Juillet 2008

Textes publiés en juillet 2008.

L'Assomption et L'immaculée conception de Marie.

Zundel a dit :

" Elle est d'abord la fille de Son Fils. "

" Le centre du culte marial, c'est le Christ. "

" Marie devait, comme toute créature humaine, être assujettie au péché de l'origine, mais cette obligation a été prévenue par le choix de Dieu qui faisait refluer sur elle la grâce du Christ, une grâce qui prévient en elle ce péché originel qu'elle aurait dû contracter en raison de sa descendance à partir du premier Adam. En sorte que Marie a été plus rachetée que tous les autres puisqu'elle a reçu en surabondance la grâce divine qui non seulement a effacé en elle le péché originel, mais l'a prévenu.

Marie est la première des rachetés, et c'est par là que se réalise la magnifique intuition de Dante - "Elle est la fille de Son Fils."

Marie est la fille de Jésus dans l'ordre de la grâce qui va chez elle jusqu'aux racines de la personne et qui atteint le premier instant de son existence pour l'ordonner à Jésus, afin de faire d'elle le vivant berceau de Jésus dont elle deviendra la mère par la surabondance de sa contemplation, dans cette maternité de toute la personne qui fait d'elle la mère non seulement du Christ mais de tout le genre humain dans l'ordre de la rédemption.

Et on retrouvera cette ordination de Marie à Jésus dans le mystère de l'Assomption.

Le sens de la définition dogmatique du mystère de l'Assomption n'est pas du tout ce que l'on pense, c'est de recentrer une croyance présente depuis très longtemps à la conscience du peuple chrétien, c'est de recentrer cette croyance, de la recentrer dans la Personne de Jésus- Christ et de montrer que l'Assomption est un corollaire, une conséquence de cette appartenance totale de Marie a Jésus.

En effet, si Marie est marquée dans sa personne même par sa relation vivante à Jésus, si elle est mère toute entière et dès le premier instant de son existence en sa conception immaculée, c'est parce que Jésus est à un degré unique la Vie de sa vie. Comme en elle la personne est avant la nature, toute sa nature gravite dans cette lumière de Jésus et c'est pourquoi sa chair virginale deviendra féconde, parce qu'elle est toute entière pénétrée de cette Vie qui est Jésus.

...Marie est toute entière, et toujours et dès le premier instant, sans la moindre fissure, présente à la Vie de sa vie qui est Jésus, à cette Vie qui est notre vie, à cette Vie qui est sa vie éternelle et la nôtre, car la Vie éternelle, c'est Jésus vivant en nous, et d'abord Jésus vivant en elle. "

       Pour le 11 juillet 2008.    

 

       Suite 4 de la 1ère conférence de retraite M.Zundel à la clinique Bois-Cerf en mai 1973.

 

           Notre vie ne peut s'accomplir que sous forme d'offrande.

        « Nous l'avons vu - et il faut le redire - nous sommes toujours tentés de considérer l'humilité, la charité, comme des vertus qui s'ajoutent à nous, que nous devons conquérir pour être conformes à la volonté de Dieu, nous ne voyons pas que c'est notre existence même qui est enjeu : nous ne pouvons pas être des personnes, nous ne pouvons pas affirmer notre dignité, nous ne pouvons pas justifier notre invio­labilité autrement que dans ce passage du dehors au dedans qui est le passage du moi possessif au moi oblatif.

       C'est en forme d'offrande que notre vie s'accomplit et pas autrement, et, dès que nous voulons posséder quoi que ce soit, c'est fini, nous renonçons à exister humainement, nous sommes repris par notre gangue animale et nous sommes, comme tous les vivants, privés d'intelligence, nous sommes portés par l'univers et menés par lui.

       Notre seule chance d'humanité, c'est cela, c'est de décoller de

nous-même dans ce don total  que nous devons accomplir, bien sûr, justement en étant suspendu à la Présence Divine au plus intime de nous-même.

      D'ailleurs, tout cela, nous le savons par le Christ, c'est Lui qui nous l'a appris non seulement en nous révélant le nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, mais en vivant jusqu'à la mort de la Croix ce dépouillement libérateur, puisqu'on n'est libre qu'au moment où l'on est libre de soi.

      Donc l'humanité de Notre Seigneur, c'est l'humanité totalement libre d'elle-même, parce que totalement ouverte sur la personnalité divine qui la revêt et en fait le sacrement inséparable de sa révélation et de sa communication.

       La présence de Dieu dans le monde n'est jamais saisissable autrement que comme un événement qui est vécu par l'homme dans une transformation de l'homme.

