Début de la 4ème conférence donnée à Bourdigny en août 1937.

Il se peut que ces textes, pleins de sens mais dont le sens est parfois difficile à saisir, ne soient pas tout à fait fidèles à ce qu'a dit M. Zundel.

« Un des grands miracles qui se proposent à notre admiration est l'invention du langage.
Nous sommes habitués à un certain langage que nous ne re­gardons pas de très près, dont nous ignorons la plupart du temps les origines, dont nous méconnaissons les racines profondes, et nous ne savons pas nous rendre compte du génie prodigieux qu'il a fallu pour construire notre langage, pour exprimer l'univers dans les mots et pour, en s'appuyant sur des mots sensibles, inventer un langage capable d'ex­primer l'esprit.
Si l'homme est petit et misérable par certains côtés, il est par ailleurs d'une grandeur et d'une beauté vraiment magnifiques, et il l'est précisément dans cette révélation, dans cette création du langage.
Lorsqu'on étudie les langues étrangères, parce qu'on est obligé d'examiner les mots en eux-mêmes, de les scruter à la loupe, on se rend compte des trésors d'invention qui ont été dépensés dans la création du langage.Prenez deux ou trois racines hébraïques pour exprimer le sentiment du péché : le sentiment du péché est une notion toute morale, comment à partir de ce mot sensible va-t-on concevoir la notion du péché ? Quelle image va-t-on en donner ?
Une première image contenue dans le mot "Htah" qui signifie faire un faux pas, chanceler, manquer le but, être renversé, ruiné. Une autre image « être courbé » : "Awh", c'est une autre direc­tion qui laisse jouer l'image dans un autre climat et qui fait résonner la notion du péché dans une autre atmosphère. Il y a une troisième conception : R a = faire du bruit, mettre en pièces, rompre l'harmonie. Voila comment toutes ces racines, chacune à sa manière joue, crée une résonance, une irradiation, une lumière pour entraîner l'esprit, le faire se dépasser lui-même, quitter l'ordre sensible et entrer dans le domaine spirituel.
Prenez une autre notion très difficile à exprimer : celle d'éternité. Comment ces peuples vont-ils exprimer cette idée si profonde ? Ils prendront le mot « masqué », « dérobé », et ils donneront au mot "Olam" la signification : qu'on ne peut définir, une chose qu'il faut renoncer à comprendre, une chose qui est vierge. Vous voyez qu'il y a, simplement dans le fait de remonter à la racine des mots, toute une poésie et que l'on sent une espèce d'ascen­sion mystérieuse du langage qui part de l'expérience de la vie quotidienne pour aboutir à cette merveilleuse invention des notions spirituelles. C'est une grande affaire que le langage.
Il y a au deuxième chapitre de la Genèse, un passage très émouvant, celui où il est dit que Dieu conduisit les animaux à Adam, pour voir comment il les nommerait, et, quel que fût le nom qu'il leur donnât, c'est ce nom qui serait le leur. C'était donner une importance capitale à ce fait de nommer.
Nous avons dans le langage, une certaine imagination de l'u­nivers. Il y a là, un moyen admirable de situer les choses par rapport à la pensée et de conférer un statut personnel aux créatures. La créature n'est pas anonyme : elle a un nom. Le psalmiste dit que Dieu a appelé les étoiles, chacune par leur nom et qu'elles ont répondu : présentes. Il les a appelées par leur nom ... Vous voyez cette rencontre admirable entre Dieu et ses créatures !
Les créatures ne sont pas anonymes, elles vivent de la vie de Dieu. La création émane de la pensée divine et par conséquent elle est toute pleine de résonances spirituelles, d'irradiations spirituelles. Pour l'aborder et la reconnaître, il faut la nommer, lui donner un statut personnel, la tirer de son anonymat, la baptiser dans notre intelligence afin que nous la rapportions à l'esprit.
Le langage est le commencement de la connaissance et aussi le commencement de la rédemption.
Vous vous rappelez cette admirable prosopopée de l'épître aux Romains où il est dit que le monde, que toute la nature, est dans le gémisse­ment en l'attente du Sauveur. Oui, toute la nature est gémissante, asservie au désordre malgré elle, elle a dû être l'instrument du mal, et toute cette nature gémit dans l'attente de la révélation du Fils de Dieu ! il y a donc dans la nature rejetée dans l'anonymat une espèce d'aspiration à un statut personnel qui commence à se réaliser lorsque dans un langage approprié, nous nommons les choses par leur nom propre, et que nous essayons de les confronter à l'esprit.
La connaissance, qui s'origine dans le langage, commence à accomplir la rédemption du monde, à réaliser ce gémissement de l'univers, cette vocation de l'univers telle qu'elle est dans la Pensée de Dieu.
L'univers n'est pas composé de choses, mais c'est le chef d'oeuvre de la pensée de Dieu, de Son Amour ! et l'univers ne peut être abordé que dans la lumière de l'esprit. Lorsqu'il baigne dans l'amour, le langage prend toute sa valeur, il est la première connaissance, la première rédemption, la première philosophie - tant de gens n'en ont pas d'autre que celle transmise par le langage - et aussi une première source de vérité, mais hélas, aussi très souvent une première source d'erreur.
Les mots ont une certaine qualité, une certaine résonance, ils décrivent certains remous. Il suffit d'orienter la pensée à l'aide de certains mots pour (faire passer sans heurts l'erreur); prenez le mot de « birth control », ce mot si admirable et que tout le monde tolère couvre cependant une chose si dangereuse : Quel euphémisme pour parler d'une méthode anti-conceptionnelle ! Quelle innocence ingénue rappelle ce mot candide et grâce auquel on pourra répandre ces pratiques, les faire envisager par des gens honnêtes qui finiront par donner dans le panneau et frauder dans leur vie conjugale.
Prenez, dans un autre domaine, plus récemment, ce mot de " pause ", changement de politique. Mot ouvert du côté bourgeois pour donner confiance et dire : maintenant nous allons mettre un peu d'eau dans notre vin, nous ne pensons plus à la révolution, mot ouvert du côté front populaire : attente qui doit per­mettre une reprise et une nouvelle avance. La pause, mot admirable, chef d'oeuvre de concision.
Prenez un autre mot plein de dynamisme : le mot "fascisme". Il suffit de prononcer ce mot pour condamner un homme. Le mot de " commu­niste" provoque aussi la même réaction.
Nous pensons à ces grands mots de l'Ecriture, au don de la Révélation.
Le dynamisme du langage ... le langage a une immense puissance, il crée des remous, entraîne les esprits dans certaines directions.
Le langage est la première philosophie, la première source d'information et aussi la première source de vérité et d'erreur. » (à suivre)

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir