17/01/2006 janvier 2006

Maurice Zundel au Cénacle de Paris en 1973. La pauvreté, qui est la subsistance éternelle du Verbe dans l'intimité de Dieu, assume l'Humanité du Christ. Tout cela résonne spirituellement en nous dans la mesure où nous sommes désappropriés de nous-mêmes ! La pauvreté est désappropriation de soi.

La grâce unique faite à l'Humanité de Notre Seigneur est une grâce de désappropriation totale... Le « moi » de Jésus a été prévenu parce que la pauvreté éternelle, qui est la subsistance même du Verbe dans l'intimité de Dieu va assumer cette Humanité. Cette Humanité de Jésus va être saisie dans le fond d'elle-même et jetée en Dieu par cette vague éternelle qui est la relation qui constitue dans la Trinité la Personne même du Fils.

Tout cela se tient, tout cela résonne spirituellement en nous dans la mesure où nous sommes orientés vers cette désappropriation radicale comme expression authentique de la personnalité... Dès qu'on a compris que c'est dans une orientation de totale désappropriation que s'affirme la grandeur de la personne, on est, naturellement, immédiatement, orienté lorsqu'il est question de nos relations avec Dieu.

Du mystère de Dieu on est immédiatement orienté vers ces termes de désappropriation, de pauvreté, de dépouillement qui renversent les termes de la philosophie courante de la Cause Première...

...Et toutes les choses (qui découlent de cette philosophie) sont vraies dans un certain sens mais doivent se transformer radicalement si l'on conçoit que cette dépendance (de la créature vis-à-vis de Dieu) a été annulée en quelque manière, et transcendée par l'immensité de l'Amour... L'Amour ne peut vouloir que la liberté.

...Au cœur de Sa Vie intime Dieu se dit à un Autre, Dieu se dit dans le Fils et pour le Fils, et la filiation est constituée en Dieu par cette pure relation au Père, et c'est cela qui est communiqué à l'Humanité de Notre Seigneur entièrement ouverte sur ce « je-moi » divin, et cette Humanité va, comme un sacrement diaphane, laisser resplendir cette présence divine qui est la présence de l'éternel Amour et de l'éternelle Pauvreté.

De sorte qu'en Jésus nous entendons le moi divin : quand Jésus dit « je » et « moi », il ne s'agit pas de cette nature humaine, il s'agit du « moi » divin qui investit cette nature humaine... Tout d'un coup, au cœur de l'Histoire apparaît cette personnalité divine, ce « je » éternel et infini qui est la Pauvreté au sein même de la divinité communiquée à cette Humanité chargée de nous la révéler ... Cette pauvreté surressentielle est la personnalité du Fils dans le sein du Père C'est parce que cette personnalité revêt son Humanité qu'il ne peut plus dire « je » et « moi » pour son compte, mais elle ne peut que témoigner de Dieu dans tout ce qu'elle fait, dit, souffre et accomplit.

Date de publication sur le site : 17/01/2006