Homélie - Notre Dame du Valentin, Lausanne, à - 30 décembre 1962 (livre "Ta parole comme une source" pp 74-75)

Le Dieu qui s'incarne en Jésus-Christ nous introduit au secret de l'être.

Il ne faut jamais oublier que la parfaite unité divine est fondée sur sa " trinitarité " : Dieu est parfaitement un parce qu'Il est " trine ". C'est la perfection de la relation de chaque Personne divine aux deux Autres qui éternellement construit l'unité parfaite du seul vrai Dieu. Cette unité est, si l'on peut dire, extrêmement positive, puisque c'est cette unité qui est créatrice et salvatrice de toute la Création parce qu'elle est trine : la création ne sort du néant, éternellement, n'est opérée par Dieu éternellement que parce que Dieu est Trinité.

Toute prière chrétienne devra toujours être trinitaire parce qu'on ne peut pas s'adresser à l'une des trois personnes divines sans s'adresser en même temps aux deux autres. On ne peut prier que le Dieu Trinité puisqu'il n'y a pas d'autre Dieu. On devra y revenir...

Il faudra développer cela tout au long de cette seconde série de textes qui veulent tous tenter de faire découvrir sous Son visage trinitaire le seul vrai Dieu à l'image duquel l'homme est créé et sauvé.

Nous fêtons aujourd'hui la fête des anges, dévotion particulièrement difficile et dont on parle peu dans l'Eglise parce qu'on ne sait pas bien comment nous représenter les anges : ils sont, comme Dieu, de purs esprits. Ils sont donc facilement pour nous comme inexistant puisque nous ne pouvons aucunement les percevoir, les sentir, les toucher par nos sens d'homme, et toute connaissance part de nos sens.

Beaucoup de personnes bien intentionnées ne croient pas à l'existence des anges ! On les comprend puisque le fait qu'ils sont de purs esprits exige un acte de foi comme l'exige Dieu lui-même pur le premier. Mais Dieu s'est incarné pour que les hommes puissent Le connaitre, les anges, eux, ne s'incarnent pas même s'ils ont pu apparaître sous des traits d'homme qui ne sont aucunement les leurs ! Le vrai Dieu n'existe et n'est connaissable par nous que parce qu'Il s'est fait homme, et est donc devenu expérimentable en Jésus-Christ à partir de nos sens.

Quand on veut commencer à parler de Dieu, il faut toujours commencer par le développement de l'importance capitale et première de la relation. Ce que Zundel a toujours fait.

En introduction à cette seconde série de textes zundéliens, lisez, en exemple, cette homélie donnée à Lausanne, à Notre Dame du Valentin le 30 décembre 1962

" On ne saura jamais tout ce que représente de libération, de grandeur, d'élargissement, de liberté, de dignité, de splendeur, de beauté, cette initiation qui nous a été donnée par Jésus au monothéisme trinitaire.

Le monothéisme Unitaire, c'est-à-dire le monothéisme où Dieu était considéré comme un être solitaire, est quelque chose de déconcertant et, si l'on ose dire, de presque scandaleux. Car comment situer ce personnage qui se regarde, qui tourne autour de soi, qui ne peut aimer que soi en ramenant tout à soi : quelle ressemblance peut-il avoir avec les élans de la générosité humaine ? Il semble, devant un dieu solitaire, que l'homme soit plus parfait que Dieu, puisque l'homme est capable de se perdre de vue et de vivre totalement pour autrui et en lui.

C'est de ce cauchemar effrayant que Jésus nous a délivrés en rendant témoignage au mystère qui était le mystère même de sa vie, car, tout ce que Jésus nous dit de Dieu, Il l'emprunte à son expérience, c'est Sa vie qui s'exprime dans son message, et c'est parce que justement II est tout enraciné dans le monothéisme trinitaire qu'il peut nous le révéler d'une manière définitive en imprimant dans nos âmes le sceau d'une éternelle liberté.

Car, dire que Dieu n'est pas solitaire, c'est immédiatement dire que la vie de Dieu va vers un Autre, que la vie de Dieu est Charité et. comme dit le Pape Saint Grégoire, qu'il n'y a de charité véritable que si l'amour va vers un Autre. La vie divine apparaît ainsi toute entière concentrée, exprimée, dans ce don mutuel du Père au Fils, et du Fils au Père, dans l'unité du Saint-Esprit. Cela veut dire que 1'existence divine est une existence de don qui a son foyer dans les relations intra-divines.

Gaston Bachelard, le grand philosophe, le grand Sage, qui vient de mourir, a écrit un jour en commentant un admirable roman, il a écrit : " Au commencement est la relation." Ce mot est d'une magnificence inépuisable, et il se situe en plein cœur du mystère chrétien : " Au commencement est la Relation."

C'est cela, nous étions tentés, et nous le sommes toujours dans la mesure où nous ne vivons pas de Jésus-Christ. nous sommes toujours tentés de faire de notre existence 1'affirmation égocentrique de nous-mêmes, nous sommes toujours tentés de nous affirmer contre les autres en les dominant, en rivalisant avec eux, en les diminuant ou en les méprisant, parce que 1'existence chez nous prend comme naturellement cette apparence narcissique d'un retour constant vers soi-même : notre moi, c'est une pente vers nous-mêmes, où nous sommes constamment englués dans nos automatismes passionnels et où nous tournons constamment le dos à notre liberté et à notre dignité.

Le dieu solitaire, du moins conçu comme solitaire par les hommes, semblait confirmer ce narcissisme, et on ne voyait pas pourquoi l'homme devrait sortir de lui-même si dieu est enfermé en lui-même. Mais Jésus justement en nous introduisant dans le monothéisme trinitaire, nous situe immédiatement au cœur de la charité la plus brûlante et la plus généreuse, et nous savons qu'en Dieu il n'y a qu'une seule manière d'exister, c'est de se donner.

Et, si Dieu existe en forme de don, si Dieu n'a de prise sur son être qu'en le communiquant, si tout en Lui éternellement est Amour, quel lien pourrait-Il contracter avec nous, que pourraient signifier Ses rapports avec la Création sinon justement une réciprocité d'amour Il ne peut pas dominer, ça n'a pas de sens ! Il ne peut pas nous écraser, c'est impossible ! Il ne peut vouloir de Lui à nous que ces rapports de liberté que nous contractons d'ailleurs tout à fait spontanément avec la Vérité qui est un autre Nom de Dieu.

La Vérité ne nous apparaît pas comme une menace, comme une contrainte, mais tout au contraire comme une liberté, comme un espace, elle nous comble, et les plus grands savants connaissent cette joie merveilleuse qu'ils appellent la joie de connaître, où l'on est dans un autre et pour lui.

C'est ce que fait Dieu éternellement : Il est une éternelle naissance d'amour dans une parfaite et absolue communication, et II nous introduit ainsi au secret de l'être. Il nous jette au cœur de 1'existence prise dans son sommet en nous apprenant que, exister au sens vrai, exister authentiquement, c'est se perdre de vue et se donner.

C'est ce qui détermine précisément la révolution chrétienne qui enrichit d'une manière incomparable les catégories de notre esprit puisque à la fois c'est la relation maintenant qui devient 1'essentiel : au commencement est la relation, en même temps qu'elle détermine une nature essentiellement nouvelle du bien et de la vertu. "

(On peut retrouver cette homélie dans " Ta parole comme une source " aux pages 74 et75.)

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