Août 2008

textes publiés en août 2008.

Homélie de M. Zundel, il a ici 40 ans, à la Messe du 20 août 1937 pour la fête de saint Bernard, docteur de l'Eglise, (d'après des notes).

« Saint Justin disait : " Je voudrais qu'aucun homme ne s'écarte de la doctrine du Sauveur ». Justin avait une immense avidité de connaître et de savoir. Après avoir vainement cherché la vérité dans les écoles de philosophie,

il rencontre un jour un chrétien qui l'initia au christianisme en lui parlant de Jésus. Alors, en un seul coup, il se tourna vers le Christ, embrassant la philosophie supérieure de la sagesse de Dieu à laquelle il donna sa vie en témoignage.

Par définition, un docteur de l'Eglise est celui qui répète ces mots : "Je voudrais que chacun eut les mêmes sentiments que moi et ne s'écartât jamais de la doctrine du Sauveur."

Toute la signification de la fête que nous célébrons aujourd'hui, celle de Saint Bernard, docteur de l'Eglise, tient dans ces mots "Je voudrais que chacun eût les mêmes sentiments que moi et ne s'écartât jamais de la doctrine du Sauveur. »

Vous vous rappelez que Saint Bernard lui-même, au coeur de son adolescence, fait la rencontre du Christ, s'enthousiasme du Christ, ne veut plus que Le servir Lui seul et se retire dans la solitude afin d'écouter la Vérité même. Sa famille s'oppose à son dessein et s'élève contre lui pour l'empêcher de partir, mais il est plein de cette Parole de Dieu, et, illuminé de cette Vérité, il les convainc tous et entraîne avec lui trente jeunes gens à Citeaux pour être moines. Et pendant toute sa vie, souvent tumultueuse, malgré les agitations et les soucis, il écoutera l'Unique Parole,,,s'en nourrira, en vivra et la fera rayonner autour de lui.

Il écrira une multitude de lettres toutes pleines de son amour, il deviendra un docteur de l'Eglise, c'est-à-dire que l'Eglise reconnaîtra en lui, un homme qui est parfaitement identifié à la Parole du Christ et qui en sera le témoin fidèle. Il faut que nous nous arrêtions un instant devant cette espèce de témoignage apporté par les docteurs.

Un docteur de l'Eglise n'est pas un homme de génie qui aurait besogné dans les lettres humaines et serait arrivé à force de travail à exprimer sa propre pensée, à nous imposer le sceau de sa personnalité ! un docteur de l'Eglise est avant tout un homme qui s'est effacé devant la Parole de Dieu, qui est devenu entièrement transparent à la lumière du Christ, qui a laissé la Personne du Christ primer en lui, en sorte que l'Eglise ne suit pas les docteurs parce qu'ils sont des hommes de génie et que leur personnalité s'impose - encore qu'elle puisse s'imposer à notre admiration - l'Eglise canonise ses docteurs parce qu'ils sont les témoins du Christ. En les suivant, nous suivons la Parole de Dieu. Il y a là une espèce de miracle infiniment merveilleux.

Il y a dans l'Eglise toute une suite d'hommes de génie qui ont été grands par une multitude de côtés, souvent, en effet, très profondément pénétrés de sagesse humaine et qui y avaient consacré des années de labeur et qui, pourtant, n'ont pas exprimé leur pensée, fruit de leur travail, mais la pensée du Christ, et se sont effacés devant la Parole du Christ. Il y a là, quelque chose d'unique au monde.

Lorsqu'un homme est arrivé à la maturité, que son intelligence entre en contact personnel avec la Vérité, il est naturellement tenté - et c'est une très noble tentation - de forcer, pour ainsi dire, le côté personnel de sa découverte afin qu'il apparaisse vraiment comme ayant trouvé quelque chose que personne avant lui n'avait découvert, afin d'imposer au monde un aspect de la Vérité jamais encore exprimé. Cela, c'est le train de la vie humaine, son élan même. Et c'est pourquoi il sera facile de découvrir dans les meilleurs auteurs, chez les plus beaux génies, une sorte de revendication d'avoir trouvé telle vérité le premier ou de l'avoir énoncée en telle ou telle formule.

Le grand miracle qui vient à notre rencontre dans la vie des docteurs de l'Eglise, c'est que, pour eux, ce souci n'existe plus, ils n'ont qu'un seul désir, c'est de s'effacer en la Personne du Christ et de conduire les âmes à la Vérité du Christ, de les faire vivre de la Parole du Christ, et c'est pourquoi la Vérité ne se mesure pas au génie ni au tempérament ! la Vérité, pour les docteurs, c'est de découvrir le Christ dans la mesure où ils se seront donnés eux-mêmes à Lui, où ils auront écouté dans le silence, où Ils auront laissé s'exprimer en eux la seule Parole qui est la Parole de Vie. Il leur faudra parfois ramer à contre courant, aller à rencontre de leurs plus chers désirs, du mouvement spontané de leur tempérament : pour eux, la Vérité n'est pas l'expression de leur vie, la Vérité est l'expression de la Vie éternelle en eux.

