Octobre 2008

textes publiés en Octobre 2008.

Suite 3 de la 3ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971. Sainte Thérèse de l'enfant Jésus et de la sainte face, en ces jours difficiles intercédez pour nous !

Une société comme telle (y compris l'Eglise ?) projette nécessairement Dieu en dehors d'elle-même. Quand nous disons « parole de Dieu », ce terme de parole implique un échange d'amour où Dieu est toujours le même Dieu, le Dieu crucifié. ...

Reprise : « Il ne faut pas mettre le Parole de Dieu au même niveau selon les étapes différentes de la révélation. La Parole de Dieu, à certains moments, correspondant d'ailleurs à la vérité d'un rapport, doit être nécessairement dépassée lorsqu'on compare cette situation avec celle qui est créée par la venue de Jésus Christ qui nous introduit au coeur de l'intimité divine et qui institue entre Dieu et nous des rapports essentiellement personnels. »

Suite du texte : « Pasternak, dans son livre "Le docteur Jivago", souligne admirablement cette différence lorsqu'il analyse les antiennes russes de l'Annonciation. Il y a là deux pages d'une extraordinaire beauté où l'une des interlocu­trices commente soudain ce mystère de l'Annonciation et montre que jusqu'alors - jusqu'à ce dialogue de l'ange avec Marie - jusqu'à ce dia­logue qui va décider du sens de l'Histoire on avait à faire à des mouvements de foules, à des déplacements de peuples. On entendait le bruit des cavaliers, on entendait le tumulte des invasions, enfin il y avait justement des mouvements collectifs impressionnants et dramatiques, et que maintenant il s'agit d'un dialogue de personne à personne : une simple jeune fille dans l'intimité de sa vie la plus secrète. C'est à cette jeune fille à laquelle Dieu s'adresse comme à une personne et dont Il demande le consentement au mystère de l'Incarnation qui va décider de l'avenir du monde et de la Création. Donc on passe du plan de la collectivité au plan de la personne et ceci nous introduit immédiatement en effet dans cette perspective.
Il est facile de voir que les limites de la révélation dans l'Ancien Testament, pour ne pas parler de la philosophie qui n'est pas une révélation mais qui risque précisément d'en fausser le sens, il est évident que ce qui limite la révélation dans l'Ancien Testament, ce qui limite la morale de toujours, - ce qui ne veut pas dire d'ailleurs qu'il faille supprimer cette morale et cette révélation -, c'est qu'il s'agit d'une manifestation conditionnée par une collectivité et adressée à une collectivité, et nous savons que l'idée d'immortalité est une idée toute récente dans l'Ancien Testament, ce n'est guère qu'au 11ème siècle avant Jésus Christ que l'on commence à penser ou à parler d'immortalité personnelle.
Vous savez avec quelle passion les femmes de l'Ancien Testament désirent des enfants, combien leur est étrangère l'idée de la virginité, que justement ce qui compte, c'est la postérité parce que c'est la seule manière finalement d'être immortel, l'homme étant périssable. L'exis­tence au schéol est une existence larvaire, si elle existe, elle ne signifie rien, elle ne peut être qu'un malheur comme le montre la prière d'Ezéchias qui supplie Dieu de reculer l'heure de sa mort. Donc ce qui importe, c'est de survivre dans une postérité, l'individu a une importance secondaire, c'est la race qui compte, c'est la collectivité, c'est la nation, c'est le peuple d'Israël, c'est Sion, c'est Jérusalem. C'est donc à la collectivité que les promesses s'adressent et c'est la collectivité qui illustrera le triomphe de Dieu.
Il est évident que cette situation conditionne une révélation dans le sens de la limitation et que la religion en effet, jusqu'à nos jours, comme la morale, représente d'abord un phénomène collectif. Un enfant ne naît pas dans le sable du désert, il naît dans un foyer, il naît dans un couple, il naît dans un clan, il naît dans une tribu, il naît dans une nation, il naît dans un empire et il est conditionné par ces structures collectives, et il doit observer les us et coutumes de sa collectivité, sa morale, comme il est amené à pratiquer sa religion.
