On sera toujours tenté de ramener le christianisme à une religion, et à une religion comme les autres.

Un Dieu " pur dedans " ne peut se donner qu'à un dedans.

Il est certain qu'on n'a pas suffisamment pris conscience de l'étrangeté du christianisme, de l'étrangeté du Dieu qu'il confesse, et de ce que cette étrangeté, si l'on peut dire, joue en faveur de sa crédibilité. Cette étrangeté est telle que le christianisme ne devrait plus apparaître comme une religion mais comme une Personne, une Personne à laquelle le chrétien est appelé à s'identifier, mais aussi une Personne d'abord infiniment humiliée lorsque le Christ s'est fait l'un des nôtres puisqu'Il a été condamné à mourir ignominieusement : cette fin tragique ignoble est voulue par le Dieu Amour, sachant bien que Ce Fils de Dieu devenu Fils de l'homme, livré à sa merci, doit en souffrir infiniment.

Jésus-Christ veut aller jusque là, c'est la volonté du Père, du Fils et de l'Esprit, sachant très bien que, mourant ainsi, Il dérange toutes les religions dont les hommes ont eu, ont et auront encore l'habitude. Les " religieux ", ces religieux qui condamnent à mort le Christ, le font parce qu'ils sont complètement perdus avec Ce Christ venu pour eux pour détruire leur religion, aussi vont-ils le condamner et faire mourir. Et ce sera cette mort et la résurrection qui suivra qui deviendront étrangement le fondement de ce qu'on ne peut plus appeler alors une nouvelle religion tellement elle est différente de la leur et de toute autre religion.

C'est certainement la grande différence du christianisme, c'est beaucoup plus qu'une différence, par rapport à toutes les (autres) religions. Aussi sera-t-on tenté sans cesse tout au long de son histoire de ramener le christianisme à une religion comme les autres. Et on peut sans doute dire que c'est parce que l'Islam se présente comme une religion " normale " qu'il connaîtra tant de succès et attirera tant de monde : on est beaucoup plus à l'aise avec l'Islam qu'on peut voir comme une authentique religion selon la première conception des hommes ! Avec l'Islam on nous dit de façon claire les pratiques que l'on doit observer pour être nécessairement sauvé. Quelqu'un qui meurt sur une croix, c'est infiniment moins évident !

C'est sans doute aussi la raison pour laquelle l'Islam se croit voie nécessaire de salut pour tout homme, alors que le christianisme croit en la possibilité de salut pour tous les hommes, quelle que soit finalement leur religion. Souvenons-nous ici de ces musulmans algériens qui pleuraient à l'enterrement d'un prêtre français qui avait été leur meilleur ami, justement parce qu'ils savaient dans leur religion qu'il ne pouvait pas être sauvé n'étant pas musulman, et qu'ils ne le reverraient donc jamais.

Bien sûr le chrétien sait et croit qu'il est sauvé en et par Jésus- Christ, en et par l'Eucharistie, mais il sait aussi et croit que tout homme peut être sauvé même s'il ne connaît pas Jésus-Christ sous son nom, et si la vraie charité, vertu essentielle parce qu'elle configure l'homme au Christ en parfaite offrande, lui confère une vraie connaissance de cette Personne, celle de l'identification, même s'il n'a jamais appris à Le nommer ni n'a pu le faire.

Il ne s'agit pas de condamner l'Islam, même pas de le juger, mais il faut voir le " plus " transcendant qu'ajoute le christianisme à toute religion, et qui joue finalement en sa faveur.

Un chrétien ne doit plus mettre de limite à sa générosité, au don qu'il est devenu, au don qu'il doit devenir, s'il veut authentiquement ressembler à Jésus-Christ qui prend possession de tout son être et qu'il devient en L'imitant dans son don parfait.

" Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ! Pour moi vivre, c'est le Christ ! " Il y a chez Paul, il y a en Paul, toute une série d'expressions manifestant cette foi et ce désir d'identification en voie de s'accomplir. Le chrétien le plus authentique ne peut que prendre les paroles de Paul dans tout leur sens et tenter de se les appliquer. Il n'est donc plus question en christianisme de religion à proprement parler, c'est-à-dire de relation avec Dieu fondée sur la fidélité à des pratiques, il s'agit bien d'une façon transcendante de vivre désormais comme n'étant plus soi mais un Autre, comme n'étant plus que vivant soi dans un Autre, comme cela est vécu éternellement en le Dieu Trinité, à l'image et selon la ressemblance duquel tous les hommes sont créés et sauvés et doivent apprendre à vivre.

Ici sont des modèles parmi beaucoup d'autres les Vincent de Paul ou bien, tout proches de nous, les " mère Theresa " ou les " Ceyrac ". Ils sont des mystiques aussi authentiques que Jean de la Croix ou la petite Thérèse de la Sainte Face. Beaucoup plus que par leurs paroles ils évangélisent par ce qu'ils sont devenus, en Celui qu'ils sont devenus.

La Vierge Marie, dès l'instant qui suit la conception de Jésus en elle, part, elle part ! Elle est en charité parfaite qu'elle va montrer, immédiatement après avoir dit à Nazareth son OUI, elle part à Aïn Karim chez sa cousine Elisabeth, et il est tout à fait normal alors, selon l'étrangeté du christianisme qu'elle porte, que l'Esprit jaillisse d'elle sur le petit Jean-Baptiste et sa mère pour leur communiquer le même don d'eux-mêmes.

Dans les religions " habituelles " il s'agit toujours de la fidélité à un certain nombre de pratiques. Dans le christianisme, il s'agit de l'identification à une Personne, il s'agit de laisser vivre pleinement cette Personne en celui qui croit en elle.

On disait jadis : " Sacerdos, alter Christus ", le prêtre est un autre Christ. Cette identification doit se faire en tout chrétienne. L'Eglise est un peuple de prêtres s'identifiant au Christ et devenant en cette identification le Corps même, un corps d'Epouse, ce corps mystique qu'est l'Eglise. Et les pratiques demandées en christianisme, car bien sûr il y en aura, seront toutes pour permettre cette identification, et pour apprendre comment la vivre.

Les pratiques en christianisme n'ont ni ne peuvent avoir aucun effet magique. En christianisme l'effet de la pratique est toujours vers cette identification en Eglise et pour la rendre toujours plus réelle, plus " concrétisée ".

Cette identification est nécessaire parce qu'il n'y a que le Christ qui soit vivant de vie éternelle : Il est la vie, Il est la vie éternelle, il n'y a aucune vie réelle en dehors de Lui, et l'on ne peut donc vivre éternellement qu'en et par cette identification.

La façon du Christ, celle de l'Esprit en Lui, est toujours de donner, de transmettre la vie éternelle et elle n'est ni ne peut jamais être extérieure à celui qui la reçoit, Il ne la donne pas de la main à la main même si on peut recevoir la communion dans la main. Sa façon de la donner est toujours selon l'intériorité de celui qui la reçoit et proportionnée à la qualité réelle de cette intériorité.

Bien sûr l'Eucharistie, la communion, sera toujours sacrement de l'offrande réelle et parfaite du Christ, mais elle n'aura aucun effet, voire elle pourra avoir un effet contraire, si celui qui la reçoit ne connaît ni ne vit aucunement selon son intériorité. Aller recevoir la communion simplement et seulement en suivant le mouvement d'une foule ou d'un groupe n'a pas de sens sans un minimum d'intériorisation et d'offrande personnelle de soi : un Dieu " pur dedans " ne peut se donner qu'à un dedans, qu'en le dedans que l'homme est en train de devenir.

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