Nous en trouvons un exemple dans la vie de Saint Bernard, un exemple infiniment émouvant de cette fidélité à la Parole de Dieu, jusqu'au sacrifice de ses tendresses profondes et de son élan impétueux.Vous vous rappelez cette lettre de Saint Bernard aux chanoines de Lyon qui avaient introduit dans leur cathédrale la célébration de la fête de l'Immaculée Conception de Marie. Si quelqu'un avait le culte de la Vierge, l'amour de Marie, c'était bien Saint Bernard, mais bien plus qu'un tempérament impétueux, qu'un ardent serviteur de la Vierge, il était, avant tout, un homme d'Eglise, c'est-à-dire un homme totalement identifié à la Personne de Jésus, pour qui le seul critère était : quelle est la Parole du Christ, l'enseignement de Jésus ?

Or, devant cette nouveauté, une question se pose à lui, une question qui arrêtera pendant des siècles bien des fervents serviteurs de Marie : que la Vierge n'ait jamais péché, n'ait pas commis de fautes personnelles, que sa volonté ne se soit jamais séparée de Dieu, cela tout le monde l'admettait, mais si la Vierge ne portait pas la faute originelle, n'était-elle pas en dehors de la Rédemption ? Alors il n' était plus vrai que le Christ fut le Rédempteur de tous les hommes, puisque la plus sainte était mystérieusement exclue du mystère de la Croix.

Pour Saint Bernard une vérité s'impose avant toute chose : l'universalité de la Rédemption. A cause de cela, il ira à rencontre de toutes ses tendances et écrira aux chanoines de Lyon une lettre sévèr, en leur demandant de rester fidèles à la tradition et de rapporter toutes choses au Siège de Pierre.

Nous savons bien que, lorsque après plusieurs siècles la question aura mûri, elle s'épanouira dans la direction qui est celle chère au coeur de Saint Bernard, et le dogme de l'Immaculée Conception sera l'affirmation de l'universalité de la Rédemption, la Vierge étant la première de tous les rachetés, plus que tous les autres, car elle aura été prévenue par la grâce de Dieu, en vertu de la médiation du Christ, par son ordination à la Personne de Jésus dès le premier instant de son existence, et cette ordination n'a pas été interrompue : dès le premier instant de sa vie, elle a été consacrée à Lui, revêtue de Sa sainteté et n'a pas été un seul instant séparée de Dieu.

Nous voyons comment Saint Bernard, parce qu'il était homme d'Eglise, c'est-à-dire totalement consacré à la Personne du Christ, comment il a su faire taire l'élan de sa piété pour garder sa fidélité à la Personne du Verbe de Dieu.

Un docteur de l'Eglise est celui qui s'est effacé devant la Parole du Christ pour laisser luire en soi, la Personne du Christ, le rejaillissement en soi, de la Vie du Christ.

Remarquez que, dans l'oraison des docteurs, l'Eglise déclare que les docteurs ont été pour nous les ministres de la Vie, qu'ils n'ont pas apporté une doctrine d'homme, une pensée d'homme, mais la Parole qui est la Vie de Dieu.

Nous voulons ce matin demander que cette Parole par qui tout a été fait, luise dans les ténèbres, que cette Parole luise en nous car nous avons besoin, plus que jamais, de retourner à la source, d'être délivrés de nous-mêmes, de nos limites, de n'être pas les disciples de tel ou tel philosophe, mais les disciples seulement de l'éternelle Vérité, de cette Vérité qui est Dieu Lui-même : le Christ. Cette Vérité n'est pas loin de nous, mais au-dedans de nous, et c'est nous, qui ne sommes pas au-dedans.

Demandons à Jésus de nous mettre au-dedans afin que notre âme resplendisse de la Lumière de Dieu, et que s'ouvrent pour nous, au dedans, les Portes de la Lumière. »




Il est impossible d'aborder ce monde dans sa réalité sans l'aborder avec respect et amour afin de retrouver en lui la pensée divine. La vie intellectuelle est une des choses les plus essentielles, les plus nécessaires. Notre esprit a besoin de cette nourriture de l'esprit plus encore que de nourriture corporelle.


3ème conférence de M. Zundel (d'après des notes) donnée à Bourdigny en août 1937. Début.

