10/01/2006 janvier 2006

Maurice Zundel à Saint Germain en Laye les 5 et 6 octobre 1974. Extraits.

Introduction

Un texte difficile, (seulement des extraits d'une conférence). Il ne faut pas chercher à tout comprendre, c'est la fréquentation assidue et quotidienne de Zundel qui permet à la longue d'en expérimenter plus profondément la vérité. On a ici un condensé de plusieurs thèmes fondamentaux de la pensée de Zundel qu'il aime reprendre à la fin de sa vie. Il mourra 9 mois après cette rencontre avec de jeunes adultes à Saint Germain en Laye, organisée par le Père de Boissière. Ces développements n'ont pas été tout à fait bien reçus par des auditeurs qui, fait rarissime, lui ont posé des questions à l'issue de la conférence. Ils restent encore très inhabituels dans l'Eglise d'aujourd'hui. On peut les voir seulement comme des exercices purement intellectuels, en réalité c'est tout autre chose : nous sommes ici au cœur du sens même de la Création, et de notre création.

Dieu s'inscrit dans notre histoire par l'humanité de Jésus qui y inscrit l'éternelle désappropriation divine. La nature humaine de Jésus est assumée à la divinité par sa pauvreté... Ce vide infini qui est la personnalité du Verbe... Dieu ne peut pas faire la création ni l'histoire sans nous, il nous investit donc de la dignité de créateurs...

Paul Debains

L'humanité de Jésus révèle un Dieu qui peut mourir

Sur l'Océan qui peut représenter l'immensité de Dieu, l'Humanité de Jésus est une coquille de noix jetée en Dieu par la vague immense de tout l'Océan qui jette éternellement le Fils dans le sein du Père, cela veut dire qu’il y a dans l'Incarnation une désappropriation radicale de cette Humanité qui ne peut plus s'exprimer pour son propre compte, mais qui est le sacrement conjoint, le sacrement vivant de la Présence divine, et Son inscription définitive dans notre histoire, c'est la suprême communication que Dieu puisse faire à Sa Création : lui communiquer Sa liberté même, Sa liberté en Personne, dans cette relation subsistante qui est la personnalité du Verbe analogue à celle du Père et du Saint-Esprit.

L'humanité de Notre Seigneur est donc dans un état de pauvreté absolue et de dépouillement infini parce qu'elle subsiste, parce qu'elle atteint à son autonomie dans la personnalité, c'est-à-dire dans la désappropriation, dans la pauvreté, dans la liberté qui est Dieu, et il n'y a pas confusion : la coquille de noix ne devient pas l'Océan mais elle est portée par lui, accomplie en lui, ayant son pôle personnel en lui. Et du même coup cette nature Humaine de Jésus est assumée à la divinité, le Christ étant accompli non pas par la conversion, par le changement de la Divinité en l'homme, mais par l'assomption de l’Humanité à Dieu.

Cette Humanité ainsi assumée est universelle, œcuménique, par sa structure même, vidée complètement d'elle-même, vidée infiniment par ce vide infini qui est la personnalité du Verbe, elle peut assumer toute l'Humanité et tout l'Univers, on peut même dire qu'elle est faite pour cela, pour assumer toute l'humanité et tout l'Univers.

Ainsi commence une nouvelle création dans ce couple virginal, Jésus et Marie, où Marie apparaît comme la fille de Jésus... C'est un nouveau commencement de l'histoire selon l'Esprit, un monde qui revêt la signification que le dessein éternel de Dieu veut accomplir, mais qu'il ne peut pas accomplir sans nous puisque l'histoire de la Création est une histoire à deux...

L'Humanité de Jésus est donc une humanité universelle qui a une mission à l'égard de tous les hommes et de tout l'Univers : il s'agit de récapituler la création et de lui donner son sens qui est l'Amour, en faisant contrepoids à tous les refus d'amour.

Et c'est cela que le Christ accomplira, c'est par là qu'il scellera son histoire au cœur de l'histoire humaine, par sa Passion et sa Résurrection qui signifient qu'il fait de lui-même le contrepoids volontaire à tous les refus d'Amour qui exilent Dieu, qui voilent son Visage, qui interceptent Sa Lumière ! Et II révélera ainsi Dieu dans tout ce qu'il est et dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il pense, subit ou souffre !

Il va révéler Dieu comme celui qui peut mourir, non pas que Dieu meurt dans l'éternité de Sa vie trinitaire puisqu'Il est déjà mort dans ce sens qu'il a tout perdu éternellement dans cette diffusion totale de Lui-même : il n'y a rien en Lui qui demeure une possession ! Il ne peut rien perdre dans cette sphère éternelle, mais, dans Sa vie incarnée, dans Sa vie communiquée, Il peut perdre et perd sans cesse, et il peut mourir et cette mort de Jésus exprimera vraiment dans une parabole humaine la mort de Dieu que nous Lui infligeons par chacun de nos refus conscients. C'est là l’acte de fondation du christianisme : la mort de Dieu, ...

C'est là l'acte de fondation du christianisme : la mort de Dieu, la mort de Dieu pour la liberté humaine, la mort de Dieu qui signifie l'impossibilité pour Dieu de contraindre, de faire l'histoire sans nous, qui signifie qu'il nous investit de la dignité de créateurs, qu'il nous veut esprits comme Lui, que le sens du monde, c'est la liberté intérieure qui entre spontanément dans le mariage d'amour que Dieu veut conclure avec la Création.

Date de publication sur le site : 10/01/2006