Nous voyons en effet que la religion est d'abord un phénomène collectif. Nous voyons qu'à Athènes, en 399, Socrate est mis à mort entre autre parce qu'il n'adore pas les dieux de la Cité, nous voyons que, sous Marc Aurèle vers 180 ou un peu avant, les chrétiens sont sévèrement persé­cutés bien que Marc Aurèle soit un philosophe soucieux de faire chaque jour son examen de conscience. Il n'admet pas que les chrétiens, "ces opiniâtres", comme il les appelle, ne se soumettent pas aux lois de l'Etat et refusent un culte qui est la condition même de l'unité de l'Empire.
De même, lorsque Constantin parie pour le christianisme, la première chose qu'il fait, c'est de faire entrer l'Eglise dans les cadres de son administration, et quand Théodose, vers 380, interdit le paganisme et fait du christianisme la religion de l'Etat - religion obligatoire jusque dans la vie privée - il accomplit exactement le même geste ! La reli­gion doit être le ciment de l'unité de l'Empire, qu'elle soit chrétienne ou païenne ! c'est le rôle qu'un homme politique lui demande de jouer.
Quand Louis 14 révoque l'édit de Nantes, c'est exactement pour le même motif : il veut une seule religion pour un seul royaume. Quand Napoléon rétablit le Concordat, c'est parce qu'il a senti dans la religion une force capable de rallier le peuple à sa cause au détriment, ou plutôt dans la négation de la Révolution qui lui a permis d'accéder au trône ! et jusqu'à aujourd'hui, finalement, la religion a toujours été un phénomène collectif au point que le premier peuple qui se soit déclaré athée, c'est l'Albanie en 1968. C'est la première fois dans l'Histoire depuis que le monde existe - et il peut exister depuis cinq millions d'années, j'entends le monde humain - c'est la première fois que, dans l'Histoire, un état se proclame athée.
Or il est évident qu'une collectivité ne peut pas comme telle, à moins qu'elle ne soit l'Eglise, société mystique, sacrement de la Présence du Seigneur, une société comme telle, une société dont on fait partie obliga­toirement du fait de sa naissance charnelle, elle ne peut pas avoir un Dieu mystique. Le Dieu d'une société, que ce soit Athène, que ce soit Israël, que ce soit l'Empire Romain ou le Royaume de Louis XIV, une société comme telle projette nécessairement Dieu en dehors d'elle-même.
S'il y a un Dieu de la Cité, c'est pour que la Cité puisse compter sur la protection de ce Dieu ! Il faut qu'il soit fort, qu'il soit terrible aux enne­mis et, éventuellement, terrible aussi à ses fidèles s'ils transgressent ses lois. C'est pourquoi on mettra Socrate à mort parce qu'entre autres il n'honore pas les dieux de la cité et qu'il met la cité en danger en risquant de provoquer le courroux des dieux.
Nous voyons donc très clairement dans ce cheminement, dans cette évolu­tion de l'Histoire, que certaines affirmations correspondent à des situations réelles et expriment parfaitement ces situations, mais, comme ces situa­tions peuvent être dépassées, comme les rapports de l'homme avec Dieu peuvent se transformer, atteindre à des niveaux beaucoup plus profonds et beaucoup plus intérieurs, la révélation va elle-même s'intérioriser.
Il est évident que l'Ancien Testament n'est pas le Nouveau. Il est évident que la pédagogie dont nous parlait Saint Paul n'est pas le maître qui nous introduit en toute vérité, comme le fera l'Esprit Saint au jour de la Pentecôte. Il est évident que, dans l'Evangile lui-même, tout n'est pas au même niveau. Quand Jésus parle à la Samaritaine le langage de la pure intériorité, lorsqu'il s'adresse à Nicodème et qu'il lui demande de naître de nouveau, lorsqu'il ressuscite l'admirable parabole de la vigne et des rameaux - et les rameaux c'est nous, et la vigne c'est lui - lorsque Jésus nous introduit au coeur même de la Vie divine ou lorsqu'au contraire il reprend le vieux Dies Irae de son temps, à savoir : "Allez, maudits, au feu éternel qui était préparé depuis le commencement pour le diable et pour ses anges", la révélation n'est pas au même niveau.
Notre Seigneur suivant les cas s'exprime en paraboles, il s'adapte à son auditoire, il cherche à l'atteindre là où il se situe comme tout pédagogue, je veux dire comme tout maître qui a le souci d'un enseignement efficace. Il s'adresse aux gens tels qu'ils sont, il les prend au niveau où ils sont et il leur parle, par conséquent, la langue qu'ils sont capables de comprendre.