« L'homme des cavernes, contre les parois de sa demeure repro­duisait l'image des bêtes qu'il chassait, l'image du bison, l'image du renne, l'image du mammouth. Il a voulu avoir sous les yeux, dans sa ca­verne, ces bêtes familières afin de les contempler. Pourquoi ?
Parce que cette restitution qu'il se faisait à lui-même des bêtes qu'il chassait, est en réalité une autre vision qu'il a sous les yeux ; ce qu'il voit d'une perception visible, son esprit le voit d'une perception intérieure. Dans ces animaux il a saisi, sans peut-être s'en rendre compte, un certain mystère, une certaine présence, une pensée, et il a essayé de dessiner sur les murs des parois de sa caverne cette vision de son esprit.
Il suffit d'une légère inflexion, d'un signe, pour que tout le spectacle qu'il a devant les yeux deviennent maintenant un spectacle intérieur, nourrisse son rêve et lui permette d'entrer dans le royaume de la beauté. C'est ainsi que l'art a commencé et, poursuivant son effort, a essayé d'exprimer dans la matière, une vision intérieure. C'est comme un « recréement », (une re-création) de la matière en quelque manière qui pourra s'ouvrir à la vision de l'esprit.
Et c'est une chose magnifique que les hommes les plus primi­tifs ressentent ce besoin et le ressentent parce qu'ils étaient des hommes, et par conséquent ils avaient cette noblesse de l'esprit, cette vocation divine, en eux, cet appel de Dieu, à travers les apparences de la nature, ils communiaient à la pensée de Dieu. Et ce que l'artiste poursuit à travers toutes les formes de la matière, les savants n'ont cessé de le poursuivre à travers leurs efforts, restituant sans cesse par là, le monde à l'esprit. Il faut bien se rendre compte de toute cette oeuvre immense qui est une partie essentielle de notre collaboration aux oeuvres de Dieu.
Si nous regardons le monde, nous comprenons qu'il nous est proposé, et non offert, comme un chef d'oeuvre du Père céleste, de l'ar­tiste divin, il est un chef d'oeuvre de tendresse et d'amour, et par conséquent, il est impossible d'aborder ce monde dans sa réalité sans l'aborder avec respect et avec amour, afin de retrouver en lui la Pensée divine.
On peut se demander s'il ne serait pas plus simple d'aller directement à Dieu, et pourquoi il faut perdre tant de temps dans l'étude des phénomènes et les explications de la nature, mais ?
Vous savez que l'auteur de l' "Imitation" a des pages assez dures contre ces chercheurs qui perdent leur temps à acquérir des notions sur les phénomènes et qui oublient de se tourner vers Dieu. Mais cette opposition est un peu artificielle et dangereuse, car, après tout, quel autre moyen avons-nous de connaître Dieu, sinon par la nature et par nous-même, sinon par cette Création (1) dont nous par­tons avant même de savoir qu'il y a un Créateur?
Si nous ne suivions pas la trace de Dieu dans la création, est-ce que Dieu ne risquerait pas de devenir une idole, une image stati­que, immobile, que nous nous serions faite, créée par notre esprit ? Dieu n'est pas cet être statique et immobile. S'il ne change pas en Lui-même, il faut qu'en nous Il change sans cesse et que chaque jour la connaissance que nous en avons s'approfondisse, que cette vision devienne plus pure et plus aimante.
