On avait remis à l'abbé Zundel, probablement dans les années 1960, un premier projet de catéchisme destiné aux adolescents. Voici quelques réflexions faites par l'abbé sur ce document. L'original est répertorié " Bibl. Neuchâtel Ms 2123.79 "

" Autant qu'on puisse en juger par les fragments qui nous sont présentés 1e défaut essentiel du projet est, nous semble-t-il, de ne pas partir de 1a vie de l'adolescent, de ses préoccupations et de ses désirs les plus vivants, en lui présentant le message de l'Eglise comme une réponse qui les comble en les dépassant.

"Nous devons penser souvent que les trois Personnes divines habitent en notre âme." (p.14) Mais si Dieu est un étranger pour l'enfant, cela lui paraîtra assez indifférent.

Tout ce chapitre sur la Trinité nous paraît un peu décevant car il y manque l'essentiel qui est de montrer Dieu non pas comme une solitude égoïste repliée sur elle-même mais comme une Générosité en perpétuelle expansion, la Divinité n'ayant prise sur son acte qu'en le communiquant. Il y a là un dépouillement infini qui est l'exemplaire éternel de la Pauvreté selon 1'Esprit. C'est la suprême confidence de l'Amour qui n'est qu'Amour.

La création ne pourra jaillir de cette intimité, qui est pur altruisme, pur élan vers l'autre, que par un débordement d'amour pour susciter un amour qui ramènera, de quelque manière, tout le créé à cette Intimité.

Une telle perspective déconseille l'emploi de la formule de la page 33 : "condamné à l'enfer". Il ne faut jamais donner à l'enfant ou à l'adolescent l'impression qu'il est pris dans un guet-apens : "Tu m'aimes ou je te damne ! "

Pourquoi ne pas recourir à 1'admirable formule Johannique qui interprète et dépasse les synoptiques : " La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point saisie". Dieu est le Soleil qui ne cesse de luire. L'homme est la maison toujours baignée de Soleil mais dont les volets peuvent être fermés. S'ils sont fermés, la lumière n'entre pas, mais ce n'est pas la faute du Soleil !

C'est donc l'homme qui est le principe et le créateur de son enfer, qui est son enfer quand il se bloque en soi en se fermant à Dieu, en se livrant du même coup au déchaînement des forces extérieures qu'il avait la mission d'intérioriser, II y a là (dans ce prologue de Jean) l'esquisse d'une Tragédie divine qui se joue dans notre conscience et dont la Croix est la parabole sanglante : "Il était dans le monde et le monde ne l'a pas connu, Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu".

L'enfant comprendra ainsi qu'il doit devenir transparent à Dieu pour laisser passer Sa Lumière, qu'il doit, autrement dit, " de charbon devenir diamant ". Il pressentira que le péché voile (véniel) ou éteint (mortel) cette Lumière divine, éteint l'Esprit, comme dit St Paul dans la 1ère épître aux Thessaloniciens, il devinera que le bien, c'est l'épanouissement de la Lumière et de la Vie divine dans une vie humaine soucieuse de laisser Dieu vivre en soi. Dieu, enfin, lui apparaîtra comme une générosité infinie qui fait appel à sa générosité qu'Il suscite par le Don qu'Il est.

La Foi, dans cette direction, ne devrait pas être conçue ainsi que le suggère la page 37, comme une défaite de l'intelligence humaine obligée de capituler devant l'Intelligence divine. La Foi est le jour de l'Intimité divine devenant le Jour de notre intimité, pour nous ouvrir à la Confidence que 1'Intimité divine fait de soi, confidence qui est précisément le Révélation.

Nous sommes donc ici dans une lumière inexprimable, et c'est cela le mystère, non pas l'incompréhensible qui se dresse comme un mur contre notre intelligence, mais l'inexprimable et l'insondable que l'on n'épuisera jamais, qui fait craquer les mots et les idées, mais qui comble l'esprit par son infinité et qui l'illumine merveilleusement, bien que le regard de l'esprit ne puisse le fixer à cause de l'éblouissement qui en résulte dans notre condition présente.

Le chapitre de la Confirmation (pages 17 à 22) gagnerait à être centré sur la prise en charge du Corps mystique, sur l'exercice plénier de notre catholicité, sur le sacerdoce de chaque membre du Christ. Son vrai titre est "notre Pentecôte". Il faudrait souligner son étroite connexion avec le Baptême et avec l'Eucharistie. On naît à Dieu, on revêt l'homme nouveau, dans le Baptême, en vue du Corps mystique dont l'Eucharistie est tout ensemble le symbole, l'aliment, le centre et le foyer. Et on est confirmé pour "eucharistier", pour transsubstantier l'humanité toute entière en le Corps mystique du Seigneur, par le levain, assimilé par chacun, du Corps personnel du Seigneur reçu en la Sainte Communion.

Il y aurait tout intérêt, d'ailleurs, à commencer l'initiation sacramentelle par l'Eucharistie, sacrement des sacrements, conçu précisément comme le sacrement par excellence du Corps mystique.

Ainsi toute la vie sacramentelle se développerait sous le jour de la catholicité, de l'universalité et de l'unité, comme ferment apostolique dans un continuel appel à notre générosité.

On comprendrait mieux alors le lien indissoluble qui lie l'unicité du Christ (ou de l'Eglise) à son universalité, d'où résulte, pour tout chrétien, la nécessité bienheureuse de se faire un esprit, un cœur et une vie sans frontières.

Le projet qu'on nous soumet s'efforce, en somme, de combiner une présentation qui sollicite l'Amour avec un système d'affirmations imposées par voie d'autorité et prises du dehors, qui exigent la soumission. Ce jeu sur deux tableaux risque de ruiner le propos généreux qui a guidé l'entreprise.

L'Amitié Divine est notre Libération. Elle ne peut comporter plus de craintes que n'en souffrirait une amitié humaine. Elle comporte assurément des exigences, voire des exigences infinies, mais ce sont des exigences intérieures à 1'amour.

Rien ne sera retenu finalement si l'enfant ou l'adolescent ne découvre, avec émerveillement, que Dieu - par le Christ - dans l'Eglise est, comme le disait Saint Augustin, la Vie de sa vie. "

(Les soulignements en italiques ne sont pas dans le texte de Zundel)

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