Il est donc certain que, quand nous disons "Parole de Dieu", nous ne devons pas oublier que ce terme de parole de Dieu signifie un dialogue, un dialogue d'amour où Dieu est toujours le même Dieu. Dieu n'a jamais cessé d'être le Dieu qui sera crucifié et mourra d'amour pour l'humanité, Il n'a jamais cessé d'être le Dieu qui est au-dedans de nous-mêmes et ne cesse jamais de nous attendre, le Dieu qui est la Beauté toujours antique et toujours nouvelle, mais Il a été vu sous des aspects différents selon que l'humanité était capable ou non de lui donner son vrai Visage.
Et souvent la révélation est à notre point de vue une défiguration de Dieu dans ce sens que, par rapport à la révélation première dans le Christ, les révélations qui ont précédé sont imparfaites, provisoires et partielles, et que notre bonheur est précisément de pouvoir les dépasser, non pas par notre mérite, bien entendu, mais du fait que la lumière du Christ nous ayant été communiquée, il nous est impossible maintenant de situer Dieu à un autre niveau que celui que nous révèle la Personne et la Présence de Notre Seigneur.
Il me semble donc qu'il est très important que nous concevions la vérité dans cet ordre interpersonnel de nos relations avec Dieu, la vérité dogmatique si vous voulez, étant bien entendu que le dogme est la nourri­ture la plus profonde de la vie spirituelle. Il est très important de concevoir la vérité dogmatique comme la vérité d'un rapport. »
Il est évident que je peux trembler devant la perspective de l'enfer à certains moments où ma culpabilité m'écrase et où j'ai le sentiment d'avoir trahi Dieu de la manière la plus odieuse et où je peux me sentir menacé, à bon droit d'ailleurs, pour les fautes que j'ai commises, en tremblant devant ce jugement qui pourrait m'atteindre dans un instant si j'était foudroyé par la mort ! Et ce sentiment correspond à une vérité ! elle correspond à une espèce de rapport, à ce rapport que j'ai présentement avec Dieu. Mais il est évident aussi que, comme le bandit de l'histoire que je viens de retracer, comme le bandit je peux intérioriser mon rapport, je peux faire abstraction de moi-même, je peux me perdre de vue, je peux songer aux blessures que j'ai infligées à Dieu et comme Saint François pleurer sur la Passion de Jésus.
Saint François a pleuré vingt ans sur la Passion de Jésus jusqu'à en perdre la vue, et, dans ces larmes qu'il a répandues sur la Passion du Seigneur, il n'y avait aucune espèce de retour sur soi, c'était vraiment l'identification avec l'Amour découvert comme infiniment intérieur à soi - je veux dire à lui-même - c'est dans cette identification que François a versé ces larmes qui étaient le prélude d'ailleurs de sa résurrection avec le Christ, résurrection qui s'atteste dans le "Cantique du Soleil" qu'il a voulu entendre au moment de mourir.
Il y a des étapes, il y a des niveaux différents, et il se peut - et ceci vaut d'être entendu avec la plus profonde attention - il se peut que l'expression du dogme se fasse à un moment où on saisit un rapport plus extérieur de l'homme à l'égard de Dieu, ce qui n'empêche pas que la vérité, mettons représenter l'enfer comme le soufre et le feu, comme le supplice calculé par Dieu pour torturer éternellement une créature misérable, ça peut correspondre, encore une fois, à une vérité, à une vérité vécue, à une vérité de rapports, mais il est évident que, finalement, en face du Dieu crucifié qui meurt d'amour pour tous ceux qui refusent de l'aimer et par ceux qui refusent de l'aimer, il est évident que les rapports de justice prennent une allure tout à fait différente qui correspond à une vérité plus profondément vécue, à une vérité de rapports qui peuvent s'améliorer indéfiniment.
Finalement chaque dogme nous apprend ou nous appelle à nous dépasser, à nous libérer de nous-mêmes et à retrouver Dieu dans l'essence éternelle de Son Amour.
Car finalement qui est Dieu ? Qui est Dieu ? Notre Seigneur nous a révélé Dieu comme Trinité et Il nous a fait le don le plus merveilleux qui puisse nous être fait lorsqu'il nous a introduits au coeur des trois Personnes Divines. Rien n'est plus important mais il est impossible de le faire à la fin d'une méditation, je veux dire, d'entrer dans ces profondeurs à la fin d'une méditation. » (à suivre)