La recherche des phénomènes n'est pas un obstacle a Dieu, mais ce qu'elle a de pathétique - que ce soit la recherche du savant ou celle de l'artiste - c'est qu'elle est, comme je le disais tout à l'heure, une restitution de l'esprit dans l'univers et de l'univers à l'Esprit, ce qui est la même chose.
Pourquoi prend-on tant de soin des chefs d'oeuvre qui sont, pris en eux-mêmes, un peu de matière, souvent de matière très déficiente, afin de les préserver de tout accident ? Pourquoi construit-on des palais pour les abriter ?
Parce que ces chefs d'oeuvre, ce peu de matière, est tellement pénétré du souffle de l'Esprit qu'il est devenu le sacrement de la pensée, qu'il est devenu l'ostensoir de la Beauté et qu'on ne peut plus voir ces oeuvres et cette matière qu'à travers toute la lumière de l'Esprit et tout le resplendissement de la Beauté.
Celui-là est un barbare qui ne s'arrête avec respect devant ces chefs d'oeuvre et qui les traite comme une chose au lieu de les traiter comme une personne et d'en prendre soin comme de l'expression de la pensée, comme du sacrement de la Beauté.
Eh bien, de la même manière, celui qui ne s'arrête pas devant l'univers avec amour, il est un barbare puisqu'il ne voit pas en cet uni­vers une personne, puisqu'il n'y voit qu'une chose et non une tendresse, un amour qui vient à notre rencontre. Il y a donc dans les oeuvres de la science, un effort de l'homme pour connaître. Il y a là, une espèce d'intuition de l'esprit qui sent qu'il est appelé à collaborer à la création.
Si le monde est une pensée, s'il porte le rêve de Dieu, s'il est plein de Dieu, pour le connaître et l'aborder, il faut le faire du dedans, afin de retrouver cette pensée, et les savants créateurs, ceux qui ont pensé le plus personnel­lement, sont aussi ceux qui ont abordé l'univers avec le plus de respect et le plus d'amour.
Louis de Broglie, qui est le créateur de la mécanique ondu­latoire, dit qu'il faut aimer la science parce qu'elle est une grande oeuvre de l'esprit, parce qu'elle peut chanter l'esprit. Ce qui est magnifique, c'est son effort, cette tension de l'esprit vers l'Esprit, à la trace de l'Esprit de Dieu; cet effort de la pensée humaine vers la Pensée de Dieu, cette montée. Et c'est ainsi que s'impose à nous le respect de la con­naissance, le respect des gens voués à la recherche, à la pensée dans le monde, et ce désir, chacun pour notre part, de connaître pour com­munier plus parfaitement à la pensée divine, pour entrer plus avant dans l'Amour de Dieu.
Ce n'est pas par hasard que l'Académie des Sciences est située au Vatican, près du musée, comme un complément de ce musée, pour affir­mer que le catholicisme ne peut pas ne pas bénir et aimer la science, qui, comme l'art, va dans la direction de l'Esprit et s'applique à faire la rencontre avec Dieu.
On est porté à penser, parfois, que la vie intellectuelle est une chose secondaire, que c'est une espèce de luxe ! Eh bien non, non ! parce que c'est une des choses les plus essentielles, les plus nécessaires. Notre esprit a besoin de cette nourriture de l'esprit plus encore que de nourriture corporelle. On peut se passer de manger, on ne peut s'empêcher de penser et de connaître, parce qu'on ne peut pas être un homme, c'est-à-dire un esprit, une intel­ligence, sans éprouver ce besoin d'aller vers la Lumière. » (à suivre)

