Suite 4 et fin de la 4ème conférence donnée par M. Zundel à Bourdigny en août 1937. Très, trés belle finale de cette conférence, à la seconde partie de cette suite.

Le Dieu de Jésus-Christ n'a pas d'autre puissance que celle de son Amour, c'est cela Sa puissance. ... Dieu ne juge personne.

« Nous savons bien quelle captivité effroyable dut être la langue humaine pour Jésus : dans l'outre usée des mots, il fallait jeter le vin nouveau de l'Evangile qui faisait tout éclater.
Nous sentons que nous ne nous trompons pas lorsque nous remontons vers ces textes à travers le mystère essentiel, au centre de la prédication, lorsque nous les faisons vibrer au contact même du coeur de Jésus.
Il a fallu qu'il supporte le langage humain, qu'il s'en serve, qu'il le remue pour le faire craquer et vibrer à toute la Lumière contenue dans la Parole de Dieu.
Et que cette Révélation soit bien la Révélation centrale, nous en avons un autre critère dans l'évolution même de la pensée chré­tienne dans l'Eglise, et dans cette dernière expression du mystère de Jésus, qui est la révélation du Sacré-Coeur. Le Sacré-Coeur exprime la même chose que la Croix dans un langage tellement simple et humain, tellement émouvant qu'il faudrait être obstiné pour ne pas comprendre que tout le Christianisme n'est qu'un mystère d'Amour si Dieu n'est qu'un Coeur. Nous comprenons qu'il n'y a pas de révélation plus véritable que la Croix de Jésus en laquelle est la Vie et la Résurrection.
Il faut que nous revenions, pour nous y plonger, dans cette révélation de la Croix et de la faiblesse de Dieu. Jésus a pu nous révéler cette faiblesse, parce qu'il en est solidaire, parce qu'il l'a portée dans Sa chair jusqu'à la mort.
On aurait pu peut-être, avant Jésus, abuser de ce secret de Dieu, parce que ces deux conceptions ne peuvent s'accorder : la notion du Dieu de puissance est la négation du Dieu d'Amour. Il fallait passer de l'une à l'autre et c'est cela qui marque la limite entre les deux Testaments : le Dieu de puissance et le Dieu de faiblesse. Sans doute n'est-ce pas, nous ne jouons pas sur les mots : quand nous parlons de la faiblesse de Dieu, c'est aussi comme de la suprême manifestation de sa puissance dans l'ordre de la sainteté. Il n'a pas d'autre puissance que celle de l'Amour. Dieu ne peut rien de ce que ne peut l'Amour. C'est cela Sa puis­sance. Nous, notre misère est que nous pouvons ne pas aimer, nous pouvons anéantir les êtres que nous n'aimons pas, Dieu ne le peut pas, parce qu'il est la Vie et la Lumière et qu'il n'est qu'un Coeur. Il peut étendre les bras et mourir, il est si facile de Le tuer !
Il ne faut pas être un grand génie pour prendre Saint François d'Assise et le jeter dans le fossé ! il suffit d'être méchant, mais pour chanter le "Cantique du Soleil" il faut être saint François, pour recevoir les stigmates il faut être Saint François, pour donner sa vie pour ses créatures, il faut être Dieu, il n'y a que Lui qui soit capable de cela.
Alors toute la religion prend une figure humaine. La vertu ne sera plus l'accomplissement de la Loi, la vertu sera un rapport d'amour avec une Personne. Le péché ne sera pas une transgression de la Loi, mais une blessure d'amour infligée à une Personne, une bles­sure dans Son Coeur, la crucifixion d'un Dieu, la mort d'un Dieu. Ca change tout. Et l'on comprend que Saint Paul portant ce message ait pu parler de la folie de la Croix. Quel autre mot caractériserait cette mission que ce mot de folie ?
Alors, tout va être changé parce que, désormais, la religion ne sera pas ce que nous pouvons attendre de Dieu, elle ne sera pas une protection contre la menace de Dieu ! il n'y a pas de menace de la part de Dieu ! Dieu a tout donné et Se donne toujours. La religion est ce que Dieu peut attendre de nous et non pas ce que nous pouvons attendre de lui, c'est nous qui sommes une menace pour Lui : "Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits à l'ombre de ses ailes, et tu ne l'as pas voulu ! " (Mathieu 23, 37)

« Et tu ne l'as pas voulu ! » « Il est venu chez les Siens et les Siens ne L'ont pas reçu ! » (Jean 1,11)

« Et le Jugement est que la Lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres. »

« O vous tous qui passez, voyez s'il est une douleur semblable à la mienne ? »

Alors, ceux-là seuls se jugent qui se séparent de Lui et Le condamnent, qui Le crucifient. Ce n'est pas Lui qui les juge, Il ne juge personne, Il baisse les yeux devant la femme adultère, Il baisse les yeux au sacrement de l'autel, Il baisse les yeux devant l'iniquité de ses bourreaux, Il ne veut pas juger nos péchés, nos péchés le tuent. Il n'a pas besoin de les juger, Il les sent en Lui, Il est atteint au coeur.
C'est cela, c'est dans cette direction qu'il faut chercher Dieu. Notre religion n'est pas ce que nous pourrons attendre de Dieu, mais ce que Dieu pourra attendre de nous. Cela nous situe dans la vraie Lumière de notre vie chrétienne. Au fond, la grande pureté, c'est de ne plus se regarder soi-même, mais Dieu.
Le grand affranchissement, c'est de ne pas être inquiet pour soi, ni de son salut ! la grande liberté, c'est d'être soucieux de la gloire de Dieu, de l'accomplissement de Son règne, de Sa délivrance. Quand une âme commence à s'inquiéter de Dieu, quand elle com­mence à devenir mère de Dieu, à ce moment là elle entre vraiment dans la foi chrétienne.
Je crois qu'il n'y a pas d'autre chose à faire ou à savoir sinon que Jésus est Jésus crucifié.
Lorsque nous avons des difficultés - et nous en avons tous -lorsque nous sommes environnés de tentations, lorsque nous sombrons sous le poids de nos péchés, tout cela vient de ce que nous n'avons pas regardé Jésus.
Un seul péché nous sépare de Lui, une seule source de fai­blesse, c'est d'être distraits de Sa Présence. Dès que nous nous tournons vers nous, nous retombons en notre moi et c'est le péché ! La faute essen­tielle et unique, c'est que nous nous sommes détournés de Lui, nous avons cessé de regarder Son visage, quitté le refuge de Son Coeur, nous sommes retombés en nous.
Il faut Le regarder, Le regarder sans cesse. Quand nous avons cheminé sans penser à Lui, il faut revenir à ce signe de la Croix qui est le catéchisme de l'Eglise. Et l'Eglise a semé du signe de la Croix sur les routes de la terre parce que c'est la suprême révélation du jugement de Dieu par l'homme. C'est la seule purification.
Tant que Dieu est un maître, nous nous révoltons ! quand II est victime de la douleur, quand Il succombe au péché de l'homme, alors quelque chose en nous s'ouvre, tressaille, se donne et commence à compatir, et c'est à cette compassion pour la Passion du Christ que commence la religion chrétienne.

"Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde." ( Pascal )

"Jésus appelle les hommes et n'en a pas été exaucé."

(fin de la 4ème conférence)

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