Suite 4 et fin de la 3ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

Il est évident que la révélation du mystère de la Trinité change absolument tout, c'est l'immense nouveauté du Nouveau Testament, l'immense nouveauté du christianisme, l'immense secret d'amour qui va nous délivrer de toute extériorité : un Dieu en trois personnes, c'est un Dieu qui est libre de lui-même. (1)
Nous n'arrivons jamais jusqu'à nous-même à moins de découvrir que la vérité de notre Je et Moi, c'est un rapport avec l'Autre : c'est dans la relation avec un Dieu intérieur à nous-même que nous aboutissons enfin à nous-même. Dieu est Dieu en raison de la virginité de son contact avec l'Autre divin.


Reprise : « Car finalement qui est Dieu ? Qui est Dieu ! Notre Seigneur nous a révélé Dieu comme Trinité et Il nous a fait le don le plus merveilleux qui puisse nous être fait lorsqu'il nous a introduits au coeur des trois Personnes Divines. Rien n'est plus important mais il est impossible de le faire à la fin d'une méditation, je veux dire, d'entrer dans ces profondeurs à la fin d'une méditation.

Suite du texte : « Il est clair que la Trinité, cette confidence suprême de l'intimité de Dieu qui traduit d'ailleurs l'expérience la plus profonde de l'humanité de Notre Seigneur qui subsiste en Dieu, il est évident que cette révélation change absolument tout ! c'est l'immense nouveauté du Nouveau Testament, c'est l'immense nouveauté du christianisme, c'est l'immense secret d'amour qui va nous délivrer de toute espèce de contrainte, de toute extériorité, qui va nous introduire dans cette religion personnelle dont parle Pasternak à l'occasion de l'Annonciation de Marie, parce qu'un Dieu en trois Personnes, c'est un Dieu qui est libre de soi-même.
Ce qui est prodigieux justement dans la Trinité, c'est de nous introduire dans la Vie de Dieu sous l'aspect d'une communion d'amour infinie. Dieu n'a prise sur son être qu'en le communiquant ! Dieu n'a prise sur son être qu'en le communiquant ! Dieu ne subit pas sa vie, il la communique. Dieu ne se regarde pas : le Père n'est qu'un regard vers le Fils, le Fils n'est qu'un regard vers le Père dans la respiration d'Amour du Saint Esprit, c'est-à-dire que Dieu est dépouillement, désappropriation, pauvreté et liberté infinie.
Et c'est cela que nous pouvons envisager par comparaison avec nous-même ! nous-mêmes, nous sommes infectés par notre moi, nous sommes englués dans ce moi préfabriqué que nous n'avons pas choisi, ce moi qui est composé de tous les déterminismes que nous subissons : notre hérédité, notre tempérament, notre milieu, notre langage, l'éducation première que nous avons reçue, tout cela nous imprègne à fond et, quand nous disons pour la première fois "je" et "moi", c'est un "je" et "moi" qui est une pure étiquette, un "je" et "moi" que nous subissons et que nous n'avons aucune raison de reconnaître comme nôtre.
Nous sommes tous prisonniers de ce "je" et "moi" qui est notre pire captivité parce que, tous, nous disons "je" et "moi" sur un être qui s'est imposé à nous et que nous ne cessons pas de subir. Toutes les fois que nous nous interrogeons sur "Qui suis-je ?", nous butons contre du pré­fabriqué, aussi loin que nous reculons cette question. Qui suis-je ? Nous voyons toujours que les éléments que nous rencontrons, nous n'en sommes pas les créateurs, nous n'en sommes pas la source ni l'origine, si bien que nous n'arrivons jamais jusqu'à nous-même précisément comme Augustin au moment de sa conversion, à moins de découvrir tout d'un coup que la vérité de notre "je" et "moi", c'est un rapport avec l'Autre ! c'est dans cette relation virginale avec un Dieu intérieur à nous-mêmes que nous aboutissons enfin à nous-mêmes, et Jésus nous révèle Dieu précisément, éternellement, comme une communion d'amour absolument parfaite, comme une virginité absolue, car le contact de Dieu avec soi n'est pas un contact passif et possessif.
Dieu ne colle pas à soi, Il se désapproprie éternellement de lui-même et il est Dieu précisément en raison de cette virginité du contact, précisément en raison de ce dépouillement total, ce que Saint François a admirablement compris lorsqu'il a adoré la Pauvreté comme son tout. S'il s'est donné totalement à la pauvreté, c'est qu'il a compris que la Pauvreté, c'est Dieu. "Bienheureux les pauvres selon l'Esprit, le Royaume des Cieux est à eux."
Nous voyons donc finalement que la connaissance, dans la mesure où elle est une naissance, nous introduit par Jésus Christ dans des abîrnes de lumière qui sont aussi des abîmes d'amour et de liberté, et nous verrons plus avant que, finalement, si nous sommes capables de concevoir une liberté comme notre bien le plus précieux, si nous pouvons donner un sens à ce mot de liberté, c'est parce que, en Jésus Christ, pour la première fois, en Jésus Christ Dieu est apparu comme un être totalement libéré de lui-même dans le mystère de la Trinité divine où la vie n'est qu'une éternelle circulation de lumière et d'amour.
C'est sur ce fondement de cette libération en Dieu que nous pouvons concevoir notre liberté comme une désappropriation, comme une offrande infinie où tout notre être répond dans une relation nuptiale à l'Amour qui est Dieu, ce Dieu intérieur à nous-même et qui nous appelle justement à être ce qu'il est : ''Soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait." (fin de la conférence)

(1) (?) Balbutiements. On ne voit pas immédiatement, du moins moi !, la raison de ce lien, essentiel, entre la liberté de Dieu et sa « trinitarité ». Si Dieu est libre, c'est parce qu'Il est 3 personnes. Un monothéisme solitaire entraînerait la fermeture absolue de Dieu sur soi ! le monothéisme trinitaire, lui, entraîne une ouverture infinie du coeur de Dieu.
Dans l'engendrement-portement-naissance du Fils par le Père (dans l'intérieur d'un Dieu pur dedans) doit être incluse toute réalité, toute création, nous le concevons volontiers sans peut-être bien nous rendre compte de ce qu'il n'y a finalement qui existe, qui soit réellement, que ce qui est inclus dans cette opération qui fait que Dieu est Ce Dieu Trinité. Encore une fois Dieu n'a qu'une seule volonté, liée à son être trinitaire, une double volonté, celle de la naissance du Fils et de la « procession » de l'Esprit, et nous avons sans cesse à demander qu'elle se fasse, que nous contribuions à ce qu'elle se fasse « sur la terre comme au ciel ».
En un sens il n'y a que Dieu qui soit, que Dieu qui existe. Et c'est cette relation, de chaque personne divine à l'Autre divin, qui constitue sa personnalité, qui fait que Dieu est souverainement libre. Oui, mais libre de quoi ? Libre de cette ouverture et dans cette ouverture. A la fois Dieu est libre de faire ce qu'Il veut et en même temps il ne peut vouloir et agir que selon ce Dieu Trinité qu'Il est. Quand on dit que Dieu est libre, cela veut dire que tout ce qu'Il est comme tout ce qu'il fait n'est aucunement lié à une attache quelconque d'une personne divine à soi puisque le Père comme le Fils, comme l'Esprit, est un Autre, puisqu'en Dieu « je est un autre ».
Le drame de notre condition humaine est que nous pouvons sortir de cette relation essentielle, et croire que c'est alors que nous sommes libre. Nous entrons alors dans les ténèbres extérieures. « Nous sommes tous d'abord prisonniers de ce je et moi qui est notre pire captivité. »

Suite et fin de la 12ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

Le seul fondement à la propriété. Il y a toute une révolution à accomplir.