Note (1). Heureux commentaire de Romains, 1,19. Nous constatons déjà sur la terre, quand il s'agit de l'homme, que ce qu'il crée, en quelque sorte lui ressemble, du moins est en conformité avec ce qu'il est.

Suite 3 et fin de la 2ème conférence de retraite donnée par M. Zundel à Bourdigny en août 1937.

Reprise du texte : « il y a mille manières de contempler et de connaître, pourvu que nous apportions tous, au monde, ce regard chargé de respect, d'humilité et d'amour, nous entrerons en contact avec la pensée-source dans la mesure où chacun de nous aura senti qu'il doit prendre l'univers en charge, traiter le monde comme une personne et non comme une chose, comme un chef d'oeuvre de la pensée de Dieu. »
Suite du texte : « Il va de soi - si la connaissance a toute cette noblesse, comme l'art - il va de soi, étant donné ce que nous sommes, que sa corruption est ce qu'il y a de pire, la connaissance, étant donné notre imperfection, peut être en nous cette corruption de l'orgueil, cette luxure de l'esprit, cette complaisance en soi-même, le recourbement de tout ce rayonnement. Il n'y a pas de faute plus grave et plus dangereuse que celle-là parce que la corruption de ce qu'il y a de meilleur est ce qu'il y a de pire. C'est ce qui fait condamner par l'auteur de "l'Imitation" ces hommes qui se tournent vers la recherche au lieu de se tourner vers Dieu, au lieu de se tourner vers la Source et d'entrer en contact avec la Vérité.
Il est donc vrai que la connaissance peut devenir un abus effroyable. Au lieu que la connaissance fasse monter l'univers à cette union avec l'esprit, à une communion avec Dieu, une communion avec la Lumière, elle se sert frauduleusement de l'univers pour sa propre fin et arrive à faire de cette lumière même l'instrument de son propre égoïsme. Rien n'est plus facile que ce glissement. Rien n'est plus difficile que l'élan qui monte, il requiert le don de tout nous-même. La retombée est une chose facile, elle est à la portée de tous. Nous sommes tous exposés, dès lors que nous nous ouvrons à la connaissance, à ce refus de la lumière.
Il n'est pas possible d'entrer vraiment en communion avec l'Esprit-Saint sans devenir soi-même esprit, sans se dépouiller de ses scories, sans mourir à soi-même, sans devenir le vitrail du moi opaque qu'on était, et, pour que l'âme laisse resplendir la Lumière dans la joie et dans la pureté, il faut une mort à soi-même, il faut qu'il n'y ait en nous aucun degré de l'ombre, ni de la mauvaise foi.
Il y a un certain degré d'appropriation et d'égoïsme qui nous empêche de recueillir la Lumière, elle nous gênerait ! nous ne vou­drions pas voir toutes ces richesses afin de ne pas déranger les habi­tudes de notre vie.
Il y a longtemps que cette notion fondamentale vous est connue, cette espèce de pente, de sympathie, qui fait que vous allez vers certaines doctrines, que vous avez une certaine vision du monde qu'il vous est impossible de changer. A moins d'une profonde transfor­mation, il nous est impossible de voir le monde autrement qu'avec nos "fenêtres". C'est là un problème extrêmement grave.
Il faut que nous apprenions l'humilité dans nos rapports avec autrui, que nous ne soyons pas captifs des mots, que nous cherchions ce qu'il y a sous les mots, au-delà des mots, que nous sachions que les autres ont leurs mots, que leurs "fenêtres" ouvertes sur le monde sont autres que les nôtres. Ils ne peuvent refléter dans leur conversation que cette vision qui est la leur.
Nous avons vu souvent, au cours de cette année pleine d'an­xiété, pleine de sang, nous avons pu nous rendre compte de cette option fondamentale, il suffisait d'ouvrir les journaux pour se rendre compte que ce décret-loi applique à toute information le test et le critère de ses propres désirs, qu'il transforme les événements au gré de ses propres rêves afin que ces événements soient la justification de son option fon­damentale.
On aurait pu croire que tel journal s'amusait à mentir alors qu'en réalité chacun était tendu vers l'information avec ses propres désirs, tel un appareil de T.S.F. dont la puissance sélective ne s'accorde qu'avec certaines ondes : image de l'option fondamentale d'après laquelle l'esprit ne recueille dans l'information que ce qui lui est favorable, favorable à sa propre thèse. Il n'est pas besoin d'être de mauvaise foi, la sélection se fait d'elle-même.
Les choses que vous ne voulez pas entendre, les choses qui vous blessent, vous êtes tentés de les affaiblir et vous finissez par donner aux événements le caractère que vous pouvez supporter.
Entendez bien ce que j'essaie de vous dire : il faut que nous nous rendions compte à quel point la vie humaine est difficile et menacée, guettée par la maladie, par tout ce qui est le lot de l'homme, et qu'alors il est bien naturel que l'homme cherche une sécurité, un point d'appui qui lui permette de respirer et de subsister.