      Quand vous vous émerveillez, voilà un événement qui vous transforme, qui vous libère, qui, pour un moment, détourne votre regard
de vous-même et le tourne vers "la Beauté si antique et si nouvelle
qui est toujours déjà là". Eh bien, pour Notre Seigneur, il n'y a plus de limites à cette mani­festation.

      Sans doute Dieu est en nous comme Il est dans l'humanité de Notre Seigneur, c'est nous qui ne sommes pas là. Si nous étions aussi présents à Dieu  que Notre Seigneur, nous serions Christ nous-même.

     Le Christ, c'est donc l'humanité qui subsiste, qui s'accomplit, qui se manifeste toujours pour le compte de Dieu parce que, justement, elle subsiste et elle est enracinée dans l'éternelle pauvreté.

     Toutes les croyances, disons tous les dogmes chrétiens, qui sont des expressions toujours plus précises du témoignage apostolique et donc  finalement de l'enseignement de Notre Seigneur lui-même, tous les dogmes chrétiens ont leur foyer dans ce dépouillement, dans cette pauvreté, dans cette désappropriation, c'est-à-dire,  finalement, dans la Trinité Sainte. Nous n'avons pas à croire autre chose ni à vivre autre chose que ce dépouillement infini qui est Dieu même.

      C'est pourquoi l'Evangile n'est pas une doctrine, l'Evangile n'est pas un système,  l'Evangile n'est pas une Weltanschauung, une espèce de vision du monde philosophique ! l'Evangile, c'est la lumière même, dans la Personne de Jésus, de cette Pauvreté infinie où, dans la désappropriation de tout, le monde atteint enfin à la clarté.

      Le monde devient transparent à Dieu quand il cesse d'être possédé. Quand on veut le posséder, on est sûr de ne pas le connaître dans ses profondeurs ! c'est quand il devient une pure offrande d'amour qu'il révèle ses racines divines et resplendit dans toute sa beauté. Ceci est extrêmement important parce que l'évangélisation ne consistera pas à distribuer des notions. »    (à suivre)

 

 

 

 

 

 

   

2ème homélie de Pâques (Début, partie 1)

La Croix, dans son numéro du mercredi 23 mars 2005, nous relate un débat entre adolescents sur l'au-delà. Nous sommes intéressés parce que ce sont des propos tenus par des jeunes, et rien que le fait qu'ils aient échangés sur des « choses » aussi graves, est déjà « porteur », mais il faut tout de même reconnaître que leurs propos ici rapportés montrent, par leur banalité, une profonde ignorance des mystères chrétiens.

Je suis d'abord surpris que la distinction, l'immense différence entre Résurrection et réincarnation ne soit pas précisée : on a l'impression que, pour eux, les deux sont offerts à notre libre choix. Ils semblent ignorer complètement que la Résurrection du Seigneur est attestée par les témoignages des évangiles : c'est l'expérience d'une Personne, et elle est posée comme fondement de la foi chrétienne. La réincarnation par contre n'a aucun fondement historique, elle n'a été expérimentée réellement par personne. Et puis ce mot d'au-delà est reçu comme allant de soi, tellement il est couramment employé dans le langage chrétien.

Comment faire comprendre à ces jeunes, et à leurs aînés, qu'il n'y a pas d'au-delà, mais qu'il y a seulement un au-dedans, qu'après notre mort il n'y a pas de rallonge à notre vie terrestre dans un ciel imaginaire ?

Ici est posée, et elle devrait être posée le plus souvent possible, la question de ce qu'on appelle la mystique chrétienne face à un enseignement religieux assez courant, livresque et intellectuel, donné comme une sorte de documentation pour une simple information. Si on en reste là, c'est sans prise réelle sur celui qui le reçoit, même si, dans le meilleur des cas, il en reste quelque chose par la suite ! Ca ne mord pas sur la vie ! On a seulement acquis quelques connaissances de plus dans un domaine particulier, au milieu de beaucoup d'autres du même ordre. Il arrive d'ailleurs aujourd'hui assez souvent, dans les établissements religieux, que la catéchèse se réduise souvent à cette sorte d'échange. On est dépourvu même si l'on sent qu'il faudrait faire autrement : ça ne passerait pas !

Sans vie mystique, on est confronté à des idées, mais non à une Présence et on peut être très bien documenté sur Jésus-Christ sans pour autant en vivre. Il arrive même alors que des personnes, bien disposées mais se disant athées, enseignent le catéchisme ou la religion aux enfants !

C'est seulement dans le kérygme chrétien, seule façon de transmettre non pas un savoir mais une foi, que l'effet normal, l'effet proprement mystique, pourra avoir espoir d'être atteint, jusqu'à ce que ça morde sur la vie.