Reprise du texte : « L'homme, nous dit saint Thomas, qui prend, en cas d'extrême nécessité, ce qui lui est indis­pensable pour survivre, il prend ce qui est sien. »

Suite du texte : « Saint Thomas, d'ailleurs, s'explique plus profondément encore en disant que la répartition de la propriété, la création de la propriété privée en vue d'une meilleure administration du patrimoine commun concerne uniquement la gestion des biens, c'est-à-dire que l'homme qui est le propriétaire légitime a le droit de gérer les biens dont il est le proprié­taire, de les administrer et de les répartir selon le jugement de sa conscience, mais il n'a pas le droit d'user de ses biens d'une manière discrétionnaire. Il a le droit d'user de ses biens pour son usage personnel dans la mesure de ses besoins légitimes. Tout ce qui est au-delà revient en droit naturel aux autres, dit Saint Thomas, revient en droit naturel aux autres ! d'où la conclusion que l'homme qui prend ce qui lui est indis­pensable, en cas d'extrême nécessité prend ce qui est sien.

Saint Thomas confirme donc admirablement que le droit de propriété constitue simplement un espace de sécurité pour permettre à chacun de devenir un espace de générosité. Il s'ensuit que, dés qu'un être a satis­fait ses besoins légitimes, en l'entendant d'une manière intelligente et raisonnable, il est évident qu'un professeur d'université, un chirurgien n'a pas les mêmes besoins, il a besoin d'un crédit plus vaste que l'homme qui a une barque et passe sa vie à pêcher, qui n'a pas besoin de toute une bibliothèque, qui n'a pas besoin de voyages d'exploration pour satis­faire à ses nécessités professionnelles, mais en entendant donc ces besoins, les besoins de chacun, d'une manière raisonnable, tout ce qui est au-delà ne lui appartient plus, revient en droit naturel aux autres dans la mesure où les autres ne peuvent satisfaire à cette exigence fondamentale de se faire homme. Dans la mesure où les autres ne jouissent pas de cet espace de sécurité, tout ce qui est au-delà des besoins légitimes de chacun revient en droit naturel aux autres.

Et cela ne concerne aucune classe. Il ne s'agit pas des prolétaires contre les possédants, ou des possédants contre les prolétaires. C'est une loi universelle. Si l'on admet que tel est le droit, on voit immédiatement l'impossibilité de justifier aucune forme d'accaparement.

Je serais le dernier des hypocrites si, revendiquant ce que je possède sous couleur de faire de ma vie un espace de générosité, j'écrasais les autres, je les laissais périr faute de satisfaire à leurs besoins les plus urgents, alors qu'ils sont appelés comme moi à devenir un espace de générosité, alors que cette dignité en eux, c'est aussi la mienne ! je suis solidaire de leur dignité, comme je suis solidaire du Dieu qui les habite, c'est le même Dieu qui est en eux, c'est la même dignité qu'en moi-même et je piétine ma propre dignité si je ne reconnais pas celle d'autrui, comme je renie mon Dieu si je ne respecte pas le même Dieu qui m'attend dans le coeur des autres.

Si donc nous appliquions ce principe, si le droit se définit de cette manière, il n'y a plus aucune propriété qui soit assurée de sa stabilité, aucune pro­priété privée, aucune propriété collective, aucune propriété nationale même, car comment admettre que quelques douze millions de blancs possèdent un continent comme l'Australie ? Pourquoi ? Quel est le titre de propriété qu'ils puissent invoquer ? D'autant plus qu'il y avait une population autochtone avant eux ! Qu'est-ce qui fonde leur droit ?

Aucune propriété humaine, donc finalement, ne peut revendiquer un fondement éternel et ne peut se défendre contre tout appel au partage et à la commu­nication parce qu'il n'y a d'autre fondement à la propriété, comme d'ailleurs à tous les droits de l'homme, que cette exigence de faire de notre vie un espace de générosité.

Il s'agirait donc d'envisager une refonte complète de la structure de la société, non pas en bouleversant, non pas en cassant la baraque, non pas en faisant du gauchisme à tour de bras, non pas en appelant les hommes à la révolution c'est-à-dire à l'effusion du sang, mais en rappelant simplement que nous sommes tous appelés à nous faire homme et que tous les droits de l'homme sont fondés sur cette vocation essentielle de faire de nous une source et une origine.

On doit donc envisager que le travail, le travail humain, n'a pas pour but d'abord de produire des choses, mais le travail humain a d'abord pour but, de produire des hommes. Il ne s'agit donc pas d'organiser le travail en vue d'un bénéfice de plus en plus grand qui assurera la surabondance de quelques-uns ! il s'agit d'organiser le travail toujours et partout en vue de créer des hommes, donc de ne pas calculer le profit matériel au bénéfice de quelques-uns, mais de vouloir que le travailleur, quel qu'il soit, reçoive de son travail, ou soit assuré par son travail, de cet espace de sécurité qui lui permettra de faire de lui-même un espace de générosité.