Vous vous rappelez comment Péguy tournait en dérision ces petits bourgeois de la troisième république qui commencent par faire un placement à la caisse d'épargne - quand un enfant leur naissait - afin que cet enfant, devenu vieillard, ne fut pas privé du nécessaire. Ainsi, la première préoccupation de ces petits bourgeois devant un ber­ceau était l'image de la vieillesse. Il était facile d'ironiser contre cette prudence, mais cette prudence a un côté tragique, émouvant.
Quoi de plus désespéré qu'une vieillesse sans sécurité, à la charge d'autrui ! et l'on comprend très bien que ceux qui ont vu la menace de près aient voulu éviter à leurs enfants cette misère matérielle, misère si effroyable et qu'il suffit d'avoir vu de près pour se rendre compte combien elle peut être la source d'autres misères infiniment graves et tragiques.
Eh bien, dans le domaine de la vie de l'esprit, il y a en effet tant de menaces, tant d'insécurité, que l'homme a besoin de "boucler la boucle" au milieu de ce monde chargé de mystère, l'homme a besoin de se don­ner une réponse qui le laisse satisfait et lui permette de vivre une vie tranquille, non pas une vie tranquille paresseusement, mais tranquille à l'abri de l'épouvantable mystère qui pèse sur lui. Il a besoin de se donner une réponse, de prendre telle position et il ne peut pas tous les matins remettre tout en question.
Alors tous les hommes, quelles que soient leurs "fenêtres" - qu'elles soient rouges ou qu'elles soient vertes, qu'elles soient du matin ou du soir - tous les hommes construisent une certaine métaphysique, se sont donnés une sorte de réponse qui commande toutes leurs attitudes. Il est impossible de remettre en question tout cet édifice, tous les matins, sous peine de ne pouvoir vivre humainement.
Il faut comprendre ce côté tragique de la connaissance qui est une lutte parce que l'homme a plus besoin de la pensée qu'il n'a besoin de pain. Il lui est plus vital encore d'avoir une certaine sécu­rité du côté de l'espérance que du côté du pain.
Il est nécessaire que nous gardions cette vérité en l'esprit, que nous ayons en vue tout ce côté tragique de la vie pour ne pas être cruellement injustes, parce que nous ne pensons peut-être pas mieux que tous ceux-là.
Parce que nous avons limité la vérité aux dimensions de notre fenêtre, parce que nous avons fait de la vérité divine une posses­sion et un monopole, nous avons empêché les autres de s'approcher de cette vérité, parce qu'au fond les autres sont des hommes traqués par les nécessités de l'existence et qu'ils n'ont pas trouvé où reposer leur tête.
C'est donc là, pour finir, le dernier centre de tous ces conflits qui divisent l'humanité, cette option fondamentale des uns et des autres, cette position prise, par rapport à l'univers.
Sur un autre plan c'est ce besoin de connaître qui a néces­sité la création d'une certaine image du monde qui puisse rendre possible l'existence humaine., je sais bien que, dans le domaine de l'action, il y a un conflit terrible ! Dans l'action nous ne sommes pas seulement engagés nous-mêmes, mais le sont aussi nos familles, nos cités, certains biens supérieurs peuvent être menacés d'une façon tellement immédiate que l'on soit obligé d'entrer dans une offensive massive contre certaines erreurs qui menacent la subsistance même de la vie.
Le cardinal Mercier s'est trouvé dans ce dilemme, il avait le cœur assez large pour n'en exclure personne, aucune des âmes contre lesquelles il était obligé de s'élever. Il savait parfaitement bien que de laisser passer (par la Belgique) ceux qui avaient foulé un territoire neutre (les allemands pendant la 1ère guerre mondiale), c'eût été épargner à son pays la dévastation et la ruine, c'était la solution facile, la solution matérielle, mais c'était aussi trahir l'honneur ! Il savait que, matériellement, son petit pays ne pouvait lutter contre la force d de l'envahisseur ! mais il savait aussi qu'il n'y a aucune commune mesure entre la force ET la justice et la vérité, et c'est cela qu'il a défendu pendant quatre ans, proclamant à la face de l'univers que son pays aimait mieux mourir que trahir la justice. Il savait très bien qu'il fallait maudire la force en la main de l'homme mais qu'il faut parfois l'incarner dans la force des armes pour le service de la justice.
C'est là le problème le plus tragique devant lequel puisse se trouver un contemplatif, un homme universel et qui a le sens catholique comme l'avait ce grand évêque, mais il a su, dans des frontières humaines, faire triompher une justice plus qu'humaine.
Je sais tout cela, mais ce qu'il ne faut jamais se permettre, c'est que cette action devienne maîtresse de notre esprit : il ne faut pas, si nous sommes obligé de prendre parti, que notre esprit devienne partisan, s'obscurcisse lui-même et se limite, le conflit est plus subtil et délicat, à cause de cela c'est plus important. »
Fin de la 2ème conférence.