Regardez un instant comment les récits des apparitions du Ressuscité dans les derniers chapitres des évangiles - cela vaut pour tout l'Evangile mais ici c'est plus accusé - ne sont aucunement des renseignements sur ce qui s'est passé, plus précisément sur ce qui a été vu par les Apôtres, lorsque le Christ leur est apparu ressuscité. Une documentation aurait permis de répondre à toutes sortes de question qu'on peut se poser quant à cet événement tout à fait extra-ordinaire : elle n'y figure pas ! Par exemple on ne nous décrit rien sur les vêtements ou l'aspect du Ressuscité, sur son comportement différent maintenant. On aurait tellement aimé savoir davantage comment Il était !

Marie Madeleine l'aurait bien voulu elle-même, elle aurait voulu Le voir, L'approcher davantage, mais le Seigneur l'arrête : « Ne me touche pas ! » Ce qui veut certainement dire, « Ne t'occupes plus de moi comme avant, ne me regarde plus comme avant ! Tu risquerais de ne plus rien voir ! »

Car il s'agit maintenant, avec le Ressuscité, de tout autre chose : il s'agit de croire, même si Jésus vous apparaît ! Ce sera clairement dit par Jésus Lui-même à Thomas, l'incrédule, et à tous les autres.

Il faut bien se dire que les Apôtres ont douté... jusqu'à la Pentecôte, même si Jésus a mangé avec eux au Cénacle et sur le bord du lac de Tibériade ! Et la raison en est toute simple : leurs yeux, comme les nôtres, les yeux de tout corps qui n'est pas encore passé par la mort et la résurrection, sont incapables de voir le Ressuscité, ça leur est impossible. Et pourtant le Ressuscité se montre à eux, discrètement si l'on peut dire puisqu'il n'aura plus de longs entretiens avec eux pour continuer leur instruction, excepté pour les disciples d'Emmaüs.

Les seules paroles, comme son long enseignement sur le chemin d'Emmaüs, les seules paroles qu'Il échange avec eux sont pour affermir leur foi. Jean d'ailleurs nous précisera que son évangile est écrit uniquement dans ce but : « pour que vous croyiez ! »

Alors, nous, où en sommes-nous ? La foi des Apôtres les a conduits au martyre, ultime et très fort témoignage de la vérité atteinte dans leur foi en la Personne ressuscitée de Jésus-Christ. Jean témoignera d'une autre façon, par ce long ressouvenir de ce qu'il a vécu avec Jésus, témoignage peut-être plus important encore que celui des trois autres évangiles.

Bien plus que de nous renseigner sur Jésus, ce qui reste bien entendu très utile, nous avons à mettre notre foi en Lui, et on n'aura jamais fini de le faire. Ce que n'ont aucunement compris les détracteurs d'aujourd'hui, forts de découvertes archéologiques ou autres, à partir desquelles ils en viennent à professer toutes sortes d'inepties sans aucunement s'en rendre compte. Ils ne savent pas ce qu'est la foi. Et ils restent à l'extérieur... On peut alors dire, et même prouver n'importe quoi.

(À suivre)

Einstein ne croyait sans doute pas plus que les philosophes athées du 19ème siècle en le Dieu du christianisme tel qu'il était présenté à son époque dans l'enseignement religieux courant dans l'Eglise. Il pensait à la nécessité de renoncer à la doctrine d'un Dieu personnel : pourquoi ? C'était sans doute pour lui une humanisation impertinente de l‘absolue grandeur et transcendance du seul Dieu concevable par l'esprit humain (voir ce qu'on a dit précédemment au bénéfice de l‘Islam). Il ne croyait pas en une survie de l'homme après la mort. Ce désir en l'homme lui apparaissait comme manifestant un grand égoïsme. Il ne connaissait aucunement la pensée mystique de Zundel qui exclut tout égoïsme dans ce désir : il ne s'agit pas pour le chrétien de se sauver lui-même mais de sauver Dieu ! Et il ne se sauvera lui-même qu'en sauvant Dieu. Perspective encore totalement inconnue de l'ensemble des chrétiens. On devra revenir sur le sens de ce salut de Dieu parce que, finalement, il est capable de combler l'esprit de l'homme bien plus que la seule idée d'un salut personnel, bien plus que la pensée d'abord de son salut personnel. Il y va peut-être du salut du christianisme aujourd'hui et demain !

