18/01/2006 janvier 2006

Maurice Zundel au Cénacle de Paris en 1973. Extrait. L'élan même qui constitue la personnalité du Fils. Il faut aller jusqu'au cœur de la Pauvreté pour entendre le mystère de Jésus. Le mystère de Jésus dans son insertion la plus profonde au cœur de notre expérience spirituelle.

La vie de Jésus est une vie "sacrement", l'humanité de notre Seigneur est le sacrement des sacrements, c'est un sacrement vivant, c'est une hostie diaphane, tout à fait libre et consentante, à travers laquelle la présence de Dieu se fait jour en personne, et en effet, où la personnalité de Dieu pourrait-elle se révéler autrement qu'à travers une humanité transfigurée et désappropriée de soi ?

...Dieu qui est en notre cœur... ne peut être qu'une expérience, c'est-à-dire qu'il ne peut être connu, comme tout ce qui est personnel, qu'en étant vécu et dans la mesure où nous le vivons, et ce Dieu va se manifester d'une manière incomparable et unique dans cette nature humaine de Jésus par ce dépouillement absolu qui fera de cette humanité le pur sacrement de la manifestation personnelle de Dieu.

il faut aller jusqu'au cœur de cette pauvreté pour entendre le mystère de Jésus, il ne s'agit donc pas d'une humanité devenue un mythe et qu'on a portée dans un ciel imaginaire ! Mais, au contraire, c'est cette humanité qui nous a guéris de tous les mythes parce que cette humanité a ramené le ciel au-dedans de nous...

...C'est Ce Dieu tout intérieur (le Dieu dévoilé par jésus à la samaritaine) c'est ce Dieu qui est en nous, c'est ce Dieu-là qui est incarné dans l'Humanité de notre Seigneur, et ce Dieu est en nous autant que dans l'humanité de Jésus, c'est nous qui ne sommes pas en lui, il est toujours déjà-là, c'est nous qui ne sommes pas là. Aussi bien l'incarnation n'est-elle pas la venue de Dieu qui était absent, mais la venue de l'homme qui se refusait et s'enfermait dans les ténèbres.

...L'incarnation, ou plutôt l'unicité de la personne du Christ, « ce n'est pas que la divinité ait été changée en la chair, mais c'est que l'humanité a été assumée par Dieu » selon l'expression du symbole (du credo) de saint Athanase. Cette humanité a été élevée, délivrée d'elle-même et revêtue de cette relation éternelle, de cette pauvreté suressentielle, elle a été enracinée dans cette relation et jetée en Dieu par l'élan même qui constitue la personnalité du Fils, et c'est à travers cette humanité ainsi totalement dépouillée que la révélation éclate en son plein midi parce que c'est dans cette humanité de Jésus que la pauvreté de Dieu s'affirme d'une manière indépassable... il est impossible d'être plus pauvre dans une nature humaine qu'en étant dans l'impossibilité de dire je et moi en s'attribuant quoi que ce soit, impossible d'exister plus parfaitement dans une nature humaine qu'en étant le pur sacrement de la présence de Dieu, c'est pour cela que la révélation du Christ est indépassable comme expérience de la libération résultant de la présence de Dieu dans l'histoire...

...Si on n'entre pas dans cette perspective, si on ne vit pas ce dépouillement, on ne peut pas comprendre que la divinité se soit faite chair dans la nature humaine de notre Seigneur. Mais si au contraire on va à Dieu du dedans, selon l'enseignement du Christ lui-même, si on reconnaît Dieu comme la source qui jaillit en nous en vie éternelle, on comprend que cette source est toujours déjà là, que cette source n'avait pas à venir sur terre mais que c'est l'homme qui devait être délivré de lui-même et rendu transparent à cette source qui jaillit en vie éternelle au fond de lui-même pour qu'il puisse en être la communication personnelle.

Et... c'est là finalement que nous trouvons le mystère de Jésus dans son insertion la plus profonde au cœur de notre expérience spirituelle : cette humanité de Jésus n'a plus limites ni frontières, ni défense, elle est incapable de dire non, elle est totalement ouverte sur la divinité.

Date de publication sur le site : 18/01/2006