Suite 2 de la 3ème conférence de retraite donnée par M Zundel à Bourdigny en août 1937. (D'après des notes prises en sténo.)

Reprise du texte : « On est porté à penser, parfois, que la vie intellectuelle est une chose secondaire, que c'est une espèce de luxe ! Eh bien non, non ! parce que c'est une des choses les plus essentielles, les plus nécessaires. Notre esprit a besoin de cette nourriture de l'esprit plus encore que de nourriture corporelle. On peut se passer de manger, on ne peut s'empêcher de penser et de connaître, parce qu'on ne peut pas être un homme, c'est-à-dire un esprit, une intel­ligence, sans éprouver ce besoin d'aller vers la Lumière. »
Suite du texte : « Et notez encore ceci, car c'est un aspect plus émouvant encore du mystère de la connaissance, c'est que l'artiste ne peut pas créer sans vaincre une certaine résistance, il prend une matière rebelle et il inscrit dans cette matière son rêve, et il est en lutte avec cette matière jusqu'à ce qu'il l'ait pénétrée profondément, qu'il l'ait soumise à son esprit, afin qu'elle réponde à tout son rêve.
On ne peut faire une statue avec de l'eau mais on la fait avec de la pierre, avec du marbre, avec quelque chose qui se rebelle, afin de pouvoir l'assouplir, c'est-à-dire avec une matière que l'on transfigure, que l'on élève avec soi, que l'on assume jusqu'au plan de l'esprit.
L'oeuvre d'art a ce caractère de faire monter la matière au plan de l'esprit et de lui imprimer le sceau de la tendresse de Dieu, tellement que la matière elle-même se mette à vibrer au contact de l'es­prit et entre dans sa vocation qui est d'exprimer exclusivement la Pensée divine. Cette oeuvre de l'artiste est en tous points la nôtre.
Il n'y a généralement pas de génie créateur, pas de grand penseur ou de grand théologien, qui ne se soient penchés avec amour, qui ne se soient agenouillés avec respect devant la nature, devant l'univers de Dieu, parce que, pour que l'étincelle jaillisse, pour que le courant avec Dieu soit efficace et authentique, il fallait d'abord prendre cet univers, l'assumer et le faire monter au plan de l'esprit, afin d'aller à Dieu non pas tout seul, mais après avoir pris l'univers en charge, et je voudrais que vous compreniez cette pensée, que l'homme a la charge de l'univers, qu'il ne peut pas se sauver tout seul, il faut qu'il sauve tout l'univers, toute la nature, toute l'histoire de la vie, il faut que, sur le plan de la connaissance, il recueille toute cette histoire d'une pensée qui s'ignorait, et qu'elle devienne en lui, une flamme vivante, un chant de joie et d'amour.
Le savant est donc celui qui prend l'univers en charge, qui lui offre la lumière de son esprit afin que l'univers devienne esprit et revienne à la Pensée créatrice à travers l'élan de la pensée humaine qui a déchiffré la Pensée créatrice au sein de cette matière dont il a pris la charge. Si vous voyez le travail de l'esprit dans cette lumière, il vous apparaîtra comme infiniment sacré.
Si Proust se rebellait ainsi contre ceux qui interrompait sa conversation avec son âme, c'est qu'il pensait que son âme valait mieux que toutes les conversations du monde. Il disait : "Lorsque je sors de la conversation avec mes amis, je vois que j'ai moins d'amis que dans cette conversation solitaire avec mon âme." C'est la revendication de l'artiste demandant qu'on le laisse à sa solitude afin de pouvoir entrer dans cette conversation infiniment féconde qui lui permet de communiquer avec la Beauté pour ensuite en faire part aux autres.
On peut penser que c'est peut-être estimer bien peu la con­versation humaine., sans doute ! c'est une question de mesure infiniment difficile à garder, et l'on comprend cette revendication de celui qui est entré en communication avec la Beauté, car c'est cela sa vocation, c'est d'écouter et d'imprimer à la matière le sceau de cette Beauté. On com­prend cette souffrance qu'il éprouve à être constamment dispersé par des conversations vaines qui le détournent, l'empêchent d'écouter la Parole intérieure, source de tout l'univers.
Il ne faut pas penser que, lorsque le savant ou l'artiste se retire du commerce humain, il ne faut pas penser qu'il s'enferme dans une tour d'ivoire en égoïste ! il obéit le plus souvent à une vocation intérieure grave et tragique - comme la vocation du Chartreux - non pour se refuser aux hommes, mais parce qu'il se doit d'abord à l'unique nécessaire, et c'est dans cette solitude qu'il le trouve, dans cette solitude qu'il devient une source pour l'humanité.
Il est donc un travail de l'esprit qui est une première for­me de l'obéissance, sans laquelle il n'y a pas de connaissance : travail de l'esprit dans la solitude, qui est un appel même de l'Esprit-Saint qui va faire entrer le savant dans cette conversation solitaire et se révéler à lui pour qu'il puisse répandre toute cette lumière et cette plénitude. Et il le fera d'autant plus qu'il sera plus solitaire et plus recueilli.
Il faut donc, que nous tenions compte de cette vérité, de cet élément et que nous respections la recherche de tous ceux qui ont été appelés à cette solitude, qui ont besoin de cette solitude, non pas par un caprice égoïste, mais, tout simplement, pour réaliser leur vocation.
La vie intellectuelle n'est pas un luxe, pas plus que la vie artistique; elle est plus essentielle à la vie de l'humanité que la vie du laboureur, parce que l'homme ne vit pas seulement de pain. Il ne lui servirait de rien de regorger de pain et de confort si la flamme s'é­teignait, si le foyer de la vie de l'esprit n'était plus alimenté, si les hommes s'étaient détournés de la Parole de l'éternelle Vérité. Vous voyez la place immense que doit avoir dans notre vie la connaissance.
Je ne dis pas que chacun doit s'appliquer aux mêmes choses, cela n'est pas du tout nécessaire, et il y a mille manières de contempler et de connaître, pourvu que nous apportions tous, au monde, ce regard chargé de respect, d'humilité et d'amour.
Nous entrerons en contact avec la pensée, source, dans la mesure où chacun de nous aura senti qu'il doit prendre l'univers en charge, traiter le monde comme une personne et non comme une chose, comme un chef d'oeuvre de la pensée de Dieu. » (à suivre)