On donne ici une première série de pensées d'Einstein parues dans : Albert Einstein, « Pensées intimes », Anatolia, éditions du Rocher. Evidemment, comme pour toutes les pensées de Zundel, elles ne peuvent pas être comprises, si intelligents qu'on soit, à la suite d'une simple et unique première lecture.

« Des gens comme vous et moi - mortels bien sûr comme n'importe qui d'autre - ne vieillissent pas, quelle que soit la durée de notre vie. Je veux dire par là que nous ne cessons jamais de nous tenir comme des enfants curieux devant le grand Mystère dans lequel nous sommes nés. » (p.196)

« Dans leur combat pour le bien moral, les docteurs de la religion doivent avoir assez d'audace pour renoncer à la doctrine d'un Dieu personnel, ou, si l'on préfère, à cette source de crainte et d'espoir qui, dans le passé, a placé un pouvoir aussi considérable entre les mains des prêtres. » (p. 140)

« Parmi les esprits scientifiques les plus profonds, vous en trouverez difficilement un seul qui ne professe pas un sentiment religieux de son cru. Mais cette foi est différente de la religiosité de l'homme naïf. Pour ce dernier Dieu est un être dont on espère attirer les faveurs, et dont on craint les punitions, une sublimation d'un sentiment semblable à celui d'un enfant envers son père. » (p. 138)

« Le savant est possédé par la notion de causalité universelle. (...) Son sentiment religieux revêt la forme d'un émerveillement extatique devant l'harmonie de la loi naturelle qui révèle une intelligence d'une telle supériorité que, comparés à elle, tous les actes et toutes les pensées enfermés dans les systèmes des êtres humains sont parfaitement insignifiants. (...) Cette intelligence est sans aucun doute très semblable à celle que possèdent les génies religieux à toutes les époques. » (pp. 138-139)

« Quelle est la signification de la vie humaine, ou, pour la question qui nous occupe, de la vie de n'importe quelle créature ? Connaître une réponse à cette question signifie être religieux. On demande alors « Cela a-t-il un sens de poser cette question ? » Je réponds : « l'homme qui considère que sa propre vie et celles des autres créatures terrestres n'ont pas de sens est non seulement malheureux, mais inadapté à la vie. »

« Tout homme sérieusement impliqué dans la recherche scientifique devient convaincu qu'un esprit se manifeste à travers les lois de l'Univers - un esprit largement supérieur à celui de l'homme. (...) De cette manière la recherche scientifique conduit à un sentiment religieux d'un genre spécial, qui est en vérité tout à fait différent de la religiosité de quelqu'un de plus naïf. (p.139)

« La science sans religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle. » Il s'agit ici peut-être d'une paraphrase d'une formule de Kant : « La notion sans l'intuition est vide, l'intuition sans la notion est aveugle. » (p.140)

« Plus loin l'évolution spirituelle de l'humanité progresse, plus il me paraît certain que la voie vers la véritable religiosité ne passe pas par la peur de la vie et la peur de la mort, et la foi aveugle, mais par la recherche d'une connaissance rationnelle. »

« Aucune idée n'est conçue dans notre esprit indépendamment de nos cinq sens (c'est à dire aucune idée n'est d'inspiration divine).

Je doute que la philosophie et la raison guideront l'homme dans un avenir prévisible, cependant elles resteront pour une minorité ce plus beau sanctuaire qu'elles ont toujours été. » (p.141)

Il y a certainement une sorte d'harmonie de pensée entre ces deux immenses penseurs qu'ont été Einstein et Zundel. Il faudra y revenir.

Suite 2 de la 3ème conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Paris le 9 février 1964.

Première affirmation par Zundel de la solidarité non seulement des hommes entre eux mais encore d'une solidarité extrême entre tous les éléments de l'Univers jusqu'aux infiniment petits infiniment lointains de nous, rien n'est donc anodin dans tout ce que nous faisons : tout ce qui s'accomplit en nous doit avoir un immense retentissement. ... Et, parce que nous pensons, nous sommes tous en quelque sorte des orbites de l'Univers. La défaillance de notre pensée a des conséquences dramatiques ... Dieu est sans prise sur ce qui n'est pas l'Amour. ...Le mal ne peut être que le mal de Dieu d'abord. ... Inédit, important, difficile.