C'est pourquoi il est impossible d'envisager le travail autrement que sous la forme d'une république où chacun est responsable. Il est inad­missible finalement que le travail emploie des milliers d'hommes comme des instruments, sans qu'ils sachent pour qui on travaille, sans qu'ils sachent où vont les bénéfices, sans qu'ils connaissent à la fois les avan­tages et les risques de l'entreprise, sans qu'ils soient appelés à partici­per à sa gestion, sans qu'ils aient la possibilité de se reclasser, d'amé­liorer leurs connaissances, de progresser dans la hiérarchie, d'être élus à des fonctions pour lesquelles ils sont qualifiés.

Car aucun homme ne peut se réclamer d'une fortune qu'il apporterait dans une entreprise sous couleur qu'il fournit les capitaux ou qu'il a une compétence technique qui lui donne des droits particuliers, parce que toute fortune demande à être examinée. D'où vient-elle ? Toute fortune, précisément parce qu'elle provient en dernière analyse des richesses de la terre, c'est-à-dire de ce patrimoine commun, toute fortune est débitrice à l'égard de tous les hommes.

Si un homme a une fortune et qu'il fonde une usine, c'est une manière de restitution parce que, tant que tous les hommes n'ont pas la même sécurité, tant que tous les hommes ne sont pas assurés de pouvoir vivre dans la dignité, cette fortune ne peut prétendre demeurer intouchable ! Il faut qu'elle serve au bien commun, et cela ne donne aucun droit à celui qui opère cette restitution de tenir les autres en servitude, il est appelé au contraire à les aider à se libérer, à les associer à son entreprise, à leur confier une responsabilité proportionnelle à leurs compétences, de manière à ce que l'affaire soit l'affaire de tous et de chacun, que chacun donc la vive comme sienne avec enthousiasme et avec amour et que, finalement, les bénéfices soient contrôlés par tous, soient répartis entre tous dans la mesure où c'est légitime, puisque chaque entreprise doit regarder les autres, chaque entreprise est débitrice à l'égard du genre humain tout entier, et que, là où les conditions sont telles qu'un seul homme, sans que ce soit de sa faute, est exposé à périr, tous les autres hommes sont solidaires de cette situation et sont appelés ou sont obligés, en vertu même de l'exigence de leur humanité, sont appelés à lui venir en aide.

Il s'agit donc d'établir le droit sur ce fondement, à savoir l'esprit de pauvreté, l'esprit de dépouillement qui est à la base de notre libération. Si nous sommes appelés à nous libérer, à ne pas nous subir, à nous donner tout entier, il va de soi que nos possessions, ordonnées à ce dépouillement, ne peuvent devenir pour nous l'occasion d'une affirmation de bêtes féroces qui défendent leur bien avec le bec et les ongles comme si ces biens étaient intangibles.

Dès qu'on a défini le droit comme je viens de le faire, plus rien n'est intangible que la dignité de l'homme lui-même. Il ne s'agit donc pas de semer la tempête, il ne s'agit pas de pousser les hommes à une haine de classes, il s'agit de rappeler simplement les exigences fonda­mentales de notre humanité.

Il est impossible d'être homme sans avoir l'esprit de pauvreté, puisque nous sommes appelés à nous dépouiller de nous-même à l'instar de la Trinité divine, puisqu'on est libre que par le don total de soi-même. Impossible d'être homme sans vivre l'esprit de pauvreté, et impossible de vivre l'esprit de pauvreté sans avoir l'esprit de partage, sans s'inquié­ter de ce que deviennent les autres, sans se demander comment ils peuvent subvenir à leurs besoins.

Et, bien entendu, on ne conçoit pas un prêtre qui soit cramponné à son argent, qui prenne des vacances lorsque, j'entends des vacances coû­teuses, lorsqu'il y a de ses paroissiens qui ne sont pas logés. On ne conçoit pas que son argent ne soit pas l'argent des autres. ! Il ne peut pas être le père de sa paroisse, il ne peut pas vouloir passionnément le règne de Dieu si il n'est pas inquiet des conditions matérielles, des conditions de sécurité sans lesquelles ce règne de Dieu est pratiquement irréalisable.

Et on ne conçoit pas davantage la propriété monastique comme une pro­priété intouchable et intangible ! Un monastère est au sein de l'humanité, et sa propriété n'est pas plus intangible qu'aucune propriété humaine. Cette propriété doit naturellement rester ouverte, je veux dire solidaire de tous les besoins humains où qu'ils soient. Une fois les nécessités légitimes satisfaites, toute propriété, qu'elle soit d'Eglise ou non, toute propriété, en droit naturel, revient aux autres.

Il est donc certain qu'il y a toute une révolution à accomplir, non pas en faveur des uns contre les autres, mais en faveur de tous. Il ne s'agit pas d'arracher aux uns ce qu'ils possèdent pour les réduire à l'état de misère dans un esprit de revanche afin qu'ils soient piétinés à leur tour et qu'ils mangent de la vache enragée ! Il s'agit de faire prendre conscience à tous les hommes de leur dignité et de leur solidarité rigoureuse dans cette dignité, et cela n'est pas impossible justement si on va jusqu'au fond du problème, si on met l'homme en face de lui-même, si on lui fait comprendre, en comprenant d'abord soi-même, qu'on a à se faire homme, qu'on ne naît pas homme, c'est l'oeuvre de toute une vie, et qu'il s'agit de se remettre constamment sous la forme divine (la pauvreté) pour faire de soi un espace illimité de lumière et d'amour.

