter à sa naissance, il ne peut rien ajouter à sa nature, il ne peut rien créer de nouveau.
Pour nous, c'est le contraire ! il faut, sous peine de ne pas être homme, que nous ajoutions à notre nature car justement la na­ture de l'homme, c'est de dépasser sa nature. L'homme ne peut pas rester ce qu'il est, il faut qu'il se dépasse continuellement. Il faut qu'il ajoute sans cesse à sa taille une nouvelle dimension, il faut qu'il se libère, qu'il s'affranchisse, qu'il se décante, qu'il se transfigure, qu'il s'éternise, enfin qu'il devienne une source, un commencement, une origine, un créateur ...
Et c'est là la pureté justement, c'est ne pas subir le destin de nos glandes et de nos hormones, ne pas être esclave de ces courant d'univers que l'animal accepte sans les pouvoir dominer ! mais, au contraire, nous avons à les recueillir, les pacifier, les ordonner, les transfigurer, leur donner un visage, enfin nous créer, nous avons à nous créer comme des êtres libres afin qu'en nous la vie jaillisse toute neuve, toute chargée de lumière et d'amour comme il convient à des êtres qui portent en eux la Vie Divine et par qui Dieu veut se révéler et s'exprimer.
C'est tout cela qui fait vibrer en nous le dogme de l'Assomp­tion, c'est toute cette anthropologie, cette vision humaine qui nous appelle à la grandeur, à la grâce et à la beauté. C'est donc un hommage essentiel que nous avons à rendre à Dieu, cet hommage de nos corps apaisés, cet hommage de nos corps transfigurés, cet hommage de nos corps devenus les membres de Jésus Christ et le temple du Saint Esprit. Jamais ne saura être dite toute la beauté que l'Evangile ajoute à notre vision du monde.
C'est vraiment Jésus qui nous a révélé nous-même à nous-mêmes. Jamais on n'avait rétabli l'homme dans son unité, jamais on n'avait réconcilié l'homme avec lui-même comme le fait Jésus Christ et, en nous demandant d'être les créateurs de nous-même, en nous demandant de vaincre chaque jour notre mort, en immortalisant notre chair, le Christ justement nous fait entrer au cœur de notre plus intime réalité et II nous rend le goût, le goût de la vie.
Oh ! qu'il est beau de vivre ! disait Claudel, oh ! qu'il est beau de vivre et que la gloire de Dieu est immense ! Nous pouvons le dire, oui, justement parce que le Christ est venu, parce qu'il a évangélisé nos corps autant que notre esprit, parce que justement Il a réalisé notre unité, parce que, comme le dit la messe d'aujourd'hui :
« Mon cœur a espéré dans le Seigneur et en Lui ma chair a refleuri ! » (psaume 28,7)

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