« Si notre organisme est enraciné dans l'univers, si l'univers prolonge notre corps, si l'univers est notre corps, si les plus lointaines nébu­leuses peuvent nous atteindre (elles nous atteignent, autrement nous ne saurions même pas qu'elles existent), si leur lumière nous parvient, il faut que d'une certaine manière chaque battement de notre coeur retentisse aussi sur ces nébuleuses qui sont situées à dix milliards d'années-lumière de nous-même. Tout l'univers frémit d'un atome qu'on touche et, par conséquent, tout ce qui s'accomplit en nous doit avoir un immense retentissement.
Et, puisque nous sommes pensée, du moins capables de penser, puisque c'est là notre vocation suprême, c'est que nous sommes tous et chacun d'une certaine manière des orbites de l'univers.
Chaque pensée est un acte originel, chaque pensée peut être (j'entends par pensée cet acte conscient et libre où s'offre à nous la disposition de nous-même et de tout), chaque pensée est un acte originel comme chaque pensée défaillante est une sorte de péché originel, c'est-à-dire un refus d'être origine, c'est là le mal, un refus d'être origine, parce que c'est condamner l'homme et l'univers à être extérieur, à être des choses, à être des objets, à demeurer étrangers à la vie de l'esprit, à être inaccessibles à l'amour.
Si l'amour doit circuler dans notre organisme et dans cet organisme plus vaste qui est le nôtre encore et qui est l'univers, ce doit être par la fidélité de la pensée devenant chaque fois qu'elle s'exerce un acte originel, un acte créateur, un acte qui relie tous les plans de l'être à la source et qui permet à la vie divine de circuler dans tous les secteurs.
Si Dieu est intérieur, s'il est un pur dedans, s'il n'a pas de dehors, s'il est purement inconditionné parce qu'il est le dépouillement éternel d'un amour toujours et totalement donné, il est sans prise sur ce qui n'est pas l'amour, il ne peut agir que par amour et l'amour ne peut agir que sur l'amour suscitant l'amour, si donc son influx, sa présence doit rayonner sur tout l'univers, y compris bien entendu l'univers physique, si cet univers physique ne peut pas se réaliser en demeurant en dehors du Royaume, ce ne peut être que par notre médiation, ou la médiation d'êtres semblables à nous (1).
Comme notre organisme respire Dieu dans la mesure où il est tout
entier informé par la pensée, par l'amour, comme notre organisme
respire Dieu s'il s'intériorise dans la contemplation, si nous devenons tout entier personne - on ne peut jamais devenir personne sans le devenir tout entier - et si la lumière atteint jusqu'à la racine de notre être et transfigure toutes nos tendances en les dégageant de leur pesanteur pour en faire une offrande d'amour, il doit en être de même pour toutes les puissances de l'univers, et il faut nécessairement, si le monde est livré au tumulte, à la destruction, à la haine, à la ruine, au combat, au déchirement, à la mort, il faut nécessairement que la médiation de l'être intelligent, nous ou un autre, sur cette planète ou sur une autre (1), dans ce cosmos, dans cet univers où nous vivons et dont nous sommes solidaires, il faut nécessairement que cette médiation ait manqué pour que, justement, le rayonnement du Dieu intérieur (il n'y en a pas d'autre que le rayonnement du Dieu intérieur) puisse se répandre, ordonner tous les plans, rassembler tous les êtres, et devenir la vie de toute réalité.
Le mal ne peut être que le mal de Dieu d'abord. Si nous sommes offensés et blessés par l'enfant qui déchire les ailes du papillon ou qui arrache les ailes de la mouche, si nous sommes blessés par toute cruauté gratuite et maligne, c'est parce que, justement, cet Amour qui est en nous la source de tout amour, cet Amour est blessé et renié et défiguré, défiguré et caricaturé.
S'il n'y avait pas dans l'univers une vocation de dignité, si tout être ne devait être transfiguré, ennobli, intériorisé, divinisé, rendu infini par la diffusion de la présence unique, il n'y aurait pas d'autre mal, le mal est révoltant dans la mesure, justement, où il atteint une valeur fragile, une valeur suprême, une valeur désarmée qui est toujours finalement Dieu lui-même.
Si cet enfant torturé par la maladie est un scandale pour le Docteur Rieux dans "La Peste" de Camus, si Camus lui-même a porté si lourdement ce poids de la souffrance des innocents, c'est évidemment que dans l'être le plus fragile éclate le mieux le piétinement de cette grandeur divine qui est une grandeur d'amour.
Le mal absolu est un témoignage au Bien absolu et plus il est révoltant, plus il nous introduit dans les plaies de l'Eternel Amour. » (à suivre)

Note (1). Zundel parle souvent de l'éventualité d'autres mondes avec des êtres semblables à l'homme. Il semble encore aujourd'hui, je crois, que la majorité des scientifiques pensent qu'il n'y a pas d'autre mondes habités dans notre univers, même s'il est, apparemment, aux dimensions infinies. Y a-t-il d'autre univers ? Il est impossible à l'homme de le savoir.