Dans cette vision l'esprit de pauvreté évangélique devient encore infiniment plus précieux. Nous n'avons pas à nous attacher à nos possessions, précisément parce que rien n'est à nous, rien n'est à nous ! Seulement, seule a droit à tous les biens de la terre, cette Valeur infinie qui nous habite et qui est le Dieu Vivant.

C'est pour que ce Dieu puisse s'épanouir, c'est pour que Son Visage transparaisse à travers toutes les nécessités matérielles, c'est pour que l'univers ne soit plus une prison où l'homme se sent écrasé, c'est pour que le règne de l'Amour infini enfin devienne possible, de l'Amour en personne, de l'Amour qui est Dieu, c'est pour que ce Règne soit possible que la justice doit s'établir.

C'est donc de cette manière que nous avons à user nous-mêmes de nos biens, des biens qui sont à notre usage. Nous n'en sommes pas les possesseurs, nous en sommes comptables devant Dieu et devant les hommes, nous avons à respecter tout ce domaine et nous avons à porter dans notre prière et dans notre sollicitude, nous avons à porter toute la douleur et toute la misère du monde.

Demandons au Seigneur que les esprits soient éclairés ! dans la mesure où nous avons la possibilité de le faire, au moins diffusons par l'authen­ticité de notre vie cette vision d'un droit fondé sur l'exigence radicale de dépouillement qui est la condition de notre libération.

Alors je crois que nous puiserons une lumière inépuisable si nous rame­nons toujours le problème des droits de l'homme, et en particulier le problème du droit de propriété à ces termes : un espace de sécurité qu'il faut assurer à tous avec la même plénitude, un espace de sécurité qui permette à chacun de faire de lui-même un espace de générosité. »

(fin de la conférence)



Quand les chrétiens pensent au mystère de la Trinité - ce qui leur arrive rarement ! - au mieux, ils se représentent le Dieu trinitaire enfantant de toute éternité le Fils et laissant procéder l'Esprit du Père et du Fils à l'extérieur de nous et de notre histoire puisque cela s'accomplit éternellement et donc dès avant la création de l'homme. En vérité et réalité cette vision est erronée : éternellement le lieu de ces deux opérations trinitaires est toujours le cœur de l'homme, mon cœur à moi, l'homme existant dès avant la création de l'univers au moins comme un choix de Dieu, c'est saint Paul qui nous le dit.
Et il faut ajouter immédiatement que non seulement Dieu accomplit éternellement ce qui fait qu'Il est ce Dieu-là dans le cœur de l'homme, mais Il veut que l'homme y soit associé, en soit en quelque sorte lui-même l'opérateur de toute éternité.
Il faut bien saisir que l'Esprit-Saint n'a, si l'on peut dire, d'autre raison d'être éternellement que d'opérer l'engendrement du Fils par le Père et de jaillir de cette opération en même temps qu'il en est l'opérateur, et que, s'il est présent en nous, il n'y peut donc qu'accomplir la même opération, mais maintenant et éternellement (c'est bien la vie éternelle qui nous est donnée par le Christ) en y associant l'homme. Ceci est totalement nouveau et n'apparaît encore en aucun catéchisme ou initiation à la foi chrétienne, et cela nous donne l'immense avantage de rapprocher Dieu de chacun de nous d'une façon inimaginable en dehors de la foi chrétienne.
L'homme est créé pour accomplir lui-même ce qui fait que Dieu est Dieu, vivant ainsi son être à l'image et selon la ressemblance de Dieu (et par là sauver son âme !). On ne peut pas être créé et sauvé à l'image et à la ressemblance d'un Dieu Trinité autrement. C'est infiniment plus qu'une simple ressemblance « extérieure »


