Suite 3 et fin de la 4ème conférence de retraite donnée à Bourdigny en août 1937.

« Je me souviens avec effroi de cette discussion qui s'est élevée tout à coup dans les colonnes du "Church Times", je me souviens de tout ce que le conflit des mots peut donner, de toute l'aberration à laquelle il peut conduire. Ce journal, qui mène le bon combat du catholicisme avec un courage extraordinaire, a été, à un moment donné, entraîné à prendre position contre la papauté, peut-être sans le savoir, pour ne pas in­quiéter les anglicans. Pour les évêques anglicans, quand il ne s'agit que de l'Eucharistie, ou d'invoquer les saints, passe encore ! ou quand il s'agit du culte des morts, mais s'il s'agit d'un rapprochement avec le Saint-Siège, pensez donc ... Ce journal voulut-il donner un gage aux anglicans en mon­trant qu'il était parfaitement anglais et non romain ? ... Toujours est-il qu'il s'attaqua à l'Immaculée Conception, il soutint que ce dogme était un dogme papal, inconnu aux Eglises d'Orient, inconnu de la tra­dition anglicane.
Or il se trouva qu'un bénédictin anglais put faire la consta­tation suivante : que ce dogme n'était pas contraire à l'histoire an­glaise parce que c'est en Angleterre que l'on voit pour la première fois en Europe la célébration de la fête de l'Immaculée Conception. Ce béné­dictin écrivit au journal qu'il n'y avait pas de fête plus anglaise, de croyance plus anglaise, que celle de l'Immaculée Conception, puisque, avant d'être promulguée à Rome, elle était célébrée en Angleterre ! mais l'éditeur s'était enferré. Il fut assez loyal pour publier cette lettre mais trop engagé pour revenir en arrière.
Voilà, comment, dans l'aveuglement de la polémique, on peut aller contre ses propres tendances, et peut-être se bloquer à tout jamais contre l'invasion d'une vérité plus haute et plus universelle, parce qu'on n'est pas resté ouvert.
Voilà à quelle prudence nous ont amenées toutes ces considérations sur le langage que la Bible a canonisé, en montrant dans le fait de nommer une espèce de restitution de l'univers à l'esprit, de statut personnel donné à la création.
Il faut que nos conversations soient un acte de foi en la Présence du Verbe, il faut que nous ayons le sentiment - que nous avons si vif pour nous-mêmes - que toute blessure que nous infligeons aux au­tres, retarde dans leur coeur l'avènement du règne de Dieu. Toute âme blessée est une âme qui retourne en soi et qui se ferme à Dieu. Toute âme, au contraire, qui est respectée, dont nous n'avons pas blessé l'amour propre, quand elle est ouverte à l'humilité par l'humilité de notre attitude, est une âme plus proche du règne de Dieu parce qu'à travers nous elle aura senti la vérité qui ne blesse personne, qui ne s'impose pas, et qui mourra sur la Croix plutôt que de violer le liberté de l'âme.
Dans cette considération admirable, nous avons une ouverture sur ce que doit être la pédagogie. Nous vivons en pédagogie sur des clichés, nous avons l'habi­tude de traiter les enfants comme des enfants, or en réalité, il n'y a pas d'enfants, il n'y a que des âmes dont chacune est un mystère infini, en chacune desquelles se joue toute la tragédie de Dieu. Qu'un enfant se ferme à l'Amour ou se donne à la Vérité, c'est un geste aussi grave que le refus de l'adulte. L'acceptation a les mêmes conséquences au point de vue éternel, au point de vue de l'évolution de Dieu dans le monde.
L'éducation doit être à base de silence. Il faudrait que dès le premier jour, dès avant sa naissance, l'enfant soit enveloppé de tendresse, baigne dans tant de silence, dans tant d'amour, qu'il respire Dieu auprès de ses parents, que ce silence l'informe et le ramène à sa vie intérieure.
L'enfant d'un jour ne peut pas penser, ne peut pas connaître au sens rigoureux, l'enfant d'un jour peut respirer comme la fleur peut se tourner vers le soleil. Son éducation commence à ce moment, et ce sont peut-être justement des périodes les plus décisives que ces pre­miers jours, ces premiers mois, ces premières années.
Combien de fois les parents traitent leurs enfants comme des jouets, s'en amusent ! On aspire les énergies de cet enfant, on le rend méchant, puis on oblige l'enfant, du dehors, à se corriger, on le rend conformiste, on le déforme, on le rend étranger à son âme, parce qu'il n'y a qu'une seule manière de trouver Dieu, c'est de Le respirer dans la lumière de l'Amour. Il n'y a donc qu'une seule manière d'élever les âmes, c'est d'employer les méthodes de Dieu, des méthodes de silence.
Lorsque le génie hébraïque trouve dans cette clameur, dans ce bruit, une des racines de la notion de péché, je crois, en effet, que « faire du bruit » traduit admirablement la dissonance qu'introduit le mal dans le monde. L'univers que Dieu a créé est aussi un chant de silence qu'on ne peut entendre que dans le silence. Des que l'on fait du bruit, le charme est rompu, il devient impossible d'apercevoir le rayonnement de la Personne divine qui est de faire la rencontre du Verbe.
Le Verbe de Dieu : vous savez que la majesté du langage a reçu sa suprême expression, que le mot s'est élevé en une admirable ascension, dans le premier chapitre de saint Jean, dans le premier verset : " Au commencement était la Parole et la Parole était en Dieu et la Parole était Dieu." Dieu est cette Parole qui nomme toutes choses, cette Parole qui est le vrai nom de toutes choses, le berceau de toutes choses, et c'est un berceau de Lumière et d'Amour, et quand le Verbe de Dieu, quand cette Parole par qui tout a été fait, « ce mystère de clameur dans le silence de Dieu", quand le Fils de Dieu a voulu se manifester parmi nous, Il a choisi de s'exprimer dans le silence de l'hostie. C'est dans le silence de l'hostie que se révèle à nous le suprême état du Verbe : la Parole qui est silence au-dedans, la Parole qui est un Pain de Vie, la Parole qui respire l'Amour.
Eh bien, je pense que c'est là que doit s'achever notre mé­ditation sur le langage, méditation qui est grave parce qu'elle concerne toute notre vie. Toute notre vie est une conversation qui suscite la vie ou la détruit. Toute notre vie est une conversation qui devrait susciter Sa Vie.
Puisque nous sommes les disciples du Verbe, nous voulons nous tourner vers Lui dans le silence et nous voulons Lui demander de Lui offrir dans toute notre vie, cette parfaite louange qui est le silence.
Vous connaissez ce Psaume qui est si beau, et qui est pré­cisément un chant de silence, le Psaume 65 : « Jubilez en Elohim, terre entière ! Célébrez la magnificence de Son Nom, donnez magnificence à Sa louange, dites d'Elohim combien II est admirable ! Que toute la terre se prosterne devant Toi, Qu'elle Te chante, Qu'elle chante Ton Nom ! » (fin de la conférence)

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