Début de la 4ème conférence donnée à Bourdigny en août 1937.

Il se peut que ces textes, pleins de sens mais dont le sens est parfois difficile à saisir, ne soient pas tout à fait fidèles à ce qu'a dit M. Zundel.

« Un des grands miracles qui se proposent à notre admiration est l'invention du langage.
Nous sommes habitués à un certain langage que nous ne re­gardons pas de très près, dont nous ignorons la plupart du temps les origines, dont nous méconnaissons les racines profondes, et nous ne savons pas nous rendre compte du génie prodigieux qu'il a fallu pour construire notre langage, pour exprimer l'univers dans les mots et pour, en s'appuyant sur des mots sensibles, inventer un langage capable d'ex­primer l'esprit.
Si l'homme est petit et misérable par certains côtés, il est par ailleurs d'une grandeur et d'une beauté vraiment magnifiques, et il l'est précisément dans cette révélation, dans cette création du langage.
Lorsqu'on étudie les langues étrangères, parce qu'on est obligé d'examiner les mots en eux-mêmes, de les scruter à la loupe, on se rend compte des trésors d'invention qui ont été dépensés dans la création du langage.Prenez deux ou trois racines hébraïques pour exprimer le sentiment du péché : le sentiment du péché est une notion toute morale, comment à partir de ce mot sensible va-t-on concevoir la notion du péché ? Quelle image va-t-on en donner ?
Une première image contenue dans le mot "Htah" qui signifie faire un faux pas, chanceler, manquer le but, être renversé, ruiné. Une autre image « être courbé » : "Awh", c'est une autre direc­tion qui laisse jouer l'image dans un autre climat et qui fait résonner la notion du péché dans une autre atmosphère. Il y a une troisième conception : R a = faire du bruit, mettre en pièces, rompre l'harmonie. Voila comment toutes ces racines, chacune à sa manière joue, crée une résonance, une irradiation, une lumière pour entraîner l'esprit, le faire se dépasser lui-même, quitter l'ordre sensible et entrer dans le domaine spirituel.
Prenez une autre notion très difficile à exprimer : celle d'éternité. Comment ces peuples vont-ils exprimer cette idée si profonde ? Ils prendront le mot « masqué », « dérobé », et ils donneront au mot "Olam" la signification : qu'on ne peut définir, une chose qu'il faut renoncer à comprendre, une chose qui est vierge. Vous voyez qu'il y a, simplement dans le fait de remonter à la racine des mots, toute une poésie et que l'on sent une espèce d'ascen­sion mystérieuse du langage qui part de l'expérience de la vie quotidienne pour aboutir à cette merveilleuse invention des notions spirituelles. C'est une grande affaire que le langage.
Il y a au deuxième chapitre de la Genèse, un passage très émouvant, celui où il est dit que Dieu conduisit les animaux à Adam, pour voir comment il les nommerait, et, quel que fût le nom qu'il leur donnât, c'est ce nom qui serait le leur. C'était donner une importance capitale à ce fait de nommer.
Nous avons dans le langage, une certaine imagination de l'u­nivers. Il y a là, un moyen admirable de situer les choses par rapport à la pensée et de conférer un statut personnel aux créatures. La créature n'est pas anonyme : elle a un nom. Le psalmiste dit que Dieu a appelé les étoiles, chacune par leur nom et qu'elles ont répondu : présentes. Il les a appelées par leur nom ... Vous voyez cette rencontre admirable entre Dieu et ses créatures !
Les créatures ne sont pas anonymes, elles vivent de la vie de Dieu. La création émane de la pensée divine et par conséquent elle est toute pleine de résonances spirituelles, d'irradiations spirituelles. Pour l'aborder et la reconnaître, il faut la nommer, lui donner un statut personnel, la tirer de son anonymat, la baptiser dans notre intelligence afin que nous la rapportions à l'esprit.
Le langage est le commencement de la connaissance et aussi le commencement de la rédemption.
Vous vous rappelez cette admirable prosopopée de l'épître aux Romains où il est dit que le monde, que toute la nature, est dans le gémisse­ment en l'attente du Sauveur. Oui, toute la nature est gémissante, asservie au désordre malgré elle, elle a dû être l'instrument du mal, et toute cette nature gémit dans l'attente de la révélation du Fils de Dieu ! il y a donc dans la nature rejetée dans l'anonymat une espèce d'aspiration à un statut personnel qui commence à se réaliser lorsque dans un langage approprié, nous nommons les choses par leur nom propre, et que nous essayons de les confronter à l'esprit.
La connaissance, qui s'origine dans le langage, commence à accomplir la rédemption du monde, à réaliser ce gémissement de l'univers, cette vocation de l'univers telle qu'elle est dans la Pensée de Dieu.
L'univers n'est pas composé de choses, mais c'est le chef d'oeuvre de la pensée de Dieu, de Son Amour ! et l'univers ne peut être abordé que dans la lumière de l'esprit. Lorsqu'il baigne dans l'amour, le langage prend toute sa valeur, il est la première connaissance, la première rédemption, la première philosophie - tant de gens n'en ont pas d'autre que celle transmise par le langage - et aussi une première source de vérité, mais hélas, aussi très souvent une première source d'erreur.
Les mots ont une certaine qualité, une certaine résonance, ils décrivent certains remous. Il suffit d'orienter la pensée à l'aide de certains mots pour (faire passer sans heurts l'erreur); prenez le mot de « birth control », ce mot si admirable et que tout le monde tolère couvre cependant une chose si dangereuse : Quel euphémisme pour parler d'une méthode anti-conceptionnelle ! Quelle innocence ingénue rappelle ce mot candide et grâce auquel on pourra répandre ces pratiques, les faire envisager par des gens honnêtes qui finiront par donner dans le panneau et frauder dans leur vie conjugale.
Prenez, dans un autre domaine, plus récemment, ce mot de " pause ", changement de politique. Mot ouvert du côté bourgeois pour donner confiance et dire : maintenant nous allons mettre un peu d'eau dans notre vin, nous ne pensons plus à la révolution, mot ouvert du côté front populaire : attente qui doit per­mettre une reprise et une nouvelle avance. La pause, mot admirable, chef d'oeuvre de concision.
Prenez un autre mot plein de dynamisme : le mot "fascisme". Il suffit de prononcer ce mot pour condamner un homme. Le mot de " commu­niste" provoque aussi la même réaction.
Nous pensons à ces grands mots de l'Ecriture, au don de la Révélation.
Le dynamisme du langage ... le langage a une immense puissance, il crée des remous, entraîne les esprits dans certaines directions.
Le langage est la première philosophie, la première source d'information et aussi la première source de vérité et d'erreur. » (à suivre)