J'ai sous les yeux le programme des cours et conférences donnés au centre d'études théologiques de Caen pour l'année 2008-2009. On peut lire dans l'édito : « A force d'explications fidèles, de traductions scrupuleuses, d'adaptations minutieuses aux langages de leur époque les chrétiens n'ont cessé de rendre compte de l'espérance qui les habite en acceptant par exemple de se situer sur les terrains rigoureux de la rationalité. La foi chrétienne est donc « intelligible ». Mais ce n'est pas tout. Non seulement son expression peut être recevable par tout être doué de raison mais elle permet aussi à tous les hommes de bonne volonté de comprendre le monde dans lequel ils vivent. Autrement dit la foi chrétienne, à la fois source et origine d'une réflexion autonome est « intelligible » mais aussi « intelligente ».
La liste est imposante des auteurs, tous très qualifiés, qui livreront leur enseignement sur tout ce qui peut concerner cette foi chrétienne. Il y a certes une histoire de la spiritualité (page 20) donnée par Hubert de Balorre, avec un chapître sur les mystiques rhénans, mais il n'y figure pas d'histoire de la mystique chrétienne comme telle, de même qu'elle n'était et n'est pas enseignée, du moins comme telle, dans les grands séminaires.
J'ai posé la question à Bernard de Boissière : pourquoi cette carence ? - parce que, m'a-t-il répondu immédiatement, parce que la mystique est de l'ordre de l'irrationalité. On pourrait ajouter : parce qu'il y a eu toujours, et il y a encore dans l'Eglise une sorte de méfiance vis-à-vis de la mystique, du fait qu'elle n'est pas parfaitement objectivable.
Pourquoi, pourrait-on se demander aussi, alors que Maurice Zundel a été reconnu par le Pape Paul 6 dans un échange avec Jean Guitton, comme un génie spirituel pour notre époque, pourquoi son successeur, Jean-Paul 2 n'a-t-il jamais prononcé même seulement son nom ? Et pourquoi au moins ce nom ne figure-t-il pas dans les catéchismes, français ou de Rome, dans lesquels on ne trouve pratiquement aucune citation, sinon très rare et très brève, des grands mystiques de notre histoire ?
Quand on constate combien de personnes, combien de prêtres, se sont profondément convertis avec la fréquentation de Maurice Zundel, on peut se demander si un enseignement intelligent de la mystique chrétienne n'aurait pas empêché certains prêtres, surtout après 1968, d'abandonner leur état clérical, Zundel a développé ce thème de réflexion.
J'ai reçu autrefois, il y a très longtemps, un enseignement peut-être aussi poussé que celui donné aujourd'hui au centre théologique de Caen, je ressentais déjà comme un manque qui n'a commencé à être comblé qu'avec la découverte de la pensée mystique de Maurice Zundel, et je continue d'en vivre depuis plus de 30 années. Et je vois comment les « sitations » quasi-quotidiennes sur le site elan-en trinité (et aujourd'hui « www.mauricezundel.net »)depuis plus de 3 années, ont pu amener quelques-uns, sinon beaucoup, à une semblable conversion.
D'où la question combien délicate : manque-t-il quelque chose d'essentiel dans l'enseignement théologique courant encore dans l'Eglise ? Question infiniment difficile quand on voit que ceux qui le dispensent sont des personnes de tout premier plan, plus que valables, et remplies de la meilleure volonté, et quand on est et reste certain que cet enseignement classique est indispensable.
L'irrationnel , il faut le remarquer, n'est pas seulement dans la mystique, il est dans la Bible, il est dès le début du nouveau testament, car comment peut-il se faire que, lorsque Dieu s'incarne, il naisse dans la plus grande pauvreté et meurt sur la Croix dans le dénuement le plus total ? Cela défie le bon sens le plus commun qui toujours se représente d'abord Dieu comme un être infiniment riche puisque créateur de toutes choses.
J'en suis venu à penser que, contrairement aux premières apparences, et tout à fait en contradiction avec elles, le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu pauvre, le Dieu découvert dans l'expérience chrétienne authentique, est parfaitement conforme à la raison humaine. Mais il faut aller beaucoup plus loin et pour cela il faut par exemple lire et relire l'admirable texte « sité » hier, et beaucoup d'autres du même acabit, en se disant et redisant qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Celui-là, et qu'il est le seul capable de combler notre cœur et toute notre personne. Toute la question reste du comment de l'assimilation de ce Dieu-là.
... De grands esprits comme Luc Ferry et Comte-Sponville, et bien d'autres, auraient sans doute évolué autrement dans leur pensée s'ils avaient assimilé en profondeur l'essentiel de la mystique zundélienne. Si l'on en devient familier, on s'aperçoit vite qu'elle fait s'évanouir toutes les principales objections contre le christianisme.



Saint François d'Assise. Oraison :

« Dieu, notre Dieu, Dieu éternel surgissant et jaillissant Esprit, Fils et Père, Dieu infiniment dépouillé de soi en chacune des personnes divines, Dieu qui a suscité dans ton Eglise François d'Assise ami, chantre et époux de la pauvreté divine, donne à ton Eglise, donne à chacun de ses membres, l'intelligence profonde de la pauvreté de Dieu. Par l'intercession de François que nous apprenions comment dans l'Eglise assimiler et vivre cet immense mystère ! par Jésus-Christ, le grand pauvre, incarnation parfaite de la pauvreté divine et le grand vivant de vie éternelle avec le Père et l'Esprit pour les siècles des siècles. Amen.


A la fin de la lettre de François à tous les fidèles on peut lire : « Que tous ceux qui agiront ainsi et persévéreront jusqu'à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux habitation et demeure, et ils seront fils du Père céleste dont ils font les œuvres, et ils seront époux, frères et mères de Notre Seigneur Jésus-Christ. » (dans « la liturgie des heures », tome IV, page 1054)

On lira avec profit la 4ème conférence de M. Zundel donnée au mont des Cats en décembre 1971. Elle a déjà été « sitée » du 13 au 16/06/06. Il nous parle de l'Islam et de « la respiration que donne la rencontre avec le Dieu trinitaire », et du problème du mal, « blessure faite à Dieu ».

« Le Dieu chrétien, le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ, ... ce Dieu éternel ne peut être qu'un Dieu qui se communique et qui n'a de contact avec lui-même qu'en se communiquant, c'est donc un Dieu libre, un Dieu libre de soi, c'est un Dieu qui peut nous libérer de nous-même, un Dieu qui nous enseigne notre liberté et nous la communique, un Dieu qui est le ferment de notre libération, un Dieu présent qui nous appelle à cette forme de sainteté incomparable qui est d'être libre de soi. »